Siemoneit-Barum 2007
Le cirque Barum fait partie de ce que l'on peut communément appeler les "grands cirques allemands". Ancré dans le paysage circassien depuis plus de 100 ans, le cirque Barum est dirigé depuis 1970 par le célèbre dresseur Gerd Simoneit. Arrivé en 1948 chez Barum en tant que soigneur pour la ménagerie, c'est pour la saison de 1952 qu'il entre en cage pour la première fois en présentant un groupe mixte de lions et tigres. Après des engagements dans les plus prestigieux cirques européens, Gerd achète en 1962 ses propres animaux : 4 lions, 2 tigres, 2 léopards, 2 pumas et la panthère noire "Onyx" qui lui saute dans les bras à chaque fin de prestation.

C'est au printemps 1970 que Gerd Simoneit rachète le matériel et parc automobile du cirque Barum et réalise son rêve en devenant le directeur de son établissement qu'il baptise "Circus Safari", nom tiré de la série tv dont il était un des acteurs principaux. En 1971 le cirque devient le Barum-Safari et un an plus tard prend définitivement le nom de Simoneit-Barum. Il obtient en 1975 avec son numéro de cage un Clown d'argent au festival international du cirque de Monte-Carlo. Tout en continuant à dresser et présenter des animaux sauvages (tigres, lions, ours etc ...) il dirige son établissement en proposant des spectacles de qualité avec un soin particulier apporté aux présentations animalières ce pour quoi il sera honoré à nouveau par un Clown d'argent en 1998. Il quitte la piste à la fin de la saison 2002 mais reste toujours très actif comme directeur en étant désormais assisté de sa fille Rebecca.

Le cirque Simoneit-Barum est riche d'un style qui lui est propre, d'une ambiance traditionnelle, une âme tout simplement. Son aspect extérieur est soigné : une belle façade, une grande caisse décorée à l'américaine, où encore un grand parc automobile, pas toujours neuf certes mais c'est aussi cela qui crée le charme. Depuis le mois d'avril de cette année, son chapiteau et son gradin sont neufs, avec des sièges baquets jusqu'au dernier rang.
L'importante ménagerie fait elle aussi partie de la tradition, avec plus de 50 animaux qui participent tous au spectacle : on peut dénombrer : 8 chameaux, 5 dromadaires, 4 zèbres, 4 lamas, 7 poneys, une douzaine de chevaux, les tigres de Daniel Raffo et bien sur Tsavo le célébre rhinocéros.

Les 11 musiciens de Kazimierz Bilan ouvrent traditionnellement le spectacle sur la musique que Nino Rota écrivit pour le film Huit et Demi de Frédérico Fellini, sa sonorité rappelle les fanfares ambulantes avec ses huit souffleurs, cuivres et hanches confondus.

Cette saison 2007 marque un changement dans la carrière d'Ignat Ignatov qui jusqu'à lors présentait sous ce même chapiteau le grand numéro de jockey primé d'un clown d'argent à Monte-Carlo en 2005. Suite au départ de Sandro Montez pour le cirque Charles Knie, Ignat est désormais le chef de la ménagerie. Il a la responsabilité des présentations et entraîne l'intégralité des animaux du cirque. Le spectacle débute sous sa chambrière, avec 4 lamas sautant une série d'obstacles. Ignat est avant tout, un homme de cheval. Cela se ressent lorsqu'il est au milieu des six chevaux bais et des cinq arabes blancs qu'il fait volter, tourner par 6, valser par 3 avant de tous les mettre debout. Quelques rappels individuels puis les 6 bais reviennent pour un dernier tour de piste au grand galop, qu'ils stopperont net à plusieurs reprises pour se cabrer juste devant les loges en restant dans le sens du galop; figure originale avec un effet sur le public réussi.
Rebecca Siemoneit entre précipitamment pour combler le blanc provoqué par une coupure d'électricité. Son mari, Pierre Bauer, vient garer son 4x4 au centre de la piste et déploie un mât de plus de 12 mètres pour atteindre la coupole et " réparer " le projecteur défaillant. Il en profitera pour nous proposer une série d'équilibres sur mât oscillant duquel il redescendra par une glissade, tête en bas, stoppée par les pieds.

Un spectacle classique se doit de proposer une entrée clownesque et c'est ici chose faite avec les roumains du duo Grigorescu. On ne saura pas s'il est permis de " jouer de la musique ici " mais la clownesse y trouvera prétexte de sortir de son costume plus de 10 instruments différents et faire la démonstration de ses talents de musicienne avec, entre autres : piccolo, sopranino, cornetto, violon, cornemuse, ocarina, clarinette, accordéon et flûte de pan. Tout finira par son tour d'honneur en femme orchestre !
Les Saits se situent entre grandes illusions et magie comique. Rosita, en danseuse de charleston se fait découper en 4 mais ne sera pas reconstituée dans le bon ordre du premier coup ! Max et David voyagent dans la malle des Indes avant de transformer un lapin blanc en lapin noir en dévoilant un peu trop maladroitement le subterfuge. En plus de ce numéro, ils donnent la réplique à Petit Gougou pour les reprises.

