Jerôme Charles (Duo Passion)
Le Duo Passion réalise un numéro de tissus aériens depuis 1998. Inspiré dans sa présentation par le cirque contemporain, les difficultés qui sont le fruit d'un long travail ne transparaissent pas au travers de la grâce et l'apparente facilité de la réalisation mais sont bien réelles, notamment lors des rattrapes pieds à pieds. Depuis sa création ce duo est l'hôte des cirques prestigieux d'Europe du Nord.

  • Jérôme Charles, pouvez-vous nous retracer votre parcours qui vous a conduit à devenir artiste de cirque ?

    Depuis tout petit j'étais attiré par le cirque, j'ai commencé par une école qui donnait des cours en loisir. Ensuite au collège j'ai été orienté vers un autre établissement créant de petits spectacles en fin d'année et pouvant m'apprendre d'avantage en gymnastique. Au mois d'août nous sommes partis en tournée pendant les vacances et l'année suivante ils ont voulu monter " Starmania ", en play-back mais avec de la gymnastique. J'ai eu un des rôles principaux et par le biais des contacts je suis ensuite parti dans cette école de cirque professionnelle qui, du moins à l'époque, permettait de sortir avec un vrai numéro.


  • Vous êtes donc sorti avec un numéro de volants ?

    C'était quatre ans d'école avec la première année l'apprentissage des bases où on essayait toutes les disciplines afin de les découvrir et nous permettre de choisir notre spécialité en fonction de nos prédispositions. Je me suis donc orienté vers le trapèze volant, ce qui tombait très bien car cela correspondait à ce que j'avais envie de faire en entrant à l'école.

    Suite à un festival à Vérone, Flic Flac nous a repéré et nous a engagé pour la saison qui commençait 3 mois plus tard.
    Nous avons fait deux saisons chez Flic Flac puis une en Norvège chez Merano et suite à cela la troupe s'est dissoute.

    Je suis retourné seul chez Flic Flac où j'étais responsable du numéro de Bungee auquel je participais également en temps que voltigeur, c'était un numéro style " élastonautes ". Je faisais également un personnage qu'on appelait "Spiderman" qui était récurent au cours spectacle. En dehors j'étais professeur pour la petite Larissa Kastein, la fille du directeur, qui présente maintenant un numéro d'équilibres sur cannes.
    Il s'avère que dans ce numéro de Bungee il y avait la fille qui est maintenant devenue ma femme. Après quatre mois en Suisse elle est revenue chez Flic Flac pour reprendre les Bungees et en parallèle nous avons commencé à travailler notre numéro actuel qui sans même être monté était déjà engagé pour deux saisons plus tard !

    Après Flic Flac ça a été Herman Renz, Benneweis, Knie, Monaco, Massy, Krone.


  • Ce numéro c'est vous qui l'avez conçu de bout en bout en allant même jusqu'à en écrire sa musique. Cette musique à justement une histoire un peu particulière ?

    Oui elle a une histoire cette musique. Au départ c'était une chanson pour Natasha à l'époque où nous n'étions pas encore ensemble et j'en avait écrites les paroles et la mélodie. En montant le numéro nous avions commencé à travailler avec une musique complètement différente mais ça ne collait pas trop. L'orchestre " Ouch " qui était chez Flic Flac à cette époque m'avait alors demandé si je n'avais pas une autre musique car ils avaient appris que j'écrivais de temps à autres. Je leur ai donc fait écouter ce fameux morceau et ils l'ont gardé. Ils ont travaillé toute la nuit dessus pour réaliser les arrangements et le lendemain matin m'ont présenté la version actuelle; une véritable performance !


  • Au total vous avez donc fait sept saisons chez Flic Flac, que retirez vous de cette expérience dans ce cirque pas comme les autres ?

    C'est vraiment un cirque très à part, surtout les dernières années et si ils me demandaient d'y retourner ce serait avec plaisir. Déjà pour les conditions de travail au spectacle : nous avons exactement la lumière que nous voulons où bien ils nous proposent leurs propres lumière mais il nous est laissé le temps de les travailler : filmer, regarder le rendu pour que tout soit optimal. Après on s'adapte si il y a des changements mais on est certain que pendant la saison tous les soirs ce sera strictement identique, ce qui est compliqué c'est de changer tous les jours. C'est donc un luxe de travailler dans de telles conditions.


