Les 25 ans du cirque Monti
Depuis quelques années on nous parle beaucoup de «mise en scène» au cirque, c’est un exercice bien plus difficile qu’il n’y parait, beaucoup essaient peu réussissent réellement, et que dire avec le comique ou le rire bien plus périlleux scéniquement que la tragédie et dont tous, (cinéastes, dramaturges, comédiens) s’accordent à dire qu’il est une grande école de la scène.

Fidèle à sa politique artistique, le Cirque Monti propose pour fêter ses 25 ans "Grand Hôtel Monti" et il faut vous avouer que c’est une petite merveille artistique.

Dès l’ouverture le décor est planté : Avec son grand escalier, sa réception et ses dorures nous sommes dans un Feydeau (La dame de chez Maxim’s) ou mieux encore dans "La Vie parisienne" d’Offenbach. Et la référence avec ces deux maitres ne s’arrêtent pas la puisque le spectacle aura bien les portes qui claquent et les scènes de ménage à la Feydeau d’un coté et la musique espiègle et les personnages déjantés d’Offenbach de l’autre.


C’est un spectacle entièrement écrit et pensé, cela est perceptible dans la caractérisation des personnages qui est très aboutie ; nous trouverons dans cet hôtel : Alfred le maitre d’hôtel farfelu, l’intendante vieille fille (et secrètement amoureuse d’Alfred), un chef cuisinier aux allures de Droopy, un couple de jeunes mariés au bord de la cirse de nerf, deux femmes de ménages espiègles, Isabella Bella une star du cinéma accompagnée de son garde du corps, un peintre poète ayant un poisson rouge pour compagnon, un duo de marmitons casses-coups, un malicieux groom et une inspectrice des services d’hygiène qui fait penser à Peter Sellars dans "la panthère rose".
L’histoire ? Un hôtel cinq étoiles avec un personnel sympathique reçoit la visite d’une inspectrice de l’hygiène qui malheureusement se trouvera nez à nez avec un rat ! L’hôtel sera immédiatement rétrogradé à une étoile et vous l’aurez compris nous suivrons tous ces personnages dans la reconquête des étoiles perdues. Ne perdons plus une minute dans cette course folle et comme nous sommes au cirque je vous propose de découvrir les numéros du spectacle.

Laura Tikka est une femme de chambre espiègle. Venue de Finlande elle propose un numéro d’équilibres sur cannes. Joli travail classique l’instrument en bougeoir géant est du plus bel effet.

Le tandem de marmitons est constitué de Jonas Egli et Tobias Mutwyler dans une impressionnante démonstration de diabolos. L’exécution est parfaite techniquement et scéniquement les deux compères s’en donnent à cœur joie, beaucoup de figures originales et un final à quatre diabolos.

Après plusieurs péripéties le garde du corps de la vedette est provoqué en duel par... Le groom de l’Hôtel, ce qui permet au jeune Mario Mutwyler d’affronter Martin laliberté dans un exercice de passing. Evidement sur ce ring de boxe, les employés ont leur favori ce qui donne lieu à une mise en scène enchainant les effets sans jamais gommer le travail de jonglerie des deux artistes.
A la corde lisse nous rencontrons Saforine Petermann la fiancée nerveuse. Elle propose un numéro de corde lisse ou pas mal de prises sont nouvelles avec beaucoup d'impact sur le public notamment deux renversement et une cléf de ventre, le succès garanti.

Le chef des cuisines est aussi le chef du Cirque Monti à savoir Johann Muntwyler et ses assiettes en folie ; la prestation est délirante et la vaisselle réellement cassée est la bienvenue pour rendre l’action vivante, le gag du four qui explose laissant échapper un pain brûlant que les personnages se passent à la manière d’un ballon de rugby est du meilleur effet.

Le personnage le plus poétique du spectacle est sans aucun doute le peintre au poisson rouge. Comme dans une bulle à part le Norvégien Christer Pettersen campe à la perfection ce rôle tendre et attachant, sa prestation au fil souple est à la hauteur de sa prestation théâtrale et ce grand escogriffe se joue de nombreuses figures avec son bocal en équilibre ce qui ajoute à la difficulté.

Pas de spectacle de cirque sans la discipline du mains à mains et c’est la rencontre entre le garde du corps et la bonne qui est le prétexte (peut-être d’ailleurs se sont-ils déjà rencontrés quelques années auparavent ?). Les canadiens Céline Jean et Martin Laliberté font une très belle prestation donnant par la qualité de leur numéro une élégance à leurs personnages.
L’une des prestations les plus abouties théâtralement et artistiquement est sans doute la contorsion en duo des sœurs Haglund . Dans une mise en scène qui démarre comme l’entrée clownesque du miroir, la grande star Isabella Bella trouve son double dans l’image d’une servante. Mime et contorsion s’enchainent alors parfaitement avec certaines figures originales et en tous cas un sens esthétique poussé.

C’est Laura Tikka qui réalise la dernière performance de la soirée à la corde volante, l’exubérance de son personnage de domestique est un bon prétexte pour des lâchers impressionnants.

L’ossature de "Grand Hôtel Monti" repose sur un trio de comédiens : Le Maitre d’hôtel, la gouvernante et l’inspectrice alias Didi Sommer, Céline Steck et Armelle Fouqueray.
C’est en parfait homme de théâtre que Didi Sommer a réglé la mise en scène et sait faire de son rôle un véritable plaque tournante donnant à chacun de ses partenaires la possibilité de briller sans jamais tirer la couverture à lui, chapeau ! Céline Steck et Armelle Fouqueray ne sont pas en reste en offrant des prestations qui font mouche sur le public, sur les petits comme sur les grands.


La musique du spectacle est signée Calogero Condero , de belle facture elle est parfaitement interprétée par l’orchestre du cirque, tout juste aurait-on aimé sur certaines attractions des rythmes plus variés et des orchestrations plus pêchues.


Je ne saurais trop vous recommander ce spectacle si vous passez par la Suisse. Certains esprits chagrins vous diront que c’est "Kitch" je leur répondrais avant tout que c’est une grande démonstration de travail de troupe, la présentation d’un travail pensé et abouti et surtout l’envie folle de faire du cirque et de faire plaisir aux spectateurs, et après tout c’est l’essence même d’un spectacle.

Source : Frédéric Taillandier




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