Le triomphe du Roi Singe
Le spectacle d'ouverture de la saison 2007-2008 du Théâtre du Châtelet pourrait se décrire en deux mots : perfection et féerie.

La perfection dans ce spectacle est partout. Toute la machinerie du Châtelet est utilisée et s'agissant de l'un des deux plus grands théâtres de Paris c'est peu dire. Des dizaines d'acrobates suspendus traversent la scène ou bien la salle, des décors plusieurs dizaines de mètres apparaissent et disparaissent et les éclairages sont particulièrement soignés. Perfection, gout et esthétisme aussi dans les costumes et les masques réalisés par Jamie Hewlett.

Les animations vidéos servant d'intermèdes entre les tableaux sont très drôles et appréciés et nous ramènent directement à l'univers graphique des concepteurs du spectacle.




La musique de Damon Albarn mélange allégrement les sonorités traditionnelles et modernes sans jamais tomber dans des effets faciles (même si on ressent dans le dernier quart d'heure du show une baisse générale d'inspiration tant visuelle que musicale), et quel bonheur que d'entendre un spectacle accompagné entièrement en direct par un orchestre de 24 musiciens et 10 choristes en fosse dirigés par André de Ridder plus sur scène les solistes et les acrobates (chanter en faisant du perchoir n'est pas facile. Chen Shi-Zheng signe une mise en scène parfaite, imaginative, moderne et jamais vulgaire, à l'image de ses précédentes réalisations il sait allier les traditions ancestrales du théâtre asiatique et du cirque avec une musique et un concept visuel qui eux sont bien de notre époque.

Tous les interprètes de Tripitaka le moine à Porcet le cochon en passant par Sablet sont d'excellents chanteurs, comédiens et acrobates mais la palme revient à Fei Yang dans le rôle du Roi Singe. Cet artiste mérite des éloges, il sait tout faire, chanter, jouer la comédie, se battre au bâton et bien d'autres choses encore. Présent sur scène du début à la fin, sa gestuelle du singe est irréprochable et jamais caricaturale, tantôt arrogant, drôle, insolent il sait mettre les spectateurs au bord des larmes lorsque Tripitaka le chassera pour avoir été violent envers son prochain.




C'est un spectacle féerique pour les petits et les grands, ou les tableaux se succèdent avec à chaque fois autant de surprises visuelles que sonores. Dans le tableau de "La ville du volcan rouge" ou le Roi singe doit éteindre les flammes pour laisser traverser son maître, quelle ingénieuse idée que d'utiliser des acrobates avec leurs "étoiles filantes" lumineuses pour les étincelles du Volcan, l'effet est des plus réussit. Le tableau du "Banquet des pêches célestes" est l'occasion de voir évoluer huit acrobates aériennes qui en plus chantent … enfin on trouvera un clin d'œil à "King Kong" lorsque le Roi Singe trop orgueilleux se trouvera prisonnier de "La grande paume de Bouddha".



Coté cirque la Troupe de Dalian est à la hauteur de sa réputation. Les artistes sont omniprésents et polyvalents quelle leçon ! On pourrait regretter que les prestations de cirque ne soient pas plus longues (notamment les antipodistes, les mats chinois avec les singes ou les roues allemandes) mais la prouesse vient de réaliser tous les exercices dans des temps très court en direct sur du chant ou de la musique (n'oublions pas que nous sommes quand même dans un opéra), donc pas le temps de faire du bluff, de s'installer, la prestation doit être immédiatement parfaite. Nombreux sont les combats y compris à patin à roulettes, et le rythme pour la troupe est soutenu.

On ne peut pas tromper le public et la salle entière debout au final prouve qu'il s'agit de l'un des évènements culturels de la saison.



On peut remercier le directeur du Châtelet d'offrir un vrai spectacle familial de qualité loin des productions commerciales et nauséabondes dont Paris est prisonnier chaque fin d'année.
Ne vous fiez pas à l'affiche peu engageante, petits et grands courrez voir ce spectacle remarquable, ou le chant, la danse et le cirque sont réunis, vous vous en souviendrez longtemps !

NB : Vu le succès deux séances ont été rajoutées, les 6 et 13 octobre à 15 heures, dans le monde du théâtre c'est très rare.
Photos : Marie Noelle Robert


Source : Frédéric Taillandier




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