Calixte de Nigremont
Depuis 2004, c'est Calixte de Nigremont qui présente le Festival Mondial du Cirque de Demain. Personnage hors norme, il fait figure d'OVNI dans le paysage assez plat de la présentation. N'imitant personne, il est également inimitable : son authentique culture, sa parfaite connaissance des codes dont il se sert, sa fine extravagance enfin le mettent définitivement à l'abri des plagiaires. Et font de lui un artiste à part entière.

  • Précieux, follement classique, décalé...comment est né votre personnage ?

    C'est la question que tout le monde me pose, et à laquelle je ne sais pas répondre.


  • Ce qui semble indiquer une grande proximité entre Calixte de Nigremont à la scène et vous, à la ville...

    Absolument. Je suis Calixte. Enfin, je ne suis pas schizophrène au point de dire que, quand je force le trait, c'est moi ! Mais ce que je dis sur scène est largement inspiré de ce que je peux avoir comme idées.


  • On pourrait penser que vous venez effectivement d'un milieu très parisien, conventionnel et brillant –rallyes, soirées mondaines, cocktails et vernissages- ...

    En fait, c'est la même chose mais en province. Je suis effectivement issu d'un milieu aristocratique, j'ai étudié dans une institution religieuse, fait 12 ans de scoutisme etc, mais en Anjou. C'est la Province, avec tous ces charmes, que je renie d'autant moins que j'y vis, et que je me bats pour y rester ; je fais tout pour ne pas être parisien.


  • Et pourtant, on vous a vu mener une procession à Montmartre, assez extraordinaire*

    C'est vrai, c'était une manière d'apparition. Pour goûter Paris, il faut y aller avec parcimonie.


  • Comment êtes-vous devenu professionnel ?

    Version officielle : j'avais une demeure familiale (que d'aucuns appellent un château et moi une ruine), à restaurer et entretenir; il se trouve qu'à ce moment-là on m'a proposé de faire quelques apparitions de spectacle, et j'ai sauté sur l'occasion.


  • Vous faisiez déjà rire tout le monde ?

    Oui, disons qu'on me trouvait, dans mon entourage, assez spirituel. Je me suis dit, pour me faire plaisir, que ça pourrait être amusant de faire un festival de rue - pas pour travailler vraiment, mais pour amuser la galerie en amateur : je suis cossard, je ne voulais pas apprendre de texte, de mise en scène : je voulais tout improviser. J'ai créé ce personnage en forçant un peu le trait de ce que j'avais connu de cousines, tantes, oncles et cousins parlant un peu pointu. Il se trouve que j'ai été tout de suite repéré par "Chalon dans la Rue", la Mecque du théâtre de rue, et que j'ai très vite été programmé. Quand je suis rentré de Chalon, j'avais 80 dates retenues. C'était parti: plus moyen de faire autrement !


  • Etes-vous venu au Cirque, ou le Cirque est-il venu à vous ?

    C'est exactement ce qui s'est passé. Je suis maître de cérémonie, c'est à dire que je présente les événements, festivals, etc. ça fait 12 ans que c'est mon métier, mais je le fais dans des univers extrêmement variés : cheval, Salon du livre, festivals de hard rock, congrès géographiques, mariages people, chanson, tout ! En 1999 on m'a demandé de venir présenter le spectacle inaugural de l'exposition "Jour de Cirque" à Monte-Carlo, au Forum Grimaldi ; Dominique Mauclair et Alain Pacherie étaient présents. Il se trouve que quelques années après, en 2004, le Festival cherchait un monsieur loyal. Ils ont pensé à moi.


  • C'était un vrai challenge...

    Non : ne venant pas du Cirque, ne connaissant rien dans le Cirque, mais ayant l'expérience de gérer des foules et des salles sans peur, ce n'était pas un challenge, mais un contrat comme un autre, dans un univers particulier.


  • Etes-vous parvenu à aimer cet univers ?

    Bien sûr! Honnêtement, j'adore le Festival, surtout pour l'esprit qui l'anime. On a ici trente troupes d'artistes qui débarquent des quatre coins du monde, sans se connaître, et qui brutalement sont obligés de cohabiter ensemble, alors qu'il y a une compétition et des enjeux énormes pour certains...Eh bien, au bout de quatre jours, tout ce monde forme une espèce de communauté fraternelle comme c'est peu imaginable, où chacun se réjouit des succès de l'autre. En cinq ans, je n'ai pas vu d'aigreur, d'amertume ou de bassesse, et c'est quelque chose que j'aimerais vivre jusqu'à la fin de mes jours.

    La différence entre Dominique Mauclair [comme présentateur] et moi, c'est que Dominique est une somme théologique ambulante sur le Cirque. Moi, je ne connais rien en Cirque, et je ne prétends pas y connaître quoi que ce soit.


  • Auriez-vous envie de plonger dans ce monde ?

    Il m'intéresse à titre de curiosité, mais ce n'est pas mon métier : je suis polyvalent ; je ne suis pas plus spécialisé en cirque qu'en chevaux ou autre : quand je présente Cheval Passion, en Avignon, un numéro de dressage peut durer 15 minutes et la salle peut se lever parce qu'il y a un changement de pied que je n'ai pas vu...parce que seul un spécialiste peut le voir ; au Cirque, c'est la même chose. Je suis sensible au spectacle, il y a des numéros qui me plaisent mais je n'ai pas l'oeil du spécialiste ; moi, je sais gérer un public, c'est cela ma spécialité ; je sais comment l'occuper quand il faut meubler vingt minutes.


