Stephan Grüss


  • Votre nouveau spectacle, Empreintes, nous change : tout le monde est unanimement soufflé. D'où vous est venue l'idée ?

    Ca fait plus de 2 ans que j'ai eu l'idée de créer ce spectacle. On s'est dit qu'il fallait particulièrement bien le préparer, qu'un an serait trop juste, notamment parce que ma sœur Maud s'est mariée, que nous avons fait la connaissance de Tony Florees. Or, nous voulions monter le spectacle avec eux. De plus, on avait besoin de chevaux pour les pyramides équestres notamment, et certaines choses nous manquaient. Il a donc fallu mûrir tout cela pendant deux ans…et demi !

    L'idée est venue simplement : mon père est très attaché à la naissance et à l'histoire du Cirque. Depuis que je suis tout petit, on me parle de Philip Astley, de Antonio Franconi de leur spectacles équestres…alors je me suis dit : à quoi pouvaient bien ressembler ces spectacles ? Que donnerait un spectacle équestre, qui ne tournerait qu'autour du cheval ? Surtout, qui d'autre que notre famille, qui a la particularité de pratiquer toutes les disciplines équestres - travail en liberté, haute école et surtout, acrobatie à cheval- pourrait ressusciter ces spectacles ? Mais la diversité est importante au cirque. D'où l'idée de ce contraste fort entre une première partie ancienne, équestre, et une seconde partie moderne.


  • Mais pour la partie historique, les documents sont peu nombreux… Comment avez-vous fait ?

    On est partis de ce qui s'en dit, et on a réinventé. Il ne s'agit pas d'une reconstitution. On a en effet peu de matière sur Astley : quelques gravures….Il y a des éléments, comme ce lustre central gigantesque, dont mon père a eu l'idée, et qui recrée l'ambiance d'autrefois. Alors que, dans la seconde partie, le lustre disparaît, et on a beaucoup investi dans les éclairages.


  • Ca se remarque vite, en effet. Pouvez-vous nous parler du nouveau parc lumières ?

    Tout le parc a été renouvelé. Il y a une quinzaine d'automatiques, des wash ; des blocs de P.A.R. (projecteurs à réflecteur parabolique aluminé) munis de changeurs de couleurs… et on y tient, parce que nous ne voulons pas passer en tout automatique. On a rajouté aussi des épiscopes, ces gros projecteurs anciens qui font cette lumière très chaude, magnifique, et bien sûr notre parc d'ACL auquel je suis très attaché. J'ai expliqué a notre régisseur lumière Antony Etienne et à mon frère Firmin ce contraste très fort que je voulais entre les deux parties à tous les niveaux, musiques, costumes et lumières et, curieusement, Antony a pris plus de plaisir à éclairer la première partie, atypique pour lui. En effet, la nouveauté, c'est presque finalement la première partie du spectacle : c'est ce qu'on ne voit plus depuis longtemps


  • On y voit d'ailleurs une chose devenue quasi-unique au monde : le quadruple jockey !

    Oui, avec mon frère Firmin, mes deux aînés Alexandre et Charles. Mais pour moi, ce qui fait ce numéro, c'est surtout " l'école Grüss ". A l'époque où tous les cirques avaient des chevaux, chaque famille avait son école. L'école des Caroli, l'école des Grüss, l'école des Cristiani…avec des différences marquées : des exercices différents, des styles différents. Et je suis naturellement attaché à la nôtre, transmise de génération en génération.


  • Qu'est-ce qui caractérise cette école Grüss ? Qu'est-ce qu'elle a en propre ?

    D'abord la façon de se tenir. Je crois pouvoir dire qu'on remarque immédiatement un acrobate à cheval formé chez nous : contrairement à ce qu'on voit partout, nous n'amortissons pas avec les genoux. On est debout sur le cheval jambes tendues, tout l'amorti se fait avec les pointes de pieds. L'autre grande particularité, c'est la course d'appel pour sauter sur le cheval : chaque pas est compté, la course est construite du départ à l'arrivée. Ca c'est une manière qu'on ne peut voir que chez nous, c'est cette course qui nous permet de faire saut à cheval, saut à genoux debout ou encore saut debout sans coussin. Il y a enfin tout le travail avec la queue du cheval, qu'on ne présente pas cette année parce que les chevaux qui travaillent actuellement ne s'y prêtent pas. J'en ai deux en préparation.


