Diana Vedyashkina
Elle n’a pas appris à danser, mais se déplace comme une ballerine. Elle n’a pas appris à dresser, mais son numéro de teckels est un des plus originaux du moment. Elle est artiste de cirque, mais aussi journaliste et signe dans de grands titres russes. Diana Vedyashkina est hors norme ! Rencontre à Paris.

  • Vous portez un nom peu connu en Europe de l’ouest. Parlez-nous de votre famille.

    Si je vous dis que j’avais un grand-père chirurgien, un autre officier, une grand-mère comédienne et une autre professeur de géographie, vous comprendrez que je descends d’une famille russe établie ! Mais l’une de mes tantes, Ludmilla, a épousé Vladimir Dryabkin, qui a dressé un théâtre d’ours. Après ses études d’ingénieur, mon père est venu y travailler, et ça lui a plu. Il a rencontré ma mère, pianiste classique diplômée du Conservatoire d’Ekaterinburg. Ils se sont mariés, ont créé leur numéro d’ours. Je suis née en 1984 à Saratov.


  • Votre famille circassienne ne s‘est jamais produite en Europe de l’Ouest.

    Non, hélas, pour les raisons administratives que vous devinez. Ils n’ont jamais eu la chance de faire partie des tournées du Cirque de Moscou.


  • Vie classique ou vie d’artiste…Comment s’est passée votre éducation ?

    Dans la famille, nous sommes très à cheval sur les lettres : un bon bagage de littérature, en histoire est indispensable. J’ai fait des études classiques jusqu’à 16 ans. Mais je brûlais de me produire en public, car évidemment je suivais mes parents. J’avais l’habitude des ours, mais j’en avais peur, comme des singes d’ailleurs. J’avais dressé tous les animaux de compagnie qu’on avait à la maison, j’aimais ça. Pourtant à 16 ans, j’ai intégré une école de théâtre ; j’en suis sortie un an après pour retourner au cirque. J’aime aussi beaucoup le journalisme, et je me suis lancée parallèlement dans des études spécialisées à St Petersbourg. J’ai signé dans de nombreux titres russes.


  • Quand et comment est né votre numéro ?

    Je trouvais depuis longtemps que les numéros d’animaux manquaient d’originalité. Or je voulais faire quelque chose de très original, où je m’exprimerais pleinement. Je voulais mettre –et je mets- beaucoup de moi-même dans le numéro, en particulier pour faire ressortir une poétique. Je n’ai donc écouté aucun conseil, et j’ai acheté quatre chiens – des teckels- réputés indressables. C’était un défi, ça m’a attirée. J’aime la fantaisie du jazz, et les teckels me semblent des chiens jazzy ! J’ai commencé à les faire travailler sans idée préconçue, à l’instinct. J’avais vu deux chiens faisant des sauts d’obstacles l’un à la suite de l’autre ; moi, j’ai voulu qu’ils sautent ensemble, simultanément… Evidemment, j’ai fait des fautes de dressage au début, mais elles m’ont servi par la suite.


  • Et votre carrière a vite débuté…

    Oui, j’ai fait mon premier spectacle seule à 19 ans. A 20 ans, j’ai été sélectionnée pour le festival des Princesses du Cirque de Russie, et un an plus tard, en 2005, pour le Festival Mondial des Arts du Cirque de Poklonnaya Gora (Poklonnaya Gora est une colline et un quartier célèbre de Moscou, ndlr). Je n’y ai pas obtenu de prix, mais j’ai eu des propositions nombreuses. L’une d’elles m’a conduite au festival de Città di Latina, en 2005, où j’ai décroché l’argent. Cela m’a ouvert les portes de Krone, pour l’hiver 2006/2007, puis Benneweis en tournée en 2007, avant Ringling en 2008, aux Etats-Unis et en Europe (dans le spectacle Boom a Ring, vu à Rome en 2010, ndlr), avant de revenir en Russie ; j’ai travaillé à Riga en 2011, puis sous le chapiteau de mes cousins Dryabkin ; après j’ai fait Nicouline à Moscou, St Petersbourg, Massy en 2012,et, après un bref passage à Minsk (Biélorussie, ndlr), me voilà au Cirque d’Hiver chez Bouglione à Paris.


  • Pour nous Français, vous êtes effectivement associée à Massy. Qui vous a sélectionnée ?

    C’est Alexandre Hourdequin qui m’a repérée. En général, les festivals me rendent très nerveuse. Mais j’ai vécu Massy comme un moment intime, chaleureux, simple, ce qui m’allait bien. Et c’est bien sûr Massy qui m’a conduite au Cirque d’Hiver Bouglione. Je suis très fière de m’y produire, c’est un lieu prestigieux et extrêmement professionnel.


  • Comment voyez-vous l’évolution de votre carrière ?

    Je continue avec les chiens, mais pas plus de dix ans. J’aimerais essayer les tigres, parce que là aussi, il y a beaucoup à inventer. Les numéros sont conditionnés par le matériel : cages, tabourets, poutres, qui sont pratiquement les mêmes depuis les origines. Personne n’a sérieusement travaillé le matériel pour faire évoluer les numéros de fauves. Je suis certaine qu’on peut arriver à des résultats inédits. A condition de s’affranchir des règles établies.


  • Mais s’affranchir des règles, c’est beaucoup plus que de simplement vouloir être originale. Finalement que recherchez-vous et pourquoi ?

    Pour moi, les deux vont de pair. Je crois vraiment que l’art ne doit être régi par aucune règle ; l’art n’est pas les mathématiques ou la construction aéronautique. Rien ne doit arrêter un artiste. Si on veut vraiment faire du neuf, il faut s’affranchir des règles et s’exprimer. Toute restriction gêne la création artistique. Je dirais même qu’on a besoin d’effacer tout ce qu’on a vu auparavant et repartir d’une feuille blanche pour se mettre à créer. Et trouver de l’inspiration, pour moi, c’est autre chose que de regarder des vidéos sur Youtube : c’est dans la musique, la littérature, l’histoire et finalement dans la vie réelle que je la puise. J’en ai fait moi-même l’expérience : c’est en brisant les codes que j’ai trouvé des idées originales. Combien de personnes m’ont dit que mon numéro était voué à l’échec parce que ce que je voulais faire leur semblait impossible ! Et vous voyez le résultat. Tout est possible à condition de s’impliquer à fond dans son projet.




  • Pourtant le cirque est un spectacle très codifié, et dont les codes plaisent. Pour vous, on peut anticiper sur ce que le public veut voir ?

    Je crois que le public ne sait pas vraiment ce qu’il veut voir ; il sait ce qu’il a déjà vu : Quand les gens vont au cirque, au music-hall, ou à n’importe quel autre spectacle, ils ont des attentes, fondées sur leur expérience préalable de ces spectacles. Ils vont donc comparer ce qu’ils ont vu il y a un an par exemple avec ce qu’ils ont vu hier ou aujourd’hui. Mais si on leur montre quelque chose de totalement nouveau, qu’ils n’ont pas pu se représenter, je ne crois pas du tout qu’ils seront déçus. Pour moi, tout art vise à se façonner un public, et le cirque ne fait pas exception. Mais c’est un art très spécifique, qui en contient mille autres : les costumes et la mode, la composition musicale, la chorégraphie….Nous devrions tout utiliser.


  • Pour finir, si tout était possible, que feriez-vous ?

    Question difficile… Eh bien, je tâcherais de rester moi-même !




    Source : Julien Motte




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