Joyà du Cirque du Soleil: la grande migration
Cette histoire, c'est aussi celle du Cirque du Soleil, qui migre vers un tout nouvel habitat : un théâtre de 600 places, bâti sur mesure...

L'une des images qui ont guidé Martin Genest dans l'idéation de l'histoire de Joyà est celle de la passation entre les monarques, chez qui la première génération ne fait jamais la migration au complet, mais passe plutôt son énergie à la deuxième, pour que la troisième puisse arriver à bon port. Et tout comme les monarques, qui partent à l'automne pour migrer du Canada vers le Mexique, Martin Genest et Harold Rhéaume ont quitté Québec à la fin de l'été pour aller créer un nouveau spectacle à la Riviera Maya.

Harold Rhéaume et Martin Genest
Cette histoire, c'est aussi celle du Cirque du Soleil, qui migre vers un tout nouvel habitat : un théâtre de 600 places, bâti sur mesure, à proximité du complexe hôtelier The Grand Mayan, en partenariat avec le groupe immobilier Vidanta. L'entreprise de Guy Laliberté teste ainsi un nouveau modèle d'affaires incluant une formule souper spectacle. Même si la première médiatique n'aura lieu que le 21 novembre, les représentations publiques sont déjà commencées depuis samedi dernier. "Les artistes étaient fébriles, il y avait une belle énergie. On est à cette étape d'excitation, de fébrilité, avec tout ce que ça peut engendrer. Considérant la rapidité du projet et son ampleur immense, c'est un petit miracle", a raconté Martin Genest, que Le Soleil a joint au Mexique cette semaine. Martin Genest en est à sa troisième collaboration avec le Cirque. La dernière remonte au "Hangar des oubliés", le cinquième et dernier volet des Chemins invisibles, le spectacle gratuit du Cirque à Québec. Sa création à l'Agora à l'été 2013 a visiblement plu : il a été engagé pour l'aventure Joyà, tout comme le chorégraphe Harold Rhéaume, qui était aussi de l'aventure des Chemins invisibles, en 2011 et en 2013. "Je pense qu'ils ont bien aimé cette approche théâtrale que j'ai amenée aux Chemins invisibles", analyse Martin Genest, directeur artistique du théâtre de marionnettes Pupulus Mordicus. "Souvent quand on va au cirque, l'espace scénique est plus atmosphérique, plus de l'ordre de l'impression. Dans Les chemins..., j'ai apporté quelque chose de très concret : un hangar, et avec des personnages qui sont collés à ce lieu-là. J'ai fait la même chose ici", poursuit-il.
Le "frisson" de la proximité Si l'approche est la même, le contexte, lui, est différent. Après un "spectacle de rue de luxe", présenté devant 5000 personnes, Martin Genest s'attaque à la mise en scène d'un spectacle permanent d'une ampleur comparable à un "big top", un spectacle sous chapiteau, mais pour une petite salle de 600 personnes. "On est vraiment dans un autre rapport avec le spectateur, ce qui est un atout important", estime le créateur de Québec. "On a beau vouloir réinventer le cirque de toutes sortes de façons, en mettant les personnages en jeans ou en bobettes, il n'en demeure pas moins que le cirque, c'est d'abord des performances. Quand on va au cirque, ce qu'on veut, c'est le frisson de regarder une performance, de regarder les muscles travailler et de voir les corps faire ce qu'on pense qu'ils ne peuvent pas faire. Ce qui fait une différence, c'est la jauge", nuance-t-il toutefois. Avec une aussi petite jauge, comparable à celle du Trident à Québec, il s'est permis de s'approcher beaucoup des spectateurs, allant même jusqu'à placer des acrobates directement sur la table devant eux, la table sur laquelle on leur aura servi leur repas avant la représentation. La présence d'un restaurant à même le théâtre a d'ailleurs demandé une adaptation de toute l'équipe. "C'est particulier, parce que depuis presque une semaine et demie, quand on fait des enchaînements, la cuisine aussi fait des enchaînements. Il faut que la soirée soit organique", note Harold Rhéaume, joint juste avant la première devant public du 8 novembre.
Une fourmilière Pour un chorégraphe de danse contemporaine habitué à travailler en toute petite équipe, cette nouvelle expérience avec le Cirque est une belle occasion d'apprentissage. "Presque tout est différent. Quand on travaille au cirque, c'est une fourmilière, il y a énormément de gens impliqués. C'est fou, chaque jour, on grimpe une marche. Ça évolue très rapidement", expose le directeur artistique de la compagnie le Fils d'Adrien danse. Martin Genest confirme : "Quand je suis embarqué dans le projet, c'était un TGV qui roulait déjà. J'avais affaire à suivre le train. Avec tout ce que ça peut impliquer de revirements de mettre au monde un nouveau bébé. C'est quelque chose où on est tous en apprentissage, mais tout le monde est content du résultat. On a envie que ça grandisse, on sent que le germe est là, que le germe est fort, on sent que le bébé a commencé à