  • A propos, on voit chez vous cette année une cavalerie renouvelée, remontée …

    Dans Empreintes il y a trois générations de chevaux (comme trois générations de Gruss) il y a les nouveaux frisons, qui étaient en préparation depuis trois ans et qui font leur entrée dans le carrousel ; il y a de nouveaux espagnols, en liberté et dans les rappels ; des Portugais en haute école ;il y a Domino le pur-sang arabe appaloosa, qu'on a pu voir dans Pampa avec les dalmatiens mais qui était tout jeune ; là, il participe au rappel, et les cinq chevaux des pyramides débutent également cette année : il y a quatre traits russes et un postier breton. Pour les jockeys, ce sont des Cobs Normands, Jehol et Paradis, qui eux sont là depuis un peu plus longtemps, sur lesquels mes fils jonglaient à cheval l'année dernière. Il y a enfin un boulonnais pour l'écuyère à panneau.


  • Et avec ce numéro, on retrouve d'ailleurs dans Empreintes des images rares, délicates. Pourquoi donc avoir réintégré ces images-là cette année ?

    Précisément parce que se sont des marqueurs, des numéros qui font partie de notre répertoire. On ne peut évidemment pas les présenter chaque année, mais il faut trouver le bon moment. Il en va de même pour la parodie de l'écuyère que donne Francesco Fratellini, qui rappelle Achille Zavatta (aux Chesterfolies de Médrano, ndlr) mais surtout mon papi, André Gruss qui était un jockey exceptionnel, et qui a été immortalisé dans ce numéro par les sœurs Vesque .Et bien sûr, le père de Francesco Tino Fratellini qui a présenté ce numéros sous notre chapiteau. C'est une belle histoire : mon père à formé le père de Francesco, et moi j'ai formé Francesco.


  • Et puis, on retrouve Maud, on découvre son mari, Tony Florees : il y a une énergie magnifique dans la piste..

    On ressent bien sûr tout ce que le mariage de Maud et Tony apporte ; sans oublier Anna Micheletty (cousine germaine de Tony) et Sarah Florees (la sœur de Tony). On connaissait assez peu les Micheletty : on se croisait dans des spectacles, on passait quelques soirées ensemble..mais quand on a commencé à vraiment se connaître, ça a tout de suite accroché : on a été élevés de la même façon, c'est une grande famille attachée au respect, au travail et surtout à l'amour de ce métier.


  • Dans Empreintes, on voit Tony Florees jongler, bien sûr, mais on découvre aussi un écuyer doué : connaissait-il le cheval avant d'arriver chez vous ?

    Non. Il a commencé à côtoyer les chevaux quand il s'est marié avec Maud. Après leur mariage, ils ont fait une tournée en Belgique, chez Alexandre Bouglione, et Maud a acheté un frison là-bas. C'est là que Tony a commencé à monter un peu. Plus que la haute-école, sa vraie performance, c'est son travail dans les pyramides où il doit trouver et garder l'équilibre debout, mais aussi faire les portés. D'ailleurs, ni sa sœur Sarah, ni sa cousine Anna ne montaient non plus : on a mis tout le monde au travail dès janvier 2011 ! Tout le monde a fait de la voltige, beaucoup de travail au sol, avec un gros investissement de chacun…Nous n'avons jamais fait un spectacle aussi dur physiquement.


  • Dans ce spectacle, quel est pour vous le morceau de bravoure ?

    C'est difficile à dire, car je ressens un plaisir immense à faire et la première et la seconde partie qui sont pourtant très contrastées. Passer de la voltige au jockey, des cubes aux massues, de la trompette à la batterie, voilà ce que j'adore, surtout entouré de toute ma famille qui sont tous de très grands Artistes. J'ai même (privilège du metteur en scène) créé un tableau ou je suis entouré de mes quatre fils : quel bonheur et quelle fierté, comme celle de faire le jockey avec mon frère et mes fils…


  • Oui. Mais vous aurez bientôt 41 ans : jusqu'à quand pensez-vous faire de l'acrobatie équestre ?

    J'ai bien conscience que ce sont mes dernières années à sauter debout sur les chevaux, alors j'en profite au maximum ! J'arrive toujours à faire ce que je faisais avant ; simplement, ça me demande beaucoup plus d'échauffement qu'à vingt ans. Mais dès que je verrai les performances se dégrader, j'arrêterai, et je passerai la main.


  • La deuxième partie d'Empreinte marque un grand changement esthétique ; on rentre dans un univers résolument moderne. Et on se rapproche du travail de Gilbert Gruss.

    Oui, c'est possible.


  • D'où vous est venue cette inspiration ?