  • A ce propos, il y a eu des évolutions dans le personnage Nigremont : des outrances ont été évacuées; une rondeur est arrivée, une tendresse aussi.

    Très honnêtement, je n'ai pas fait évoluer mon personnage volontairement. Mais ça rejoint ce que nous disions précédemment : la première fois que vous arrivez dans un univers, vous ignorez comment fonctionne le public : vous le prenez à bras le corps et le secouez, pour vous rassurer. Après, on se connaît, c'est bon: plus besoin de faire ses preuves ! On a une histoire commune : par exemple cette bonne blague de la speakerine italienne, c'est une histoire que j'ai avec le public, c'est un rituel ; mais je ne refais pas le « téléshopping » de l'an dernier, les gens l'ont vu, et c'est le même public qui revient d'une année sur l'autre.


  • On a parfois dit que vous ne dureriez pas dans le milieu parce que votre personnage est trop marqué. En fait, vous durez, et bien.

    Je n'ai pas de milieu ! Mon apparition circassienne se limite au Festival. J'ai eu, par la suite, bien des propositions pour continuer dans le milieu. Ce n'est pas mon métier, je ne suis pas Sergio, je n'ai pas ses compétences.


  • Mais vous êtes des rares à avoir une maîtrise littéraire suffisante pour être agréable à entendre…

    Je peux meubler sur Jean-Sébastien Bach, mais pas sur Roncalli ou Nikulin. Je n'y connais rien.


  • C'est tout le sel de votre personnage : ce décalage entre une culture mondaine que vous apportez, et le milieu plus brut du Cirque.

    Oui, mais le public moyen n'a pas besoin d'être pris pour un abruti. Inutile d'expliquer qu'on va voir du main à main ou du jonglage, tout le monde le comprend. Si on en a les moyens (j'adorerais mais ce n'est pas mon cas) on peut parler des jongleurs, de l'histoire du jonglage.. Moi, je suis un meubleur, je passe les plats, et je fais en sorte que l'artiste rentre en piste arrive dans un confort absolu, que les gens soient disponibles pour lui, et que, quand il sort, il ait les remerciements les plus chaleureux possibles. Entre les deux, l'artiste fait son boulot et je ne peux pas intervenir. Je peux juste faire en sorte que ces moments soient confortables, moelleux, drôles, spirituels éventuellement, amusants, informatifs, mais ce n'est pas moi que les gens viennent voir.


  • D'une certaine façon, maintenant, si..

    Oui, au sens où les gens se disent qu'ils ne vont pas se faire suer entre deux changements de plateaux.


  • Votre travail au Festival inspire-t-il votre personnage pour d'autres travaux ?

    Oui, absolument. Tout travail rebondit sur un autre. Je présentais l'autre jour Aleksandr Koblykov comme un cadet de la marine et j'évoquais le Cruisentern. Il se trouve qu cet été j'ai accueilli le Cruisenstern à la Grande Armada de Brest et Douarnenez ; j'ai découvert à ce moment-là cette histoire. Six mois auparavant j'en ignorais tout, mais aujourd'hui je m'en sers au Cirque. Il y a évidemment des choses que j'apprends au Cirque et dont je me servirai ailleurs; Si un jour je vois un trapèze, je ferai mon intéressant en parlant de Léotard.

  • Pour se souvenir de tant et tant de détails, il faut une sacrée mémoire....

    C'est mon outil de travail. J'imprime beaucoup de choses rigolotes, qui n'ont généralement aucun intérêt. Je sais ainsi que "Ma cabane au Canada" est une chanson détestée des Québécois. J'ai une très bonne mémoire.


  • Quel genre de petit garçon étiez vous en classe ?

    Fayot. J’ai toujours aimé faire plaisir, c'est mon défaut. Je crois qu'au fond je suis gentil. J'étais fumiste.


  • Impertinent ?

    Non. Si je me rends compte, en lançant une pique, que ça blesse, je me répands en excuses pendant dix minutes, parce que ce n'est pas le but du jeu. Mais créer une complicité, une taquinerie, oui. Quand je fais une tirade sur Saint-Janvier, village natal de Philippe Renaud [du duo Justine et Philippe], je ne me le permets que parce que ça fait rire Philippe, qui préfère qu'on le dise de Montréal. Si ça devait le blesser, j'arrêterais immédiatement.


  • Au Festival, vous arrivez en même temps que les artistes. Quelle est votre première tâche ?

    C'est d'aller voir ce qu'ils font. Quand j'ai vu, je vais relever avec eux les "mentions légales", c'est à dire ce qu'il faut obligatoirement que je dise, et ce qu'ils ne veulent pas que je dise ; par exemple : "entraîné par tel ou tel", "formé à telle école"... Après, on fait un test, je fais une présentation d'essai.


  • Avez-vous pris des notes écrites ?

    Non, sauf les noms, surtout avec les noms russes, nombreux au Festival. Parfois, je note un mot de pense-bête. J'essaie aussi de varier la présentation au cours d'un même festival, sachant que le public voit en général plusieurs spectacles. C'est la moindre des choses pour le public fidèle, mais aussi les techniciens. J'essaie de faire ça.



    *Le 31 décembre 2007, Calixte de Nigremont et quelques comparses ont organisé une procession à Paris, sur la Butte Montmartre, pour s'opposer...au passage à la nouvelle année ! L'événement fut suivi avec le recueillement approprié par 25000 personnes, selon la Police, NDLR..




    Source : Julien Motte




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