  • Travaillez vous régulièrement avec la vidéo ?

    Oui en général nous essayons de le faire trois fois par saison car c'est le seul moyen de voir les mauvaises habitudes qui peuvent être prises. Même lorsque l'on croit que tout va bien le rendu n'est plus forcement aussi bon. La vidéo est donc le seul moyen de pas se mentir, une jambe qui n'est pas tendue comme il faut, la vidéo ne le pardonne pas.

    En saison, comme dans tous les cirques que nous avons fait nous travaillons quasiment tous les jours donc on ne répète pas sauf si il y a des points techniques qui commencent à ne plus passer. Nous n'avons pas longe et c'est n'est pas le matelas qui fera quelque chose donc immédiatement on essaye de corriger. Ce n'est pas forcement très long, quinze minutes peuvent suffire mais il est important d'être rigoureux pour notre sécurité.


  • Vous qui avez une formation de volant, quel est votre troupe de prédilection ?

    A l'époque c'était Miguel Vasquez et ça reste Vasquez. A l'école on regardait les vidéos pour comprendre comment il faisait ses ballants. Il tournait le quadruple tous les jours et il faisait le triple avec une vrille n'importe où dans la rotation. C'était selon l'envie du jour, il prévenait le porteur juste avant de s'élancer de la plate forme. Et il faut savoir qu'il ne voyait pas à un mètre de lui, il était complètement myope. C'était peut-être pour ça qu'il était si bon.


  • Quel est votre avis de spécialiste par rapport à un spectacle comme celui des Arts Sauts ?

    Je n'ai pas vu la dernière création mais ce que j'avais vu j'aime beaucoup. Je m'attache beaucoup à la technique ce sont de bons voltigeurs et la troupe de départ je les connaissais a peu près tous car ils venaient de la même école que moi. D'ailleurs lorsque nous avons arrêté notre numéro de volants, il m'ont proposé de venir mais comme il y avait un autre partenaire qui y allait aussi j'ai refusé. Cela ne servait à rien d'aller ailleurs pour retrouver les mêmes conditions ; Et puis j'avais envie de faire quelque chose à moi.

    Mais j'aime beaucoup, ils ont bien évolué et c'est dommage qu'ils arrêtent mais c'est aussi normal car il faut qu'il y ai un renouvellement Au bout de 15 ans on est rouillé et il faut savoir changer.


  • Justement comment voyez vous votre avenir ?

    Pour l'instant je n'ai rien de précis mais j'aimerai bien faire chorégraphe de numéros. Prendre un numéro à la base, avec ou sans la technique et le construire de bout en bout.

    Je ne souhaite pas me reconvertir dans un autre numéro car maintenant j'ai une petite fille et il est hors de question que je reparte en tournée avec la petite, à part Flic Flac qui a une école et où on bouge une fois par moi et où toutes les conditions sont réunies pour faire du bon boulot, que ce soit au spectacle où en dehors.


  • Comment avez vous vécu votre expérience chez Knie qui est une grande référence ?

    Lorsque j'étais à l'école nous étions allé voir Knie. Lorsque j'ai découvert ce cirque j'étais impressionné et je me suis dit que si un jour j'arrivais à ça, je serai déjà arrivé à faire quelque chose.

    Il s'avère que par la suite ils sont venu me chercher. Dans le spectacle il n'y avait que des numéros primés d'un clown à Monaco, donc ça fixe déjà le niveau mais cela s'est très bien passé. Les gens sont très gentils et très pros, l'inconvénient est qu'on bouge tous les jours.


  • Comment vivez vous l'ambiance d'un festival comme ici à Domont ?

    Je n'en attend rien du tout. On m'invite, je fais mon travail et c'est tout. Il ne faut jamais faire un festival en se disant qu'il faille le faire à fond parce qu'on peux gagner quelque chose. De toutes façons que ce soit un festival où non le numéro il faut toujours le faire à fond pour le public.

    Naturellement à Monte-Carlo il y a une pression. Ce n'est pas tellement pour le concours mais c'est pour le prestige d'être à Monaco parce que lorsque l'on commence une école il y a 15 ans et que l'on n'est pas pas du tout issu d'une famille de cirque, c'est vraiment quelque chose d'en arriver la.


    Merci à Jerôme d'avoir très gentiement repondu à nos questions.




    Source : François Dehurtevent




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