Le retour des Antarès au Cirque d'Hiver
Leur retour au Cirque d'Hiver constitue un véritable événement. Ce numéro, créé dans l'enthousiasme de l'après guerre, avait parcouru le monde avant de trouver une nouvelle jeunesse sous le chapiteau du cirque Flic Flac : il y a chez ces artistes l'étrange paradoxe d'une modernité assumée alliée à un professionnalisme digne des commandos.

L'équipage

C'est le père de Bruno et Gilles, Georges Gommeton, qui créa cette attraction au cirque stable d'Amiens en juin 1949. Il est né le 14 mars 1918 à St Eloi aux Mines dans le théâtre ambulant de ses parents. Cédant à la concurrence du cinéma, la famille allait ouvrir un garage d'électricité automobile à Lezoux dans le Puy de Dôme. Très jeune, Georges montra des dispositions particulières pour la gymnastique et le plongeon. A dix-sept ans, il s'engagea dans la marine et, devenu maître nageur à la base aéronavale de Brest, il accumula les titres en plongeon de haut vol. La guerre allait le faire passer du théâtre aux armées au STO, puis à la clandestinité. Avec des faux papiers, il travailla comme employé chez Amar puis monta un numéro de main à main avec un partenaire nommé Timas. Georges rejoignit ensuite les maquis d'Auvergne et s'engagea dans la 1° DB du Général Vigier.
L'immédiat après guerre le ramena au théâtre ambulant de Louis Darges. Il y rencontra la belle Lucette Hytte qui devint sa femme et répéta un nouveau numéro aérien avec De Riaz. Un avion tournait autour d'un axe pendant que les artistes exécutaient divers exercices, pendus à des agrès. Cette attraction n'était pas véritablement nouvelle puisque les Nicoletos, les Aeros Stars, Axel Murano et surtout les Kimris l'avaient déjà présentée. Georges était un voltigeur exceptionnel. Très vite, il voulut créer son propre numéro. Après Amiens, il débuta le 27 septembre à Medrano. La Scandinavie, les cirques de Zavatta, puis les meilleurs chapiteaux anglais et italiens abritèrent l'avion silencieux et son étrange équipage.
Plusieurs porteurs se succèderont : Pierre Bergam, Raymond Gendarme, Tony Lucchini et, enfin, Bruno, le fils aîné.
Dans le cockpit, on verra d'élégantes aviatrices : Irène, Nicole Gimel, Betty Stom-Vasseur et, dès 1959, la jolie Patricia, fille de Georges et Lucette.
Achille Zavatta donnera une sorte de bénédiction au numéro en composant une Marche Antarès qui, aujourd'hui encore, rythme sur ses accords mineurs la folle course des acrobates.

Georges Gommeton - Photo Archives



Maria Garcia - Photo Raphaël Schott / Cirque d'Hiver Bouglione
Le numéro comporte quatre séries de lâchers entrecoupées d'un travail au trapèze exécuté par la pilote de l'avion.
Les lâchers se font d'abord main à main - planches et dislocations - puis par une perche tenue au porteur, enfin par un petit trapèze où le voltigeur se lâche, par deux puis une seule pointe de pied (!) Pour permettre au porteur de reprendre les bras du voltigeur, le petit trapèze doit être tenu en mâchoire durant une séquence très périlleuse. Au final, c'est par une ceinture, tenue elle aussi en mâchoire, que le voltigeur tourbillonne en planche puis groupé.
Pour le spectateur, c'est avant tout la résistance à la force centrifuge qui constitue la principale difficulté du numéro ; les plus avertis apprécieront, en plus, les vraies prises de mâchoire, sans sécurité autour de la nuque comme on le voit trop aujourd'hui.
Georges Gommeton savait entretenir son physique et travailla jusqu'à cinquante-sept ans passés. Le 27 octobre 1974, il tournait encore une télévision au cirque Billy Smart. Au mois de janvier suivant, lors d'un engagement au Palais des sports de Madrid, Georges laissa sa place à son fils Gilles. Les jeunes Antarès reçurent l'Oscar du cirque. Leurs aînés avaient obtenu la même distinction en 1956 au Festival du Cirque organisé à Paris au Palais des Sports. En décembre 1977, les trois jeunes participèrent au troisième Festival de Monte Carlo d'où il ramenèrent un clown d'argent (1977).



Patricia avec Gilles et Bruno, en 1993
Photo Yvon Kervinio
Comme un avion sans ailes

Le petit monoplan à hélice allait survoler des pistes prestigieuses, comme celle de Corty Althoff durant sept saisons, ainsi que quelques cirques espagnols et italiens. Véritables ambassadeurs de l'acrobatie aérienne "à la française", ils recevaient, en 1983, le Grand Prix National du Cirque. A la fin de l'année 1985, ils présentaient au Cirque Angel Cristo un nouvel appareil, dont les lignes agressives évoquaient celles de l'avion espion F117 qui s'illustrerait lors de la guerre du Golf.
Le 20 septembre 1995 fut marqué d'une pierre noire : alors que les convois de la famille rejoignaient le cirque Merano, installé en Pologne, ils étaient heurtés par un conducteur ivre et Georges Gommeton ne survécut pas à l'accident.


Après des engagements parfois délicats à remplir, particulièrement à cause de la faible hauteur des chapiteaux, les Antarès allait reprendre de l'altitude sous les hautes structures de Flic Flac. Bruno, Gilles et sa compagne Maria Garcia, qui avait remplacé Patricia en 1995, allaient adopter le look "destroy" demandé par Benno Kastein : cheveux décolorés, jeans déchirés et tee-shirt moulants.
Les Antarès ont continué de tracer leur sillage. En 2004, ils furent invités une nouvelle fois à Monte Carlo. Malheureusement, l'aventure tourna court lors de la deuxième soirée de sélection, lorsque l'épaule de Bruno se déboîta. Maria fit stopper l'équipage et Bruno fut débarqué avec d'infinies précautions.
Mais cette race d'hommes est inoxydable et, après quelques mois de repos, le trio déposa de nouveaux plans de vols chez Flic Flac, puis au Cirque d'hiver en attendant de se préparer à rejoindre le cirque danois Arena pour la saison 2006.
Lors de leurs engagements en Angleterre, Bruno avait fait la connaissance d'une très belle danseuse anglaise du nom de Laura Miller. Elle remplaça Maria Garcia qui attendait la naissance d'une petite fille, Shannon, et créa plus tard un exigeant numéro alliant le travail de cerceau aérien aux évolutions sous-marine dans une mini-piscine.
Le temps ne paraît pas avoir prise sur ces artistes hors normes. Il y a peut-être un secret pour expliquer cette réussite : ne jamais tricher !

Bruno et Gilles, le rique absolu
Photo Raphaël Schott / Cirque d'Hiver Bouglione






Article tiré de la revue
Le Cirque dans l'Univers n° 219
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Source : Christian Hamel / Club du Cirque (CDU 219)




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