Joseph Bouglione Jr
Joseph Bouglione Jr fut un très brillant fildeferriste. Il a arrêté son numéro en 2002, pour se consacrer à la conception de spectacles de cirque. Désormais Directeur Artistique, il nous a reçus au Cirque d’Hiver de Paris : cette saison pas moins de trois spectacles arboreront la griffe Bouglione assortie du fier logo du Cirque d’Hiver…

  • 2010, c’est vraiment l’année de la montée en puissance de la marque Bouglione : pourquoi cette ascension et pourquoi cette année ?

    Nous avons repris les spectacles au Cirque d’Hiver depuis 1999, avec Salto. On a réussi à fidéliser un public avec de beaux programmes, un bon orchestre, de la lumière, un cadre exceptionnel. Nous avons eu beaucoup de demandes, pour une jauge de1600 places. Or, les comités d’entreprise demandent couramment de 50000 places. Voilà pourquoi nous avons décidé de nous agrandir.


  • C’est donc le marché qui a été demandeur. Quelle réponse lui faites-vous ?

    Notre réponse, c’est la location d’un hall au Bourget, et l’achat d’un chapiteau pour Nanterre ; c’est un chapiteau de 3000 places et de 50 mètres. Il est confortable avec des sièges baquets. Ce sera sans doute l’outil qui nous permettra de faire une tournée en France


  • Reprendre les tournées est donc envisagé ?

    Oui, pas encore bouclé, mais disons qu’en 2012, après la saison parisienne, on compte faire tourner le spectacle du Cirque d’Hiver dans de grandes villes.


  • Revenons en 2010 : vous faites juste un test, ou vous amorcez un virage stratégique, qui vous ouvre une route pour longtemps ?

    J’espère que c’est une route qui s’ouvre. Cette année, nous expérimentons un peu ; des investissements lourds ont été consentis : des décors, deux cents costumes, etc. Car nous n’avons pas déshabillé le Cirque d’Hiver pour habiller Le Bourget ou Nanterre. Il y a réellement trois équipes à pied d’œuvre.


  • C’est tout le problème de la croissance ! Avec le risque de faire un faux pas…

    Effectivement, c’est très difficile. D’autant qu’on jouera les trois spectacles simultanément. Il y aura des dimanches avec quatre spectacles rue Amelot, quatre spectacles à Nanterre, et trois au Bourget. Soit 40.000 spectateurs dans la journée ! Quel est le cirque au monde qui peut s’en vanter ?


  • Pourtant, le vivier de bons artistes n’est pas extensible à l’infini, surtout pas en période de Noël où les spectacles se multiplient.

    Nous avons su le 25 décembre 2009 que nous avions le Bourget et Nanterre ! J’ai dû manœuvrer très vite : je n’ai eu que quinze jours pour engager les artistes et le personnel nécessaires à ces deux spectacles du niveau du Cirque d’Hiver. J’insiste, il ne s’agit pas de l’engagement d’un spectacle étranger qu’on importerait en France ! Il s’agit bien de créations, dans le respect de notre identité, sans facilité. Mais avoir engagé les artistes de douze saisons rue Amelot m’a beaucoup aidé.


  • En matière de grands spectacles de Noël, la concurrence est rude, notamment en région parisienne, avec les « gros porteurs » comme le chapiteau Pinder de 5000 places, ou le Phénix de 6000 places, mais aussi les grandes comédies musicales. Comment comptez-vous faire ?

    Je mise sur l’attrait de la nouveauté et le charme de la renaissance puisque autrefois nous faisions le Parc des expositions de la Porte de Versailles. Nous ne faisons que revenir sur le marché qui était le nôtre il y a trente ans, et dont le plus gros pari a finalement été la réouverture réussie du cirque d’Hiver.


  • Quelles sont les clefs de votre succès ?

