Yves Lavandier
"Dans son livre-référence, "La dramaturgie-L'art du récit", Yves Lavandier cite parfois le cirque en exemple. Nous lui avons posé trois questions sur sa rencontre avec le Cirque, les cirques ou les artistes qu’il aime et sur son regard sur le cirque en 2013.

Pourriez vous nous parler en quelques mots :

  • De votre rencontre avec le Cirque ?

    Comme beaucoup de monde (enfin, je suppose), j'ai découvert le cirque quand j'étais enfant. J'ai été biberonné à la Piste aux Étoiles et aux séries TV sur les premières chaînes de télévision. Bien sûr, c'était encore mieux d'aller voir le cirque en vrai. Une matinée au cirque était toujours un événement. Une sortie en famille, une ambiance, un spectacle total... Du rêve et de l'émotion. Mais comme, inconsciemment, j'étais déjà plus friand de dramaturgie que de spectaculaire, ce sont les clowns qui me plaisaient le plus. Pour de multiples raisons, j'ai une admiration et une affection sans borne pour les clowns. J'aimais aussi les jongleurs, les magiciens et certains acrobates. Puis, comme beaucoup de monde (enfin, je suppose), j'ai cessé d'être un enfant. Mais la magie du cirque ne s'est pas éteinte. Je me suis "remis" au cirque en y emmenant ma progéniture. Tout y est passé : des petits cirques itinérants, pendant les vacances d'été, aux grands chapiteaux classiques en passant par des troupes proches du théâtre. J'ai ainsi découvert avec plaisir ce qu'on a appelé le "nouveau cirque".

  • Des cirques ou des artistes que vous aimez ?

    Chez les classiques, j'apprécie Grock, les Bario et Pierre Etaix (Yoyo). Et aussi Oleg Popov, qui savait tout faire. Aujourd'hui, je suis un grand fan du Cirque Plume, dont j'ai vu la plupart des spectacles. Intelligent, créatif, poétique, drôle, moderne. Même leurs compositions musicales (dues pour l'essentiel à Robert Miny) sont splendides. J'aime bien l'idée que le cirque sorte du chapiteau classique et investisse les théâtres. Le cirque Plume l'a fait (avec "L'atelier du peintre", par exemple). Je pense aussi aux six clowns féminins d' "Embarquez-les", mis en scène par Vincent Rouche. A "Y'a pas de quoi rire" des Cousins. A Eric Bouvron, le bushman, qui a bien compris la puissance des scènes d'apprentissage quand il fait monter des spectateurs sur scène. A Paul Durand, le Petit Monsieur, qui me fait furieusement penser à Buster Keaton. Je finirai avec les trois étoiles de mon panthéon : Howard Buten (Buffo), James Thiérrée et Julien Cottereau. Je ne sais pas s'il faut encore présenter les deux premiers. Buten a tout compris. Il tient plus d'une heure avec trois fois rien. Avec Thiérrée, on est aux frontières du cirque, de la pantomime et du théâtre. Je regrette qu'il ne mette pas plus de liant narratif dans ses spectacles mais il a du génie. Julien Cottereau est un mime-clown extraordinaire, très proche de l'enfance. Lui aussi mélange brillamment les disciplines.

  • De votre regard sur le cirque en 2013 ?

    Je ne suis pas assez l'actualité du cirque pour avoir un avis éclairé. Je trouve que beaucoup d'artistes de cirque gagneraient à dramatiser leur numéro et à raconter une histoire mais ce n'est pas un problème spécifiquement contemporain. Que ce soit au cirque ou dans La France a un Incroyable Talent, je trouve que la majorité des numéros reposent sur la surprise et le spectaculaire. Les artistes arrivent, on ne sait pas ce qu’ils vont faire, soudain hop ! ils font un numéro sensationnel. Même problème avec les mimes, les ventriloques ou les prestidigitateurs qui se contentent souvent de la prouesse de leur art. Si ces artistes intégraient un peu de dramaturgie, leurs spectacles gagneraient en intérêt, en émotion et en sens. Je me souviens d'un numéro de bols chinois dans lequel une artiste en équilibre sur un monocycle faisait passer des bols de la pointe de son pied au sommet de sa tête. Elle commence avec un bol. Surprenant et spectaculaire. Puis deux bols. Moins surprenant mais plus spectaculaire. Et puis, soudain, elle met six bols sur son pied. Ma surprise a été alors remplacée par ma participation émotionnelle. Je connaissais son objectif, ses obstacles (la quantité de bols) et je me suis demandé, fiévreux, si elle allait réussir. J'ai retenu mon souffle. Il y avait du suspense dans l'air. J'aime bien quand Monsieur Loyal annonce au micro l’objectif des artistes : "Attention, Mesdames et Messieurs, les Vrillos vont accomplir devant vous une triple boucle salto arrière ! Un peu de silence, s’il vous plaît." Ce n’est rien d’autre que de la dramatisation. J'aime même quand un acrobate rate son numéro une première fois avant de le réussir pour la seconde. C'est une façon de nous rappeler que c'est difficile. Quant à celui dont l'incroyable talent est de siffler la Marseillaise avec les oreilles, s'il se créait un personnage, le plaçait dans un univers et concevait un début, un développement et une fin signifiante, il raflerait tout sur son passage, au lieu juste de nous étonner deux minutes.

    Source : Jean-Pierre Jerva




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