Festif : le Cirque en gloire
De nombreux numéros cultes, des lumières splendides, un orchestre au top...Le Cirque d'Hiver Bouglione redouble de séduction avec son nouveau spectacle, Festif.

Il y a trente ans qu'on n'avait plus vu de crinières rue Amelot. Et on rugit de plaisir avec Tommy Dieck et ses cinq lions dans un numéro en deux temps. D'abord les deux femelles multiplient les sauts. Ensuite les trois mâles exécutent des tours de réquisits simultanés. La simulation de combat final, succession ultra rapide d'arrêts et d'appels, est un régal de précision.

Pendant le démontage de la cage, David Massot divertit le public au saxophone soprano.

Aux rubans, Elena et Elena ont adapté des figures du trapèze fixe et du cadre aérien. Elles exploitent parfaitement les nombreuses ressources de leur agrès. Originale, la descente où elles se repoussent l'une l'autre.

C'est le corps de ballet qui s'empare de la piste, sur une composition du guitariste Jean-Marc Debat qui pourrait rivaliser avec Lalo Schifrin ! Splendides, les six danseuses évoluent autour de leur chorégraphe et capitaine, Thierry Mercier. Thierry Mercier danse ici pour la première fois. Il signe un travail très original, souvent poétique, toujours rigoureux.
Il fallait bien cela pour introduire Tony Frebourg. Ce diaboliste français étonne par son travail à bâton lâché, ou tenus d'une seule main. le temps que trois diabolos retombent de la coupole, il aura tourné une pirouette et pris le grand écart. De la technique, oui mais surtout beaucoup de style !

Révélées au cirque Roncalli, les Azzario sisters sont les filles de l'auguste Jose Michels. Les couples d'équilibristes sont rarement féminins. Ici, KATIE & QUINZI déploient une force prodigieuse, mais en toute féminité. Comme lorsque la porteuse, tenant sur sa tête sa soeur en équilibre d'une seule main, vient prendre un grand écart latéral puis facial ou enchaîne la montée et la descente d'une échelle. Un grand moment de cirque qui indique une transmission attentive du savoir-faire.
Un ballet humoristique pour se remettre de ses émotions...et entre en piste Regina Bouglione avec quatre lamas, évidemment indisciplinés. Numéro complice, bon enfant et sans prétention. Il précède l'arrivée d'un chien écuyer à dos de poney. Impact sur le public garanti !

Les Martinis méritaient bien le Cirque d'Hiver. Serge est un clown très classe. Son frère David a hérité de leur père Llorenç le génie des mimiques. Llorenç, justement, est un auguste délicat, tout en mesure. Leur entrée de la musique est un classique revisité avec intelligence, finesse et conviction : un modèle ! et leur samba finale - David au sax baryton, Serge à la trompette, Llorenç au sax ténor- un véritable appel au swing. Leur travail est une pépite de la tradition vivante et ne laisse personne indifférent.
Une phrase au piano...on devine un air célèbre. Ce sera le "Could it be magic" de Donna Summer. Quatre lusitaniens entiers - de Flavio Togni- apparaissent dans un halo bleu. Aux ordres de Joseph Bouglione Jr, ils déroulent le répertoire de la liberté. De belles séquences, qui gagnent en précision de jour en jour.

Changement de registre avec la folle arrivée de bulles de plastique géantes renfermant le corps de ballet. Sergio attaque un pastiche du "C'est vrai" de Dalida à la gloire du Cirque d'Hiver. C'est l'entracte.

