Florian Richter
Dans le monde du spectacle, chaque génération a vu des «show-man» capables de soulever les foules. Dans le milieu circassien on dirait plus sagement des «grandes figures» tels Wolfgang Holzmair, Gilbert Houcke, Gerd Simoneit, Freddy Knie Senior pour ne parler que des dresseurs. Si j’insiste sur le mot « show-man » c’est qu’il colle parfaitement à l’âge et à la personnalité de l’artiste que nous vous présentons aujourd’hui. C'est avec Florian Richter que nous avons eu la chance de nous entretenir longuement lors du 1er Festival du Cirque de Bucarest. Cela faisait bien longtemps que le monde du cirque n’avait pas connu un artiste d’un tel charisme. Florian Richter ne vit que par sa passion du cirque et des chevaux aussi bien en piste qu’en dehors du cercle magique. A 31 ans et déjà auréolé d’un Clown d’Or (2008) et d’un clown de Bronze au Festival de Monte Carlo (2004), c’est  un prince de la piste» et comme dirais les anglo-saxons : « Florian Richter is Magic ! » Voici quelques extraits de notre entretien.


  • Afin de mieux vous connaître, pouvez-vous nous présenter la famille Richter ?

    Ma mère est issue d’une famille de cirque Allemande : les Renz et en 1972 en tournée chez Sarrazani mes parents se sont rencontrés et mariés et dirigent maintenant le cirque. Moi je représente la septième génération d’artistes et j’ai un frère qui est tennisman professionnel, rien à voir avec le spectacle. Nous sommes une grande famille et en piste je suis entouré par certains cousins.

  • Combien d’animaux travaillent au Cirque Richter ?

    Nous avons 30 chevaux, mais pour Bucarest nous n’en avons amené que 24, c'est-à-dire le minimum dont nous avons besoin. Ensuite nous avons six chameaux, deux zèbres, et un éléphant.

  • Vous présentez les animaux en piste mais qu'en est-il du dressage ?

    Je dresse et présente les animaux, nous travaillons presque exclusivement en Hongrie et donc il est absolument nécessaire chaque année de renouveler les présentations. Nous sommes pratiquement toute l’année en répétitions, pendant qu’un numéro est en piste, un autre se prépare, voila pourquoi il est plus pratique pour moi de dresser et de présenter.

  • Les présentations d’animaux du Cirque Richter sont à la fois très techniques mais également toujours mises en scène. Qui conçoit tout cela ?

    Je conçois les numéros : généralement à partir d’une musique, j’imagine les exercices que chaque animal peut réaliser. Le tempo impose des figures et en interdit d’autres, la musique impose aussi des atmosphères et c'est comme cela que le numéro prend forme. Cependant les costumes et les accessoires sont crées par ma femme.

  • A quel âge avez-vous débuté en piste ?

    Mes parents avaient un célèbre numéro de jockeys (clown d’argent au 1er festival de Monte Carlo), qu’ils ont présenté à travers le monde. Nous étions en tournée au Japon avec le cirque Hagenbeck et un jour ma mère s’est cassée la jambe. Il n’était pas possible pour ma famille d’arrêter la tournée et ainsi d’être privée de salaire. Mon père s’est alors tourné vers moi (j’avais huit ans) et m’a dit «ce soir c’est à toi !».

  • Vous avez toujours travaillé avec les animaux ?

    Oui toujours avec les animaux.

  • Pouvez-vous nous dire comment s’organise votre saison en Hongrie ?

    On pourrait la qualifier de «confortable», nous faisons des séjours d’une semaine minimum et jusqu'à 3 semaines suivant les villes. L’été nous passons deux mois dans la station balnéaire du lac Balaton* avec un spectacle par jour. Cet endroit est génial pour les artistes, pour l’implantation du chapiteau et aussi pour les animaux.

  • Combien de villes visitez-vous au cours d'une saison ?

    Nous faisons 8 villes jusqu'en été et 8 autres après. Cela n’a rien à voir avec le rythme effréné des cirques occidentaux au rythme d'une ville par jour. Par contre cela nous oblige chaque année à renouveler complètement le programme y compris la présentation des numéros maisons.

  • Le cirque Richter sort-il souvent de Hongrie ?

    En 1980 nous sommes allés à Malte, puis en Croatie, mais en fait le cirque ne sort pratiquement jamais. L’hiver je travaille à l’étranger avec mes propres numéros comme à Monte Carlo, au cirque Krone de Munich, au Carré d'Amsterdam, etc ...

