Flic Flac : Un cirque très Show !
Les frères Kastein, Benno et Lothar, ont depuis le lancement de Flic Flac, en octobre 1989, réussi à créer leur propre univers, leur propre style et ont tout simplement créé une marque de fabrique. L'univers est rock, l'intérieur du chapiteau, les sièges et la piste sont noirs et jaunes. Pas d'entrée des artistes au sens traditionnel mais un fond de scène avec un grand rideau noir. L'accueil et le premier contact y sont aussi très surprenants : on se croirait plus dans un paddock de formule 1 que dans la tente d'accueil d'un cirque. Le camion bar y est somptueusement moderne avec à son bord des salons privatifs.



Flic Flac n'est vraiment pas un cirque comme les autres : plus qu'un spectacle c'est un show qui nous est offert. Tout est façonné dans l'unique but de créer les émotions et provoquer les sensations. L'intérieur du chapiteau est disposé à l'image d'un Zénith, avec 13 rangées de sièges circulaires, en pente très inclinée. Pour la piste pas de banquette mais un plateau surélevé, qui au besoin des numéros peut tourner sur lui même. Les lumières et la sonorisation sont celles d'une grande salle de spectacle. La musique est sur bande enregistrée mais le spectacle est en totalité accompagné par Hendrik Schramm le batteur. Sa batterie, digne de celle de Pink Floyd est disposée à l'intérieur d'une grande cage mobile qui sera soit en fond de scène, soit au milieu de la piste et qui servira même de plate forme à certains numéros.


Un show à grande vitesse



Côté spectacle, c'est décoiffant ! Il se déroule sur un rythme effréné : pas de longues entrées en matière ; les numéros s'enchaînent à grande vitesse ; aucun temps mort ; l'attention est maintenue en permanence. Pas moins de 17 numéros sont présentés en 2 heures de spectacle. Autant dire que les artistes vont à l'essentiel et que c'est la performance qui prime. Cela peut même être frustrant pour les artistes, leur prestation doit être rapide, pas le temps de prendre la température de la salle, pas de gratitude en fin de numéro : à peine fini, sitôt parti.

Le spectacle débute au son de la guimbarde de Anton Beliakov qui déclenche une pluie tropicale. Alona Jouravel et Tatjana Kastein (la fille de Benno) s'exerceront tour à tour puis en symétrie aux équilibres sur cannes, fixées sur cages sortant de la pénombre. Restons dans l'eau avec Vitali Jouravel (le père de Alona) fumant tranquillement le cigare dans sa baignoire. C'est sans compter sur un éclat de son et de lumière qui le font jaillir de l'eau, attiré par la puissance de ses élastiques reliés à l'extrémité de son tissu aérien.

Les frères Guidi, Sacha et Yuri, prennent place pour des jeux icariens. La prestation est efficace, les figures classiques et les longs enchaînements finaux emballent la foule au rythme des saltos. Le kilt du porteur sera prétexte à plusieurs scènes comiques notamment lorsqu'il s'installe sur la trinka ... je vous laisse imaginer.


Ira Rizaeva rejoindra le voltigeur pour une partie de billard sur fond de tango. La chorégraphie du numéro est rondement menée, les boules seront pour le jonglage et le billard sera soit un podium soit une piste de danse. Ira tourne plusieurs routines à 7 balles. Une grande structure triangulaire transparente permet de nombreuses combinaisons de balles à rebond, chaque contact des balles avec le support donne un son particulier mêlant à la fois jonglage et percussions.

Des cris stridents attirent l'attention des poursuiteurs permettant d'apercevoir la hongroise Bernadett Stock se faisant attacher pieds et mains. Sa compatriote Edina Tokar vient la rejoindre pour une démonstration plus que sensuelle de trapèze humain. Le numéro est surprenant dans sa conception, parfois dérangeant dans sa mise en scène, mais les suspensions mains à mains et les rattrapes pieds à pieds sont nombreuses et bien maîtrisées. Les figures en symétrie sont parfaitement synchronisées et bien mises en valeur par les chaleureuses lumières rouges.


La partie comique est habituellement assurée par Roland Dittmar qui fait les reprises et propose en guise d'entrée une comédie XXL avec sa grande partenaire Agnès Nemeth. Tout est basé sur la différence de physique des deux artistes, Agnès ne mesurant pas moins de 2m05. Cependant, au moins d'avril, la blessure à l'épaule de Roland nous a permis d'avoir le plaisir de découvrir en remplacement le belge Barto. Présent au 26ème festival du cirque de demain, son personnage a pris une dimension supérieure et le public allemand ne s'y trompe pas. Les classiques de son répertoire sont présentés : le cintre puis le tonneau dans lesquels il se contorsionne pour passer aux travers. Il viendra même gonfler un ballon de baudruche un peu spécial pour faire diversion au cours de la préparation des arbalètes et cibles de Mario Sandoval Navarro. Avec Edita Chaloupkova sa partenaire, ils proposent une démonstration de tirs où Mario débute depuis le public en décochant à l'arc quelques flèches, puis enchaîne à l'arbalète sur ballons, carte à jouer etc ... Exercice rare : c'est Mario Sandoval qui se met sous la cible en confiant l'arbalète a sa partenaire qui tirera en aveugle, dos à la cible, uniquement guidée à voix haute par son partenaire.


