Les chicky's
Nous avons pu nous entretenir avec Bruno Stutz, le clown blanc des célèbres CHICKYS. Une des plus longue et des plus exemplaires carrière du monde du cirque. Pour la petite histoire Bruno Stutz est le papa du non moins célèbre jongleur Serge Percelly. Un grand merci à Bruno de nous avoir reçus et d'avoir répondu avec tant d'enthousiasme à nos questions.

  • Depuis combien de temps faites-vous "le clown ?"
    Je suis assez fier de vous répondre : avec Chickys ca fait 50 ans, si on veut bien compter. Car j'avais 15 ans à mes débuts dans un tout petit cirque en Suisse dans une arène (le palc en français) en 1954 il y avait même le championnat du monde de football ! C'est la pendant 4 mois que j'ai appris les bases du métier avec un directeur très sévère mais qui a fait de moi un homme un petit dur, vous savez au cirque il faut y aller. Ensuite pour faire plaisir à mes parents j'ai fait un apprentissage de vendeur dans un grand magasin de la ville de Genève mais l'hiver je continuais à faire des galas pour me former. En 1957 Chickys (qui lui faisait le clown à temps plein) a proposer notre numéro en Suède, nous n'étions pas bons mais le directeur était très gentil un vrai "gentleman directeur" d'ailleurs dans ma vie il a pris une grande importance car il m'a signé mon premier contrat, c'est aussi grâce à lui que j'ai connu ma femme et il a même annulé une saison à ma femme pour que je puisse rester avec elle chez Knie car nous étions tout juste fiancés, des directeurs comme ca on peut toujours en chercher de nos jours ca n'existe plus.

  • Toujours en clown blanc ? Jamais l'idée de passer en Auguste ?
    (Avec un large sourire) L'idée ? … oui ça me démange, c'est le complexe du clown blanc de vouloir être comique, ce qui est d'ailleurs très bien exprimé dans le dernier livre d'Yvon Kervino. On a écarté le clown blanc du cirque parce qu'il est devenu trop beau, "la poupée" que j'ai jamais voulu être en étant moins méchant moins arrogant un peu plus relax en fait. Quarante six ans de tandem avec Chickys c'est assez unique dans les anales du cirque. Nous avons toujours travaillé et certaines années dans des plus petits cirques car les nouvelles générations de directeurs ont d'autres goûts, ils n'aiment plus la clownerie traditionnelle tant pis pour eux ! Vous savez beaucoup de directeurs sont responsables de la disparition des clowns traditionnels.

  • Les directeurs ou le goût du public ?
    Vous savez le cirque c'est les chevaux, le trapèze, les clowns le jongleur c'est ca ! L'odeur, l'orchestre (hum hum) ça c'est le cirque ! Ça c'est joli ! Je me souviens les années de Pinder que l'on a faites avec Lucien Jeunesse ou Roger lanzac c'etait la gloire, c'etait magnifique, les tournées étaient prestigieuses. Bien sûr il faut aussi savoir s'adapter ce que nous avons fait avec Jimmy Folco en introduisant le téléphone portable dans le sketch etc.

  • Le public a changé ?
    Oui c'est devenu très dur. A nos débuts nous n'étions pas bons mais nous étions ambitieux et nous avions une vraie vocation ; aujour'dhui je vois des acrobates qui ont un peu d'arthrose alors ils font le clown, et ils le font sans cœur c'est ce qui a tué le métier. Mais on pourrait aussi parler des prix exorbitants des costumes, nos paies ne sont pas celles des chanteurs de rock. La télévision bien sur a modifié les goûts du public, et le développement des comiques au théâtre, j'aime beaucoup Popeck, Dany Boon en faisant bien attention à ne jamais être vulgaire ce qui hélas a fait son apparition sur les pistes et il faut faire très attention car le cirque est le dernier spectacle familial, il faut respecter les enfants.

  • On s'adapte en fonction du public de chaque pays ?
    Je vais vous dire, on s'adapte tous les jours, à chaque séance c'est différent. C'est difficile de créer une ambiance, il suffit de quatre ou cinq personnes avec un rire communicatif et le tour est joué. Pour moi la meilleure ville pour les clowns c'est Munich, un public extraordinaire, un vrai baromètre. Le public français aime les clowns parlés, à l'inverse en Hollande ils sont plus "visuels".

  • Que pensez-vous de cette mode du clown de reprise ?
    Il ne faut pas se mentir c'est juste une question financière car une bonne équipe de clowns c'est un coût certain, c'est plus avantageux seul que d'être en trio …Et puis j'aimerais bien vous parler des jeunes car il y a pénurie. C'est normal on ne leur enseigne plus rien, ils n'ont plus d'exemples, quand j'ai débuté j'avais les Bario, les Caroli, les Rivels (René Rivels a été mon maître). Demandez aux jeunes générations des écoles de cirque : "C'est qui les Chickys ?" Ils savent pas, on ne les voit jamais ces jeunes au cirque même comme spectateurs, j'avais 15 ans quand j'ai vu Grock pour la première fois, j'etais tout impressionné pour lui demander un autographe.

  • Vous êtes chez Krone depuis combien de temps ?
    C'est la sixième année consécutive et la dernière. A mon âge, j'aimerais encore montrer beaucoup de choses surtout pour les jeunes, j'ai beaucoup aidé de jeunes clowns suisses par exemple mais en retour beaucoup d'ingratitude, On a l'impression qu'ils se sont fait tout seul, par contre il faut féliciter Yann des Rossyans qui est un très bon clown blanc. Il y a des clowns à la mode vous savez alors place aux jeunes, il y en a de très bons mais aussi de très mauvais c'est la vie …

  • En Allemagne, le cirque se porte bien ?
    Il y a une crise c'est certain mais il y a beaucoup de bonnes maisons. Krone c'est la référence c'est la Rolls Royce du cirque comme Knie ou Beneweiss chez qui j'ai fait onze saisons, ici avec Madame Krone j'en ai fait quatorze.

  • Que pensez-vous du cirque dit "Contemporain ?"
    J'ai vu deux spectacles l'un à Las Vegas et l'autre "Ô", ce sont de très beaux spectacles techniquement avec des trouvailles mais c'est impersonnel et sans vie et il ne faudrait pas que certains cirques européens tombent dans ce travers.

  • Pour conclure, vous êtes heureux ?
    Oui je fais une belle fin de carrière grâce à mon tandem avec Jimmy. J'ai connu ses parents les clowns Folco chez Pinder, la maman était enceinte de Jimmy et trente deux ans après je travaille avec lui c'est incroyable. Je l'aime beaucoup, nous avons le même sens de l'humour. Jimmy m'a redonné de la jeunesse et même goût au clown blanc, j'aurai aimé rester avec lui mais pour le moment nos parcours artistiques vont se séparer.

    Source : Frédéric Taillandier




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