Gilbert Gruss
Nous avons rencontré pour vous Gilbert Gruss en novembre dernier alors que le cirque Arlette Gruss était à Wasquehal (59), avant dernière étape de la tournée du spectacle Rêves. C'était d'ailleurs la dernière fois que le cirque venait dans cette ville (au grand désespoira de Gilbert Gruss) qui ne sera pas sur la tournée 2006.

  • C'est le 20ème anniversaire du cirque Arlette Gruss : 20 ans, 20 spectacles. Pouvez vous tirer un rapide bilan de cette aventure de 20 ans ainsi que de l'année qui se termine ?

    Pour l'année 2005 le bilan est vite fait. A la vue du succès remporté, l'augmentation est grande, il n'y a aucune ville qui n'a pas marché et cela nous donne de la confiance et l'envie de continuer à faire autre chose. Et c'est pour cela que Délires va naître en 2006.

    Pour le bilan des 20 ans ça a forcement été un peu pénible au départ mais tout de même en repassant tout cela il reste de belles choses et de super moments. Et nous avons fait quelque chose qui n'avait pas encore été fait jusqu'à présent dans le cirque.


  • Quels sont pour Gilbert Gruss les grands moments de cirque de cette aventure ? Les bons comme les mauvais ?

    Les bons sont l'évolution du cirque. Quand on voit qu'en 1985 avec une vieille toile de 32 mètres, quatre camions, cinq ouvriers et quelques petits artistes pour nous dépanner; et que l'on voit 20 ans après, c'est un plaisir.

    Mais le plus grand plaisir sans aucun doute est d'entendre les spectateurs et leurs réactions à la fin de chaque spectacle.


  • Au démarrage l'idée d'en faire ce qu'est actuellement le cirque Arlette Gruss était-elle déjà présente. Quelle était l'optique de départ ?

    Nous étions artistes dans d'autres cirques et à force de na pas être salariés, les galères, ou de ne pas avoir de conditions pour faire notre métier, un certain ras le bol est apparu. C'est ma mère qui a proposé de faire notre propre cirque. "Quitte a ne pas être payé autant faire notre propre cirque". J'ai trouvé l'idée géniale, elle me trottait d'ailleurs depuis longtemps mais je n'avais jamais osé en parlé dans la famille de peur de ne pas avoir les moyens etc … Et mon optique à moi à toujours été de ne pas faire ce que les autres ont fait, d'essayer de gérer le cirque autrement, de le faire évoluer d'une autre façon.


  • Coté spectacle nous pouvons nous faire l'idée de ce qu'est la différence mais pour la gestion de l'entreprise, ou est la différence ? Ce que le grand public ne peut pas voir ?

    Ce n'est pas facile de gérer une entreprise comme celle la car nous ne sommes pas beaucoup pour la gestion. Mais cette année a donnée aussi un élan supplémentaire car nous avons créé des postes. L'arrivée des Gomez a fait beaucoup de bien, Michel Palmer s'est investi encore différemment sur la partie administrative etc …, ce qui permet au cirque Arlette Gruss d'avoir une organisation que beaucoup d'autres cirques n'ont pas. Tout cela va nous permettre d'évoluer encore un petit peu : rendez-vous en janvier à Bordeaux (rires).


  • Vous nous parliez précédemment, qu'avant le cirque Arlette Gruss vous étiez artistes. Pouvez vous nous parler de cette période de votre vie ?

    J'ai fait un peu tous les métiers du cirque, les reprises de clown, trapéziste, dresseur de fauves. J'ai participé à plusieurs numéros dans les cirques ou je travaillais pour compléter les troupes etc … sans pour autant être spécialiste de la discipline mais c'est cela aussi le cirque : savoir d'adapter.

    J'ai toujours été passionné par les numéros aériens et j'ai fait du trapèze durant plusieurs années avec mon ex-épouse.


  • Vous avez maintenant trois casquettes : Créateur de spectacle, Artiste, Responsable du cirque au quotidien (montage, démontage, etc …). Comment gérez vous ces trois fonctions ?

    J'essaye de cloisonner et il y a un temps pour tout. Le matin la priorité est donnée aux chevaux jusque 10h 10h30. Ensuite ce qui prime c'est spectacle car ce n'est pas la peine d'avoir fait tous ces efforts pendant 20 ans ni toute une journée pour saboter le soir ce qui se passe en piste.

    Ensuite m'occuper à la création des futurs spectacles, trouver des numéros, visionner les vidéos...

    Puis tout au long de la journée passer à droite à gauche voir si tout est en place si il n'y pas quelque chose qui traîne etc… le rôle ingrat du chef en quelques sortes !