Bien que le spectacle soit prévu pour tourner sur deux ans, quelques numéros, en fonction des engagements ont été changés entre 2005 et 2006. La mise en piste et l'esprit de la création restent identiques mais les changements donnent une tonalité différente, et pour cause : une troupe de chinois a été engagé pour 2006. Une première chez Flic Flac ! D'un style généralement classique, on aurait pu se demander comment ils pouvaient s'intégrer dans cette ambiance ultra moderne. Les numéros de troupe sont une réussite, que ce soit aux roues allemandes de toutes tailles avec un final à 4 sur la même roue, aux cerceaux chinois avec un passage en cinquième hauteur, ou dans un original numéro combinant trampoline et mats.

Au milieu de la piste, sur la cage du batteur, le duo Acrobalance (actuellement chez Pinder) est remplacé par un couple chinois. Les équilibres où la fille est porteuse sont uniques et donnent une toute autre dimension à ce numéro habituellement classique.

On retrouvera un autre duo chinois, dans un style proche du ballet, pour un duel de dance les opposants à Owis, Izy et Ju-One, des danseurs hip-hop. Il fallait oser opposer les deux styles, mélanger la musique breakdance et le classicisme chinois. Le résultat est surprenant mais concluant, il est non sans rappeler les duels de clash du film 8 Miles.

Les numéros présents en 2005 étaient Malte Knapp, le rocker suédois sur ses monocycles et sa très grande girafe finale, un quatuor d'acrobates à la banquine et les Zuniga au trapèze volant.


Jusque juillet il est possible de découvrir Pierre Marchand et ses diabolos. Ce jeune artiste français n'en est pas à sa première piste, bien au contraire. Après la piste aux espoirs (2000), festival de Wiesenbaden (2004), le cirque d'hiver Krone (2004/2005) il honore un court contrat chez Flic Flac. Quel artiste ! Sa technique est efficace mais surtout on se laisse captiver par sa présence et l'énergie qu'il dégage. Le musique "o ironie" chantée par Stephane Eicher (en français) peut être surprenante mais s'intègre très bien à son univers. La programmation des lumières, qu'on pourrait croire spécialement conçue pour Flic Flac le suit en fait depuis la création du numéro. Les stroboscopes mêlés aux diabolos lumineux sont un vrai régal !


Des attractions hors normes !



Le plateau, jusqu'à lors présenté est déjà très alléchant, mais c'est non sans compter sur l'esprit "hors norme" de Flic Flac. Rares sont les établissement qui peuvent actuellement proposer dans un même programme les funambules travaillant certainement le plus haut en Europe, une roue de la mort unique, un globe des motos détenant le record du monde.

Carlos Camadi, son neveu Alejandro Marin Diaz et son cousin Marcos Daza travaillent à très grande hauteur (12m). Ce ne sont pas les seulement 16mm de diamètre du fil qui les gênent pour l'exécution des exercices : petits pas, sauts, double colonne sur le fil, vélo et monocycle. La figure finale est une double colonne avec le troisième artiste ayant les jambes à la taille du porteur et avançant à l'aide d'une petite roue tendue à bout de bras.




La fin de la première partie est un grand moment visuel. La vue de l'arrimage de la triple roue aérienne est impressionnante. D'une hauteur de 14m les 3 sphères sont identiques à celles des premières roues de la mort : impossible de s'équilibrer avec les mains, le diamètre de chaque sphère étant de plus 2 m. Les artistes sont en permanence à 6 sur la roue, ceux de la sphère centrale pour réguler la rotation et permettant les figures les plus extrêmes aux "voltigeurs" : tour extérieurs, sauts dans les roues, sauts à la corde, etc ... Anton Beliakov réalise un tour complet en équilibre sur les mains, hors de la roue. Jimmy Zapatta la "star du numéro" se laisse littéralement arracher du sol en agrippant la roue par un seul bras et "voler" au dessus du public pour se rétablir au plus haut de la rotation. Il entame alors une série de sauts de plus en plus impressionnants et atteignant des hauteurs que seul un agrès de cette dimension puisse lui permettre. Pour les amateurs de ce type de numéros, c'est à ne pas manquer : C'est unique !

Pour conclure le spectacle nous retrouvons une partie de la troupe de la roue de la mort, auxquels s'associent d'autres artistes pour le "globe de la mort". Ce numéro devenu à la mode sur les pistes européennes offre ici un tout autre visage. Flic Flac présente le globe des motos depuis 1997, avec des troupes changeantes au cours des années, mais déjà un premier record (inscrit au Guinness book) établi en mai 2001 avec 5 motos, qu'ils battront seulement 4 mois plus tard avec 6 motos simultanément. Aujourd'hui ils sont maintenant 8 à tourner dans la sphère de seulement 5,80m de diamètres. Une rotation haute à 3 motos et une rotation basse à 5, l'une se détachant du groupe pour effectuer des rotations transversales.


Le final est à lui seul un numéro. La quarantaine d'artistes se repartit autour de la sphère métallique qui s'élève à la coupole sur une musique et des lasers dignes d'un générique de superproduction américaine.

Après un dernier salut, les artistes formeront une haie d'honneur accompagnant la sortie des spectateurs. La troupe est jeune, l'ambiance est excellente et le plaisir qu'ils ont à travailler est palpable. Chaque soir est une fête qui se prolonge souvent au café des artistes. Notons que la concession, en plus du marchandising soigné, propose le Dvd du spectacle actuel, fait tellement rare en matière de cirque qu'il faut le souligner.




Que l'on aime ou que l'on déteste, Flic Flac ne peut pas laisser indifférent, et c'est incontestablement parmi les plus forts spectacles itinérants qu'il faut voir en europe.





Source : François Dehurtevent




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