Hector Rossyann
Actuellement au Cirque d'Hiver Bouglione, Hector Rossyann nous a accordé cette interview dans le bar de l'imperatrice, entre deux représentations.

  • Vous venez d'une famille de cirque, depuis plusieurs générations, pourriez vous nous faire une rapide présentation de vos ancêtres ?

    On va remonter au tout début : au moyen-âge. Il y avait les ancêtres des Rossy qui s'appelaient les "Beïka" qui signifie "regarder" en patois piémontais, car ils étaient montreurs d'animaux et acrobates au sol. Il y eu un certain Diego Rossy qui créa une académie d'art gymnique en Italie et fut invité à la cour du roi Louis XV pour se donner en spectacle. On a pu remonter jusque la.

    Depuis et jusqu'à maintenant, il y a toujours eu quelques Rossy qui sont restés dans le monde du cirque.

    Nous somme la 3ème génération de clowns. La première étant mon grand-père et mes oncles qui étaient avec le cirque Alfred Court en Espagne. Grand-père était acrobate au sol et écuyer. C'est en fin de carrière qu'il s'est recyclé dans la clownerie avec une partie minime d'acrobatie, de la musique, beaucoup de gags et de parodies. Tout cela date d'avant 1900.

  • Vous nous parlez de la partie musicale dans la clownerie. Vous êtes des clowns dit "musicaux". Comment est venue cette particularité ?

    Grand-père faisait déjà de la musique mais à l'oreille, sans connaître le solfège tandis que mon père a fait 9 ans de conservatoire et nous, nous avons appris la musique a travers lui et a travers des professeurs rencontrés au cours des tournées.

  • Il y a un petite chose qui me "chagrine" : Nous vous connaîssons pour vos reprises musicales mais j'ai eu l'occasion de vous voir dans des contextes différents et vous faites également très bien de la parodie. Pourquoi le faites vous si peu souvent ?

    Oui à l'étranger principalement on nous demande de la parodie : le chambre hantée, les soldats …. Tandis qu'en France nous sommes demandé plutôt pour la musique.

    La raison à cela serait peut être le public. A l'étranger il est plus demandeur de parodie alors qu'en France c'est la musique. Enfin c'est ce que les directions nous demandent.

    Par contre nous avons fait il y a quelques jours un festival de clowns en Russie où la il nous a été demandé la musique. Car il y a encore une ordonnance de Staline qui interdit aux clowns de faire de la musique avec de vrais instruments, de vrais costumes pailletés et de parler.

    L'organisateur voulant casser avec les tabous s'est servi un peu de nous comme cobayes mais le public n'y est pas habitué. Il part avec les musiques entraînantes mais se retient très vite alors ça bloque tout. C'est une question de culture et l'ironie de la situation est qu'il y a des clowns russes qui font de la musique, mais pas chez eux !


  • Pour vos entrées musicales comment considérez-vous le fait de travailler avec un orchestre comme ici au cirque d'hiver ou de travailler avec une bande lorsqu'il n'y a pas d'orchestre ?

    Au cirque d'hiver, en plus d'être très amis avec Tony Bario qui musicalement est un "Monsieur" et qui a fait le métier d'artiste et de clownn, il accompagne les artistes et sait ce que l'on fait car il l'a fait lui même, donc nous ne pouvons pas nous tromper.
    Pour ce spectacle nous jouons un medley sur Paris que l'on fait avec 18 instruments (9 chacun), 45 secondes par instrument, on a répété 3 fois et ça colle ! C'est incroyable ! Si ça n'avait pas été quelqu'un comme Tony nous aurions passé 15 jours.
    Avoir un orchestre comme cela derrière, on est content et ce n'est pas une bande !


  • Pensez vous que le métier de clown peut s'apprendre dans les écoles ?

    Oui tout peut s'apprendre par les études et les livres mais il faut un jour ou l'autre se mettre sur le marché et la c'est une question d'années et d'expérience. Il y a certes un don au départ : une démarche, une bouille, un parlé, une voix qui porte ce sont déjà de petits atouts mais c'est un travail de tous les jours.
    Le public change tous les jours il faut savoir s'adapter, c'est le métier qui va être le juge. Notre premier passage fait 9 minutes. Il faut que l'on captive le public dès les premiers instants.

  • Vous nous parlez des durées des entrées, elles sont de plus en plus courtes comment expliquez vous cela ?

    Oui avant c'était de 20 25 minutes, nous avons même fait des entrées de 45min. C'est la société, le public qui veut ça, alors nous sommes obligés de suivre mais ce n'est pas évident d'adapter un numéro et de comprendre le public. Selon les séances nous accentuons certains passages ou d'autres mais pour cela il faut le comprendre. J'ai 53 ans et je le comprend à peine, mon père a réussi a comprendre lorsqu'il a terminé, il y avait 80 ans, tout le monde vous dira la même chose.

  • Quels sont vos références anciennes ou actuelles ?

    Il y eu grand-père qui a fait clown blanc et auguste. Achille Zavatta qui était quelque chose ! Les Carolli, les Rastelli, Popov, David Shiner, Buffo ...
    Coluche, Devos sont des personnes qui ont beaucoup apporté au monde du clown, bien que le clown soit spécifique à la piste, mais les deux sont très proches. Idem pour Charlie Chaplin.

    Il y a des jeunes qui commencent, que ce soit des gens de cirque ou venus des écoles mais ce qui est terrible pour eux c'est qu'ils commencent et qu'on leur impose 3 minutes. Avec 15 minutes tu as le temps de te débattre, on y arrive nous avec difficultés alors je me met a la place de ces jeunes, la ça doit être terrible. Il faut qu'ils accusent le coup et répondent à la demande tout de suite.


  • Quel être votre plus beau souvenir de clown ?

    Le premier qui me vient à l'esprit, c'est dans un chapiteau familial d'une tante de ma mère. Nous étions 3 générations en piste, mon grand-père , mon père, ma mère qui était enceinte de mon frère Yann qui est maintenant en piste avec moi et moi même Donc toute la famille était réunie. Pour le public ça ne représentait peut-être rien de spécial mais pour nous c'est un très grand souvenir de cirque !

    Merci à Hector Rossyann pour sa gentillesse et le sourire naturel avec lequel il parle de son métier.

    Source : François Dehurtevent




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