Vous êtes rafraîchi ? Tant mieux, il va faire chaud : Joseph Bouglione s'est invité parmi les trompettistes pour un pot pourri décoiffant, où les danseuses se déhanchent sur les tubes d'Earth Wind & Fire. A l'orchestre d'ailleurs, le recrutement d'un saxophoniste supplémentaire permet des harmonisations plus nettes. L'ensemble,toujours dirigé par Pierre Nouveau, a gagné en ampleur. C'est un plaisir d'y retrouver Fabrice Adam (kassav, NPA Canal+...), également doué à la trompette et au bugle, spécialité rare qu'il partage avec Stéphane Gruss.
Le numéro qui ouvre la deuxième partie du spectacle concentre toute l'attention du circophile : il s'agit bien entendu d'un hommage à Jules Léotard, qui inventa le trapèze volant en ces mêmes murs le 12 novembre 1859. A défaut de reconstituer les performances de ce grand artiste (voltige de bâton à bâton, sans porteur, avec un saut périlleux), la troupe d'Anton Von Ostendorf - moustaches et habit d'époque- assure un grand spectacle à chaque séance. Anton, le voltigeur vedette, Brett, le porteur sud-africain, et la jolie Kristin Finley étaient déjà là l'an passé, sous le nom des Bull Dancers. La troupe, rebaptisée Flying Stars a intégré une nouvelle voltigeuse. Le résultat est brillant : le numéro fourmille de passes rares, en planche, en sursaut, enchaînées de manière inédite avec beaucoup d'élégance. Anton -38 ans- coule ses mouvements exactement comme un nageur. Il réussit le triple avec une facilité si évidente qu'on l'imaginerait bien tenter plus...

Pour suivre, un tableau tzigane amusant : la plus jeune génération Bouglione, emmenée par Victoria tout sourire, s'essaie à la présentation de chèvres. Ses cousins Dimitri, Valentino et Alessandro se montrent désopilants…jusque dans leurs échecs !
Personne n'a oublié le talent de Marina Bouglione-Golovinskaia : il y a vingt ans, elle a révolutionné le travail de la corde lisse. Jeune encore, elle figure déjà dans les annales du Cirque. Son actuelle présentation, dans le style du Cabaret de Kurt Weill, voit son corps d'artiste passer par toutes les positions : on en oublie totalement qu'elle retient la corde...et qu'elle y accroche sa vie.

En piste les augustes ! Jose Michel et Quique vont à leur tour illustrer le répertoire classique. Alberto Caroli est leur blanc. Leur entrée de "l'arroseur arrosé" repose sur le comique de répétition... utilisé d'ailleurs jusqu'à "trop soif". C'est finalement Sergio qui maintient l'édifice comique par sa présence et son jeu. Les enfants se tordent de rire, ce qui convaincrait presque leurs parents de s'y mettre aussi...

Jongleuse au twirling, ce bâton de majorette, Nathalie Enterline danse parfaitement et déploie des trouvailles scéniques nombreuses. Une séquence -mais une seule- fait la valeur technique du numéro : la rotation du bâton sur la bouche de l'artiste qui pirouette en sens contraire.
Le trio russe Aphelion est sans conteste l'un des grands moments du spectacle : on devine la patte d'Alexandre Grimailo dans ce numéro qui mêle poses plastiques, équilibres, main à main et banquine. Croyez-le ou non, les très étonnants Golden Powers -actuellement au Lido- sont dépassés. Le porteur des Aphelion peut en effet assurer la prise d'un voltigeur développé au bras et simultanément tenir le cascadeur en équilibre sur sa tête. Respect, messieurs !

Comment programmer encore un numéro de transformistes après les Sudarchikhovi et les Monastirsky ? C'est simple : en changeant de ton ! Justement les Matadors, venus d'Israël, travaillent dans une veine comique pétillante et inattendue. Sur un tube des Animals, le grand torero tente tout pour séduire sa Sévillane, mais finit en slip.
Même si l'ordre de passage de Festif peut dérouter, ce spectacle est très complet et son programme plutôt fort. Et puis nul ne résiste au charme du lieu, que sait si bien souligner Eric Ravel : concepteur des lumière, il traite ses projecteurs comme un peintre ses couleurs. Ses tableaux sont somptueux. Au final, Les interminables rasades d'applaudissement du public témoignent d'une vraie gratitude : ici, on reçoit tant !



Spectacle vu à Paris en Octobre 2009


Source : Julien Motte




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