  • J'ai eu l'occasion de voir plusieurs montages et démontages, vous y êtes tout le temps présent, du début à la fin. Est-ce une volonté, un plaisir ?

    Alors non. Cela ne me plaît pas du tout ! Mais c'est comme pour le reste si le "chef" n'est pas la ça devient très vite le bazar, le chapiteau peut prendre des accrocs, les camions des coups d'élévateurs, etc ... Alors pour garder un cirque propre et en bon état, ce que j'espère qu'il est, il faut surveiller et être avec les gens.


  • C'est le 19ème spectacle que vous créez. Avez vous toujours la même envie, la même force pour avancer et n'avez vous pas peur de décevoir l'année suivante ?

    L'envie oui. Mais ce qu'il se passe c'est qu'au fur et a mesure des années cela devient un peu difficile car on essaye de se compliquer toujours un peu plus.

    La peur de décevoir est tout le temps présente, chaque année lorsque l'on prépare le spectacle et cela jusqu'à la première c'est très angoissant et il y a tout le temps cette hantise. De plus pour 2006 avec l'expérience de Rêves ça a amené des paramètres supplémentaires qui font qu'il faut que ce soit au moins du même niveau.


  • D'autres cirques tels que le cirque du Soleil ou Roncalli font également des créations avec lesquelles ils tournent plusieurs saisons. Pourquoi vous limiter à 25 villes par an et tout renouveler chaque année ?

    Pour cela il faudrait s'expatrier à l'étranger et cela nous n'en avons pas envie car nous devons à tous ces gens en France qui sont venus nous voir et qui continuent à venir, de ne pas manquer une année.

    Par contre sacrifier la pause estival pour une tournée de 5 à 6 semaines dans un pays frontalier, pourquoi pas ? D'ailleurs nous sommes en train d'y penser.


  • Le cirque du soleil avec Guy Laliberté, Roncalli avec Bernhard Paul ont été des enseignes parmi les plus innovantes de ces 20 dernières années ; deux établissements avec à leur tête des dirigeants qui ne sont pas issus du monde du cirque. Vous me parliez des Gomez qui vous ont également beaucoup apporté et qui ne sont pas issus du cirque. Comment Gilbert Gruss explique cet état de fait ?

    C'est une excellente question car je me rappelle ma plus tendre enfance et ce que m'explique encore aujourd'hui ma mère par rapport à son papa, c'est que la famille Gruss a toujours été entourée de gens de l'extérieur, pour leur donner un coup de main, pour être secondé. Je ne sais pas si il y a un plus grand savoir faire comme cela mais ça apporte beaucoup de ne pas rester confiné dans le cirque et c'est une nécessité.


  • Les cirques dits traditionnels n´ont pas une identité forte. Contrairement aux autres spectacles. On ne va plus au cinéma, on va voir un film de Besson, par exemple. Au cirque (à part le cirque dit moderne) le public fait toujours l´amalgame. Comment expliquez vous cela ?

    Le changement commence à se faire. Dans pas mal de régions que nous visitons les gens vont chez Arlette Gruss et attendent que le cirque revienne dans leur ville parce que nous arrivons à fidèliser le public.

    Maintenant comment expliquer que le public va plus au théâtre ou au cinéma, c'est tout simplement la faute des directeurs de cirques qui ont salis le nom du cirque et le respect que l'on doit accorder à ce métier qui est pour moi le plus beau métier du monde.


  • A propos des concurrents sur le marché. N´y a-t-il pas trop de cirques en France. Les locations d´enseignes font un tord considérable aux cirques de "qualité". A qui la faute, la profession, les politiques ?

    Toutes les locations qu'il y a eu depuis les dernières années ça ne fait pas du bien, c'est la faute des directeurs de cirques qui louent leur nom et lorsque l'on va voir les spectacles ….

    Pour notre cas, nous avons tout fait jusqu'à temps que cela s'arrête.


  • Question directe : Le cirque Arlette Gruss sans Gilbert Gruss ? (ndlr : l'interview a été réalisée en Novembre 2005)

    La vraie question serait : le cirque Arlette Gruss sans Arlette Gruss ? Ca va être difficile on se pose réellement la question si il y aura un cirque Arlette Gruss sans elle. Même à 75 ans c'est elle qui fait énormément. Elle prend les décisions, même si les idées nous les discutons ensemble, c'est elle qui tranche. Donc pour l'instant ça reste un gros point d'interrogation ?


  • Quelque chose à ajouter ?

    Vive le cirque !

    Merci à Gilbert Gruss pour l'interview qu'il nous a accordée et de nous avoir parlé avec passion et amour de son métier.




    Source : François Dehurtevent




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