    Une réussite, c’est du travail, du talent et de la chance. Mais je mets la chance en dernier. Par exemple, quand on a relancé le Cirque d’Hiver en 1999, je n’ai pas engagé les plus mauvais ni les moins chers…on a recommencé avec un orchestre, de la lumière…


  • Parlez-nous des équipes en place actuellement, et des spectacles prévus

    Nous avons donc monté trois équipes ; au Bourget, il y a 15 musiciens, 12 danseurs, pour appuyer un spectacle très traditionnel : lions, cavalerie, exotiques, éléphants, femme canon, globe de la mort, trapèze, sangles, acrobates, clowns, C’est un gros spectacle. Beaucoup d’artistes sont passés au Cirque d’Hiver. L’implantation des lumières est la même que rue Amelot, les décors rappellent le Cirque . Pour Nanterre, j’ai repris le titre « Circus on Ice », d’un spectacle que mon grand père avait monté à Paris. Il y aura 15 patineurs, et dix numéros de cirque dont les Garcia, Ingo Stiebner, Bonbon et Tina, les Azzario Sisters les Petersen et Toto Chabri plus un orchestre de douze musiciens.


  • Trouver des musiciens est devenu difficile, mais vous tenez absolument à en avoir. Comment faites-vous ?

    On les paie ! Nos musiciens sont ceux de Johnny Haliday, d’Eddy Mitchell…ce ne sont pas des musiciens de cirque. C’est peut-être pour ça que ça sonne bien (rires) !! Je parle en connaissance de cause, car je suis musicien moi-même. La qualité de l’orchestre qu’on a au Cirque d’Hiver est unique. Je sais ce qu’on peut jouer ici, quels arrangements choisir, comment équilibrer les pupitres ; c’est un avantage considérable.


  • Qu’est-ce qui va différencier ces spectacles, hormis la glace pour Nanterre ?

    Ce sont trois spectacles de cirque classique, avec l’exigence du Cirque d’ Hiver. Même à Nanterre, la dominante du spectacle sera le cirque, avec des intermèdes sur glace entre les dix numéros. J’ai même été contraint de raccourcir les numéros, pour éviter d’avoir un format trop lourd. Nous avons engagé les patineurs un par un, tous des athlètes. Le chorégraphe est Pasquale Camerlengo ; il y a donc presque deux spectacles en un, avec 18 patineurs et danseuses.


  • Quel a été le spectacle le plus difficile à monter ?

    En fait, le plus dur reste le Cirque d’Hiver, car, même si le lieu est magique et magnifique, il est techniquement ingrat : accrocher un hauban est un défi, les animaux sont dans la cour... En comparaison, Le Bourget et Nanterre offrent beaucoup plus de facilités.


  • Finalement, vous êtes heureux ?

    Oui, très. Mais la responsabilité est écrasante. Francesco, Thierry, Nicolas, Sampion et moi, on va devoir bouger en permanence de site en site, pour tout assurer en même temps. Avec quand même des régisseurs de métier. Et en plus, j’assure les directions artistiques du Cirque de Noël au Bois de Boulogne, et du cirque de Noël d’Europa Park, en Allemagne ! Personnellement donc, je suis sur 5 spectacles en même temps….


  • Est-ce que le succès qui vient ne menace pas, d’une certaine façon, la famille ?

    Il faut d’abord parler d’argent : compte tenu des spectacles que nous proposons, l’investissement est considérable. Je ne me plains pas, le Cirque d’Hiver est une maison qui tourne. Mais il faut savoir que l’hiver, les cachets des artistes augmentent d’environ 50% par rapport à une tournée complète. Par ailleurs, nous réinvestissons dans la piste sans cesse, nous nous remettons en question chaque année, nous refaisons tout. Alors, même avec 300.000 spectateurs par an, il faut faire très attention. Un plan vigipirate renforcé dans Paris, une grève, peuvent nous malmener très vite. Alors, nous travaillons pour gagner notre vie, bien entendu, mais les aléas sont tels qu’avant tout, ce travail est une passion, qu’on fait avec cœur.


  • Est-ce que l’esprit de famille perdure ?

    Je crois qu’on a bien analysé ce qui s’est passé autrefois, dans d’autres établissements, d’autres familles. Ici, la confiance règne. Nos parents et oncles nous ont fait confiance depuis la réouverture, en 1999. Ils n’ont pas interféré dans notre travail. Par ailleurs, en famille, nos rôles sont parfaitement définis : j’assure la direction artistique, Francesco s’occupe de l’administration, mon frère Sampion s’occupe de l’image, Thierry de la technique. On parle beaucoup ensemble. Chacun comprend les besoins de l’autre : nous sommes tous nés dans le cirque.







    Source : Julien Motte




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