Rebecca Siemoneit revient avec une amusante cavalerie de 6 poneys shetland dont l'un fera le tour du bord de piste en y posant, non pas les antérieurs mais les postérieurs ! Ses chiens écuyers interviennent pour quelques sauts, pyramides et cabrés.

Suspendue par les cheveux, Andrea Ayala (l'épouse de Daniel Raffo), est hissée à la coupole où elle y jonglera avec anneaux et torches enflammées.
Ignat Ignatov revient pour la présentation de l'imposant tableau d'animaux exotiques du cirque Barum. Impressionnant par le nombre d'animaux mais aussi par le travail qu'ils réalisent, les 4 zèbres tournent par 2 puis terminent par un toujours très beau "augen rechts" (1). Ignat présente huit chameaux qui réalisent avec facilité les exercices classiques d'une cavalerie. De longues secondes d'attente, soulignées par une musique intrigante, précèdent l'arrivée de Tsavo, le rhinocéros qui pointe sa corne à travers les rideaux de piste. Accompagné de son dresseur il vient saluer de très près les spectateurs des premiers rangs, va chercher sa récompense sur son tabouret au centre de la piste avant de prendre le pas de course pour permettre à son dresseur de retrouver ses sensations de jockey en lui sautant sur le dos.

La première partie aurait peut-être pu se terminer sur cette belle image de cirque mais c'est sans compter sur la roue de la mort de Mirko et Krzysztof. Toujours présentée comme une attraction à sensation, celle ci n'apporte malheureusement pas grand chose au spectacle.
Cirque de tradition, Barum-Siemoneit nous offre la bonne surprise de remettre au goût du jour la pantomime en présentant en seconde partie une succession de tableaux dans lesquels sont inclus les numéros.

C'est l'argentin Daniel Raffo qui signe cette année sa dernière saison en Europe avant de retraverser l'Atlantique et rejoindre le géant Ringling. Il reste une référence et ses tigres évoluent avec fluidité de pyramides en tapis. Les "leap-frog" (2) et les "rappels" de 3 cabreurs ravissent toujours les amateurs des belles entrées de cage.

Les hommes de pistes, tous vêtu de djellabas s'attellent au démontage de la cage pendant que Petit-Gougou, accompagné des Saits anime les gradins dans un duel à l'épée et au pistolet.

La fin du programme sera un voyage au pays des 1001 nuits dans lequel Petit Gougou s'exprime pleinement en tenant sa place avec le geste juste, la mimique discrète mais efficace. Charmeur de serpent puis marchand d'esclave, il se fera subtiliser un diamant par le bel Ignat Ignatov. Le bel écuyer dirige les 5 dromadaires que Sandro Montes présentait associés aux chameaux. Une caravane tout droit sortie du désert parcourt la piste avec Rosita Berosini debout sur chameau sellé d'un plateau de parade et, sur un char tiré par un esclave, Sandra Ignatov exécute les figures classiques du trapèze, sa première spécialité.
Le russe Anatoli Zhukov clôture le spectacle avec une étonnante prestation. Il débute en crachant de grandes gerbes d'eau sans jamais boire (en piste!). Quelques couteaux lâchés sur le ventre suivi d'une évasion de chaînes et le voilà en train d'ingurgiter plus de trois litres de liquide inflammable qui lui permettront de cracher de grandes flammes durant de longues minutes. Numéro d'un autre temps que l'on ne voit plus souvent dans les programmes mais qui suscite un intérêt visuel et émotionnel évident.

Les artistes qui nous ont ravis, deux heures durant, reviennent pour une dernière danse avec Petit Gougou en meneur de revue tandis que la grande entrée des artistes s'illumine. Un dernier salut et notre clown parisien reprendront sa valise et son parapluie pour continuer sa route et divertir d'autres publics.


Le cirque Barum-Simoneit reste fidèle à ses principes avec un solide plateau, riche en animaux, une belle entrée de cage et l'originalité du pantomime en seconde partie dans lequel s'illustre très bien petit Gougou. C'est au final une soirée de grand et beau cirque traditionnel nous laissant un sentiment nostalgique que nous espérons pouvoir nourrir encore de longues années.




(1) Les dresseurs appellent ainsi cette figure où les animaux sont alignés la tête tournée vers la droite, appuyée sur l'encolure de leur voisin.
(2) Sorte de saute mouton soit immobiles soit en marchant autour de la cage.




Source : François Dehurtevent




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