Miss Evi's Company - Friedrischbau
Pour son dernier spectacle de l’année 2008, le célèbre Variété Allemand mettait à l’affiche la compagnie de Miss Evi. Qui est Miss Evi me direz vous ? La tenancière d’une maison close des années 50. Nous faisons ainsi la connaissance des «pensionnaires» de la maison qui semblent bien souvent sortis de «la famille Adams» mais qui ont chacun une particularité qui se révélera au cours de la soirée.

Comment avec un tel sujet faire un spectacle qui plaise au plus grand nombre et qui ne sombre pas rapidement dans la vulgarité ? C’est le pari réussi du Friedrischbau grâce à la formidable mise en scène de Ralph Sun. Il faut en effet beaucoup de talent pour assembler des artistes qui individuellement ont leurs propres univers, leurs propres contraintes et faire prendre vie à un argument le temps des trois mois que durent le show.

Ce spectacle se veut un hommage à Lydia Thompson* et ses «British Blonde Troup» qui ont défrayés la chronique au début du siècle dernier aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis. Elle est la créatrice de ce que l’on nomme le «burlesque» qui contrairement à aujourd’hui ne désigne pas un comique solitaire mais un style de spectacle alliant le comique, le chant, la danse et le strip-tease. On imagine facilement le scandale provoqué dans les théâtres auprès du public féminin alors que les messieurs en redemandaient et contribuèrent à la notoriété du style.
Pour revenir en 2008 et maison «presque» close oblige, la représentation permet plusieurs strip-tease qui il faut bien l’avouer sont des leçons de bon goût et d’inventivité grâce aux éclairages et à certains accessoires (la tasse géante notamment). Beatrix Von Bourbon, Trixie Sparkle et Honeylulu savent charmer les messieurs et les dames ne sont pas en reste avec les prestations de Tigris au hula-houp ou de Mikhail Stepanov aux sangles.

La talentueuse jeune artiste française Margot aux équilibres et le nain Oleg Dijachik apportent tour à tour leur moment de poésie à l’ensemble.
L’ossature du spectacle est un duo détonnant antre Miss Evi et son pianiste surnommé «l’animal». Avec des physiques incroyables ce sont des musiciens accomplis qui savent mettre l’ambiance comme personne. C’est en 1992 que Evi Niessner (notre Miss Evi) sort avec son prix d’art lyrique du conservatoire de Francfort, mais très vite elle souhaite allier le chant et le texte à l’image de la grande Lotte Lenya. Elle fonde son premier trio consacré au répertoire populaire allemand des années 30 et voyage de places de village en festivals ou cabarets. En 1993 elle obtient un grand succès avec son premier récital consacré à Edith Piaf au Scala Théâtre de Bâle en Suisse mais à chaque fois c’est le «grand-écart» artistique qui l’intéresse puisque aussitôt après elle enchaîne une série de représentations de l’ «Auberge du Cheval blanc» et une revue en français «Voila Paris».
C’est en 1997 que Evi Niessner rencontre celui qui deviendra son partenaire à la scène comme à la ville, et depuis 2003 ils se consacrent uniquement à leurs spectacles en duo. En 2007 c’est la sortie de leur premier Cd et l’arrivée d’un petit Benjamin, ce qui ne les empêche pas de sillonner les principaux Variétés Allemands et d’être pour la première fois en tête d’affiche à Stuttgart.

Dans ce spectacle, chacune de leurs interventions est savamment dosée pour faire mouche à coup de jeux de mots et le public ne peut qu’adhérer et se laisser porter par le délire ambiant qui s’installe.

Enfin on ne saurait être complet sans évoquer la partie comique du spectacle et là aussi, le Friedrischbau à bien fait les choses en engageant Max Nix et Willi Widder Nix (rebaptisés ici Sir Nickel et William Rattle). Ces deux compères surnommés à juste titre «The Lords of Comedy» sont de grands clowns au sens nobles du terme. Musiciens, magiciens, acrobates, ils savent tout faire avec cette classe qui n’appartient qu’aux grands. Dans le scénario ils sont clients de la maison close et s’en donne à cœur joie, les spectateurs sont pris à parti toujours gentiment et avec une efficacité redoutable. Leur entrée du Tuba est un grand moment.

On se réjouit à l’avance que le Friedrishbau ait déjà décidé de leur confier la tête d’affiche pour Noël 2009.


Le spectacle, intégralement accompagné par quatre musiciens dirigés par Rainert Kunert, est un grand moment de divertissement et le mot "Variété" n'est pas usurpé, tant le cocktail "musique-visuel-comédie" est particulièrement réussit.

Je ne saurais que trop encourager les spectateurs français à découvrir les Variétés à l'occasion d'un séjour outre Rhin, et constater ainsi que le spectacle vivant de qualité n'a pas de frontières et surtout pas de cloisons entre les disciplines pourvu que la satisfaction du public en soit le seul objectif.







*Lydia Thompson (19 février 1838-17 novembre 1908)

Si elle à débuté comme cantatrice en Europe (créatrice en Angleterre et aux Etats-Unis de plusieurs œuvres d’Offenbach dont «Barbe-Bleue» et même de la version anglaise du «Freischutz» de Weber), Lydia Thompson se distingue par sa prédilection dans les rôles de travestis, faisant du trapèze, jouant de la cornemuse, se battant à l’épée et lui attirant d’emblée de nombreux admirateurs y compris parmi les grands monarques.

En 1897, elle achète un théâtre dans le centre de Londres et débute sa folle ascension, toute l’Europe va s’y précipiter. Les programmes sont de véritables revues dans le sens ou l’on y trouve de tout : des chanteuses, des femmes nues mais aussi des numéros de cirque, des phénomènes de foire mais avec à chaque fois un fil conducteur comique dévolu à un travesti.

Dans la langue anglo-saxonne le vocable revêt alors un sens tout à fait spécifique : on entend par burlesque tout spectacle de variété allant de la comédie légère à la danse et incluant le strip-tease. Petit à petit, c’est le strip-tease qui prendra le devant de l’affiche. En 1893, la danseuse du ventre Little Egypt inaugure le Burlesque orientalisant. Entre 1900 et 1930, c’est l’âge d’or du burlesque, avec des grandes stars : Lily St Cyr, Rose la Rose, Gypsy Rose Lee.

La grande dépression freine à peine cette débauche de nombrils ondulants. Le Burlesque, c’est le triomphe de la bonne humeur. Entre les années 1930 et 1950, il devient la forme la plus populaire du théâtre anglo-saxon, un divertissement bon marché caractérisé par des vedettes aux costumes inouïs et à l’humour imparable. Viennent les années 70 et la pornographie, c’est le coup d’arrêt !

Face à la concurrence déloyale des porn-stars et de go-go dancers, le Burlesque disparaît. Il ne fait son retour que 40 ans plus tard, sous l’impulsion de quelques nostalgiques de l’élégance rétro.

Bien sûr l’histoire n’a retenu de Lydia Thompson que ce qui se passait dans les coulisses ou les sous-sols de son théâtre et laissera de coté l’apport novateur de cette femme dans le monde théâtrale.


Spectacle vu le 28 decembre 2008 à Stuttgart

Source : Luc Barat




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