  • Comment définiriez vous le public Hongrois ?

    Le programme est conçu pour tout le monde, les parents aussi bien que les enfants, mais depuis trois ans cela commence à changer et la proportion d’adultes est plus importante. Le public hongrois est devenu aussi plus exigeant et sélectif. La réputation du cirque national est devenue solide et les gens attendent notre passage plutôt que d’aller se faire avoir dans un petit cirque.

  • Diriez-vous que le Cirque Richter a son propre style ?

    Nous sommes des spécialistes des chevaux c’est certains, avec toutes les disciplines possibles comme la très rare haute école en tandem. Je suis très exigeant pour moi comme pour les autres car nous devons toujours présenter de la qualité. C’est notre ligne de conduite plus qu’un style.

  • Le Cirque Richter est devenu le Cirque National Hongrois. Qu’est ce que cela signifie par rapport au temps du régime communiste ?

    En une anecdote vous allez très vite comprendre ce que cela signifiait. Au temps du communisme mes parents travaillaient pour l’état et les Richter avaient un contrat avec le Cirque Barnum. Bien que c'était ce qu’on appelle un « gros » contrat, l’état prenait 90% du salaire ce qui fait qu'il ne restait aux artistes que des miettes. C'est après cet engagement que ma famille, une fois de retour en Hongrie, a décidé de monter son propre cirque et depuis heureusement les choses ont changées.

  • Quelle est la situation actuelle du cirque dans votre pays ?

    Le problème est le pouvoir d’achat. La Hongrie est l’un des pays les plus pauvres d’Europe ce qui fait que nous ne pouvons pas faire des prix de places au dessus de 10 euros, c’est vraiment le maximum.
    Nos budgets sont donc toujours très serrés. Nous devons être certains de l’impact des artistes engagés et sommes obligés de présenter beaucoup de numéros « maisons », tout en évitant le piège que ceux-ci soit systématiquement de seconde catégorie, comme on voit malheureusement trop souvent.

  • Quels sont les animaux que vous aimeriez avoir ?

    Chaque année nous avons un numéro d’animaux sauvages, nous avons eu Susan Lacey et ses tigres blancs, Ursula Bottcher et ses ours polaires, les Muderack et bien d’autres. Hélas de nos jours il est très difficile d’avoir des dresseurs de qualité, ils sont très peu nombreux en Europe, donc cette année nous avons préféré nous abstenir et attendre 2009.

  • N'êtes vous pas tenté par les fauves ?

    Pas vraiment, je suis un très bon ami de Richard Chipperfield** et après ce qui lui est arrivé chez Barnum, je n’ai pas envie qu’il m’arrive la même chose. Et puis je suis très bien avec les chevaux.
    Vous pouvez toujours enter en piste avec toutes sortes d’animaux, des chameaux à la vache en passant par le tigre dans le même programme, mais forcément le niveau de chaque prestation ne sera pas élevé. Tout dépend de ce qu’on veut présenter en piste et de l’état d’esprit dans lequel on veut le faire.



  • Que pensez-vous du festival ici à Bucarest ?

    C’est quelque chose de nouveau et innovant d’opposer des spectacles entiers, ce sont aussi des mentalités et des façons différentes de faire du cirque qui sont proposées au public et c’est en cela que c'est très bien. La première semaine nous avons manqué de public et c’est alors très difficile de créer l’atmosphère sous le chapiteau mais depuis quelques jours cela repart.

  • Parlez nous du Festival de Monte Carlo 2008, une bonne expérience ?

    C’est « le » festival connu sur tous les continents. La « planète » cirque est présente à Monte Carlo, les directeurs, les agents, les artistes et figurer au plateau de la finale est un immense privilège. J’ai été très heureux là bas. C’est le plus prestigieux des festivals de cirque, les conditions de travail y sont fantastiques.

  • Aimeriez-vous travailler en France ?

    C’est impossible, car tous le bon cirque d’Europe ont leur propres numéros de chevaux, je fais donc des festivals et c’est déjà très bien.



    * Le lac Balaton est le plus vaste lac d'Europe centrale. Il s'étire le long des contreforts sud des Monts Bakony en Hongrie. Long de 78 km pour une largeur variant de 1,5 km à 15 km, ce lac est alimenté par une trentaine de petites sources et de cours d'eau.

    ** Richard Chipperfield fut attaqué par une tigresse en 1998 alors qu’il travaillait au cirque Ringling aux Etats-Unis. Il a depuis abandonné la piste.



    Source : Frederic Taillandier




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