    Chez nous, il y a une vraie équipe de création à tous les niveaux : qu'il s'agisse des maquettes et costumes de Bruno Fatalot de mon travail avec la chorégraphe Sandrine Diard, avec les musiciens, les arrangeurs et bien sûr tous les artistes. C'est assez magique d'ailleurs, parce qu'on démarre avec une idée générale assez floue, et en discutant avec les uns et les autres, chacun met son grain de sel, et c'est ainsi que les spectacles se précisent. Pour Empreintes, il y a eu beaucoup de propositions des uns et des autres. Je les intègre, et tout l'édifice se construit. La mise en scène doit sublimer le travail de l'artiste, mon but n'est pas de lui imposer de jouer un rôle mais au contraire, de faire ressortir ce qu'il est vraiment au fond de lui. J'admire ma famille et c'est un honneur de pouvoir mettre en valeur leur travail.


  • On voit dans votre spectacle des disciplines et du matériel inhabituels : comme la sphère aérienne…

    Ce globe aérien nous a été prêté par la famille Casselly, qui l'a fait faire pour Merylu. On était allé les voir à Munich, chez Krone. Comme les Casselly tournent en saison avec Arena, et qu'Arena change son programme tous les ans, ils n'avaient plus l'usage de cette sphère, et René Casselly nous l'a prêtée. Chez nous, c'est mon épouse Nathalie qui travaille dedans, avec Anna Micheletty. Vous remarquerez que cette année, Nathalie a monté deux numéros : le globe aérien, et aussi le mât chinois, deux numéros très physiques.


  • Au mât, elle travaille avec Francesco Fratellini.

    Oui : c'est toujours comme ça que les choses se font ! Nathalie veut faire un numéro de mât : elle en achète un, et le monte. Ca a plu à Francesco, qui s'est trouvé à l'aise dessus, et qui a proposé de faire le numéro à deux…


  • Mais peut-on s'improviser artiste dans cette discipline ?

    Non. Ils ont travaillé avec Vincent Maggioni, qui est un élève de Châtellerault, et qui est venu donner des cours ici, durant deux mois début 2011 : puis il est venu à Piolenc l'été. Vous voyez, tout se fait par rencontres, par échanges, de manière informelle.


  • Sur le plan commercial, 2011 est-il un bon cru ?

    Piolenc a très bien marché, oui : Paris démarre très bien aussi ; on a ouvert pour les vacances de la Toussaint, et on a eu une bonne fréquentation. Nous avons revu tous nos horaires, avec les matinées à 15h00 désormais. On a supprimé le dîner spectacle du samedi soir pour faire un spectacle entier à 20h00, et on rajoute des vendredis soirs tout le mois de décembre, pour essayer de relancer le public de soirée. Et puis les réservations de CE tournent bien…


  • Tant mieux, car Empreintes est une vitrine parfaite de ce que vous êtes, et de votre savoir-faire.

    Notre problème c'est le "faire savoir" ! Je trouve que les médias ne soulignent pas assez le fait que, chaque année, nous présentons un spectacle entièrement diffèrent, créé et présenté par une famille d'artistes et que c'est un défi unique. Le nombre de spectacles sur Paris, et particulièrement l'arrivée du Cirque du Soleil, concentrent toutes les attentions…mais maintenant que tout le monde en a parlé, ça va se calmer. De toute façon un bon spectacle ne fait jamais de tort à la profession. Toujours est-il que je trouve que le cirque n'a pas la place qu'il mérite dans les médias.


  • Un dernier mot ?

    Oui, sur la musique ! Le travail sur les deux parties a été très intéressant. Quand je vais au spectacle, je constate qu'on n'entend plus jamais une bonne marche, ni un galop, ni une valse. On trouve ça un peu vieillot ou ringard, alors que dans Empreintes, on se rend compte que, bien utilisées, bien écrites, bien interprétées ce sont de bonnes musiques ; l'orchestre réalise une vraie performance : arriver à passer de la trompette piccolo pour jouer des morceaux techniquement très difficiles sur la première partie, à la seconde partie plus rock, cuivrée, avec les guitares, c'est vraiment fort. On a cette chance d'avoir ici une équipe formidable, qui s'éclate dans le travail. Six arrangeurs ont travaillé sur Empreintes, et on y entend beaucoup de compositions originales, surtout dans la seconde partie : celles du trompettiste Pascal Rioux-Balzano , du percussionniste Julien Bonnard, celles du pianiste Bertrand Allagnat, et de mon beau-frère, Alexandre Figuier, qui a composé la musique du globe aérien. Enfin, je tiens à souligner le travail formidable de notre chef d'orchestre et batteur Sylvain Rolland, qui, grâce a sa culture musicale et à son talent de musicien, dirige l'orchestre et suit les artistes à chaque instant. C'est un bonheur pour nous, qui sommes mélomanes, de se sentir portés par la musique



    Source : Julien Motte




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