Andre Joseph Bouglione
C'est en mai dernier que nous avions rencontré André-Joseph Bouglione, lors du passage du cirque Joseph Bouglione dans le nord, à Wattrelos. Nous en avons profiter pour lui poser quelques questions que nous vous faisons aujourd'hui partager.


  • Vous venez de faire baptiser la petite tigresse Wattrelos, vous débutez le spectacle avec votre groupe de tigres, vous êtes issu d’une famille de dresseur, on peut dire que les animaux sont votre rayon ?

    Oui tout à fait, je suis issu d’une famille de dresseur, dans chaque génération de Bouglione il y a eu des dresseurs. Mais pour en revenir à la petite tigresse, elle a était baptisée Wattrelos car elle est née dans cette ville la semaine dernière mais son nom "de piste" si je peux dire ainsi sera Bellana. Pour les animaux c’est important d’avoir un nom court avec de fortes consonances. C’est comme cela qu’ils le reconnaîtront plus rapidement et ne se mélangeront pas avec celui des autres. Par exemple ceux de mon groupe de tigres actuel sont : Dina, Madrane, Rany, Manchou, Alex. Deux ou trois syllabes bien distinctes.

  • Justement vous nous parlez d’apprentissage, comment allez vous procéder pour "éduquer" la petite nouvelle ?

    Je vais tout d’abord enlever une idée reçue, c’est pas toujours une bonne chose qu’un jeune fauve soit élevé par les hommes au biberon en caravane pendant les premiers mois. En fait ça dépend surtout du caractère de l’animal, pour certains ça peut très bien se passer mais pour d’autre qui ont déjà le caractère un peu comme cela, ça peut les rendre encore plus capricieux et lunatique au travail. Tout dépend réellement du caractère de l’animal, c’est la même chose pour le dressage, c'est selon les bêtes, cela peut aller de 3 mois à 2 ans ! Par contre ce qui est important c’est de tout de suite mettre les animaux dans les conditions de spectacle : lumière, bruit, spectateur, mouvement autour d’eux …

    Je vais vous citer une anecdote. C’était en été si je me souviens bien, près de Créteil. J’étais en train de préparer le groupe de tigres actuel, je travaillais avec Manchou et Alex. La cage extérieure était montée et nous étions installé près du terrain de football. C’est en travaillant comme cela tous les matins, dans ces conditions, qu’ils se sont vite habitués aux bruits et aussi au "paysage" qui bouge. Et c’est comme cela qu’ils sont devenus calme, a tel point que vers la fin de notre séjour, le ballon est arrivé dans la cage sans pour autant les affoler plus que ça, vu qu'ils étaient habitués au milieu !
    De toutes façons l’habituation doit être faite tout petit, ensuite c’est de la répétition.

    Tiens je vais vous poser une question ! Savez vous comment fait-on pour faire sauter un tigre dans un cercle enflammé et surtout ce qui lui fait peur avant de réaliser cet exercice?

  • Non. La chaleur du feu ?

    Et bien non, car en fait un jeune tigre ne connaît pas le feu, étant donné qu’il n’y a jamais été confronté, il ne sait même pas que ça peut brûler. Ce qui lui fait peur réellement ce n’est non pas la chaleur ni même la lumière mais le bruit que fait le feu. En effet c’est le sifflement du gaz pour le feu qui lui fait peur. Donc on commence avec un cercle normal puis ensuite on laisse juste «fuir» un tout petit peu de gaz, pour l’habituer au bruit, puis ensuite on l’augmente petit à petit, pour ensuite faire une petite flamme et ainsi de suite.

  • Vous venez donc nous parler de l’apprentissage pour une jeune bête mais quelle est la fréquence des répétitions pour l ‘"entraînement" ?

    Cela dépend des types d’animaux : les tigres n’ont pas besoin de répéter tout le temps, surtout quand il fait chaud, ils dorment beaucoup, par contre les chevaux doivent travailler tout le temps. Ils ont besoin d’activité, c’est pourquoi on les fait répéter tous les matins. Pour les éléphants, eux ont besoin de marcher.
    Ce sont les chevaux les plus exigeants pour les répétitions, ils oublient vite et sont vite déstabilisés. Depuis la mort de Fjord l’un des six étalons de notre cavalerie les autres sont déstabilisés et la cavalerie ne tourne plus aussi bien. Pourtant c’était un cheval du milieu mais ils sont tous perdus. Ils sont tous du même père et sont ensembles depuis tout petit, ceci peut peut-être expliquer cela.

  • J’ai vu dans vos écuries quatre vaches, récemment arrivées d’ailleurs. Tous les animaux se dressent-ils de la même manière ?

    Oui et non. Tous les animaux ont la même logique pour le dressage, mais ensuite selon les races c’est différent. Pour les vaches, nous n’en avons jamais dressé donc je ne peux pas vraiment vous dire. Nous les avons observées un peu, il faut qu’on apprenne à les connaître. Visiblement elles aiment le sel, donc nous allons essayer avec du sel pour commencer et on verra bien.

  • A part le dressage des vaches, quels sont vos projets ?

    Des projets, on en a toujours mais plus raisonnablement pour l'instant c'est de continuer à développer notre cirque et de travailler comme on aime, le cirque est un mode de vie à part entière, donc c'est un projet de vie !
    Par contre, pourquoi un jour, ne pas remettre sur pied un concept dans le même esprit que ce que nous avions fait : «l'empreinte dans la ville».

  • Pouvez vous nous parler de ce concept ?

    L' «empreinte dans la ville» était un spectacle mais avant tout un concept. Il s'est renouvelé durant 4 ans, de 2000 à 2003. Le principe était de créer une oeuvre unique qui ne serait jouée qu'une fois : un spectacle d'une heure top chrono avec uniquement 48h de répétitions. C'était donc une merveilleuse aventure faite de rencontre, de partage ! Le spectacle était très novateur car il regroupait toutes sortes d'art : 100 artistes avec : graffeur, rappeur, DJ (match de DJ), chanteur, contorsion, tissus et moto, etc .... S'ajoute à cela des projections sur grand écran, 2 orchestres, des jumbees, de la danse contemporaine, de la danse classique etc ...

    Un véritable « melting-pot » de toutes les formes d'art, tout cela pour un spectacle unique. Mais malheureusement aucune retombée. Peut être étions nous un peu trop en avance, donc pourquoi pas dans quelques années ?

    Merci à Andre-Joseph Bouglione pour sa disponibilité et la gentillesse et la passion avec laquelle il nous a parlé de son métier




    Source : François Dehurtevent & Eric Monteil




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