marcher. Mais on veut qu'il vole!" s'enthousiasme le metteur en scène. Le Cirque du Soleil migre vers un tout nouvel habitat : un théâtre de 600 places, bâti sur mesure, à proximité du complexe hôtelier The Grand Mayan, en partenariat avec le groupe immobilier Vidanta. Un hommage à la culture mexicaine Martin Genest ne connaissait rien au Mexique avant d'embarquer dans l'aventure de Joyà, à l'invitation du Cirque du Soleil. "C'est une des beautés de mon métier, ça me permet d'aller fouiller et d'apprendre énormément. Sans vouloir faire une représentation de la culture, j'avais envie de m'accrocher à ce peuple-là, parce que ce sont eux qui me demandent de faire un spectacle", explique-t-il. En faisant de la recherche avec le dramaturge André Morency, il est tombé sur plusieurs faits marquants qui l'ont inspiré dans sa création. "Ici, ils ont l'une des universités les plus importantes au monde, et aussi l'une des plus grosses bibliothèques au monde. Pour moi, c'est un signal à la population, qui dit "On a envie que vous soyez cultivés, que vous ayez accès à la connaissance". Je suis parti de ça pour inventer le monde dans lequel je raconte mon histoire", explique Martin Genest. Il cite, parmi d'autres idées qui l'ont influencé, le fait que les dinosaures se seraient éteints à cause d'une énorme météorite tombée en pleine péninsule du Yucatán. Ou encore cette migration des monarques du Canada au Mexique, migration pendant laquelle la première génération se sacrifie pour que la troisième se rende à bon port, "un clin d'oeil amusant aux deux pays qui se rallient pour créer une oeuvre". "La passation des monarques m'a inspiré la trame de fond du spectacle, qui s'articule autour de la relation entre deux générations, celles d'un papi et de sa petite-fille", poursuit le metteur en scène. "Le grand-père a une lubie. Depuis toujours, il cherche le secret de la vie, et il a conçu un naturalium dans lequel il conserve toutes les traces de la vie. Tout ce qu'il trouve, il l'écrit, et ça deviendra l'héritage qu'il va remettre à la future génération, qui partira avec tout le savoir de cet homme." Le tout se déroule dans un décor cinématographique, constitué d'une grande quantité de livres qui révèlent un à un leurs secrets. Un prétexte pour servir des performances de jeux icariens, de trapèze, d'équilibre sur canne, de trampomur et de jonglerie mêlée d'illusion, entre autres. Le metteur en scène se permet aussi une référence aux grands peintres du Mexique, dont Diego Rivera et ses fameuses fresques qu'on aperçoit sur de nombreux bâtiments du pays. Martin Genest, qui a eu la chance de faire suivre sa petite famille au Mexique pour la majeure partie de son séjour, constate que son expérience avec le Cirque lui a beaucoup appris. "Ça a été une belle découverte. J'ai dû changer ma méthode de travail, j'ai dû brasser mon processus de création, ce qui me fait grandir", ajoute-t-il. Créer pour le Cirque du Soleil veut aussi dire respecter une certaine signature, et il en est bien conscient. Ce qui n'est toutefois pas vraiment différent de respecter la proposition artistique de n'importe quel organisme avec lequel il travaille, nuance-t-il. "C'est un beau défi de passer ce que je suis comme créateur dans la moulinette du Cirque du Soleil. On vient me chercher pour ma couleur, ma façon de voir et d'interpréter des choses, mais tout ça est dans la possibilité de la rencontre entre la signature du Cirque du Soleil et la mienne", conclut-il.
Le tourisme, un joyau à exploiter Le Cirque du Soleil semble être sur une lancée mexicaine. Alors que les représentations de Joyà (qui veut dire joyau ou bijou en espagnol) prennent tranquillement leur envol sur la côte est du pays, à la Riviera Maya, la côte ouest, elle, n'est pas en reste. Le même partenaire du Cirque dans l'affaire Joyà, le groupe immobilier Vidanta, annonçait cette semaine la création d'un parc thématique exploitant l'univers de la compagnie de Guy Laliberté, cette fois à Nuevo Vallarta. On parle pour l'instant d'un centre de divertissement comprenant des éléments "de parc aquatique et de parc nature", assorti d'un spectacle extérieur pouvant être présenté devant de 3000 à 5000 personnes. Cette installation se veut le complément de Joyà, même si les deux villes sont sur des côtes opposées du Mexique. Le théâtre de Joyà, de son côté, desservira une quarantaine d'hôtels sur une distance d'environ 10 kilomètres, entre Cancún et Playa del Carmen. C'est le Grupo Vidanta qui a assumé les coûts de construction de l'immeuble, bâti expressément pour les besoins du Cirque. La salle, disposée en demi-cercle autour de la scène, peut accommoder à la fois les consommateurs qui désirent faire l'expérience culinaire et ceux qui ne paient que pour le spectacle.
Source : La Presse.ca




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