Magie du cirque
Lorsque j'étais enfant, nous habitions rue Victor-Hugo à Tours, avec mes parents, mes frères et ma soeur. J'étais le dernier de la famille, "gâté, pourri", disait mon frère aîné un peu jaloux, lui qui avait eu une éducation "à la dure". Mais c'est sans doute vrai que j'avais droit à des sorties auxquelles les autres n'avaient pas forcément eu accès.
On avait ce qu'il faut pour vivre, et, comme j'entendais une voisine un jour le dire à une de ses amies, nous étions considérés comme des "nantis". J'avais cru, moi, dans ma candeur de gosse, que ce mot désignait les habitants de Nantes. Et je m'immisçais dans la conversation des deux dames pour un rectificatif de bon aloi : "Non, non, mesdames, nous ne sommes pas Nantis mais tourangeaux", ce qui fit éclater de rire les deux pipelettes.
Tourangeaux, nous l'étions en effet, et j'avais, pour ma part une grande passion pour tout ce qui était estampillé " de Touraine". Le cirque Pinder, qui avait ses quartiers d'hiver à Chanceaux sur Choisille et à Monnaie, commença donc par me plaire parce que je me disais qu'en tournée, tous les spectateurs devaient se réjouir en songeant à son origine : "Ils en ont de la chance d'avoir le plus grand cirque de France en Touraine…" En réalité, tout le monde, à part les tourangeaux, se fichait bien de savoir d'où venait Pinder, pourvu qu'il ait un bon spectacle.
Mon père, chaque année, nous offrait des places de première au cirque Pinder. C'était un beau cadeau, car les tarifs étaient salés. 700 francs d'alors pour une place dans cette catégorie. Cela correspondrait aujourd'hui à 15 € environ.
C'était, à chaque fois, pour moi, une vraie fête avant, pendant et après.
Avant, parce que je me délectais de ce que je verrais bientôt, en imaginant ce qu'allaient être les numéros de rêve dont les affiches me donnaient un avant goût mirifique qui me mettait l'eau à la bouche.
Pendant, car, une fois installé sous le chapiteau, je nageais en plein bonheur, allant jusqu'à croire, dans ma petite tête de gamin de sept ans, que le paradis, décrit par le curé de ma paroisse, ressemblait forcément à une piste magique de cirque. Dieu y trônait au milieu, toge, barbe et cheveux blancs, jouant les Monsieur Loyal d'une voix de stentor pour annoncer les différents numéros du spectacle composés par les saints martyrs. Je ne sais plus exactement quelle sainte se battait avec les lions, Blandine je crois, tandis que Saint Sébastien, au centre d'une cible, voyait les flèches se planter magiquement tour autour de lui sans jamais le toucher.
Après, quand le cirque était parti, je me refaisais trente fois, cent fois, mille fois, le spectacle dans ma tête… Le cirque était, dès mon plus jeune âge, une passion si entière que rien, ni personne ne devait me priver de ce fantastique cadeau. Je me souviens qu'une année, ma mère m'avait emmené au cirque, sans mon père, retenu à Paris pour ses affaires, et, en fin de première partie, j'étais tombé malade, avec une fièvre de cheval, le front brûlant et les yeux douloureux. Bien sûr, pas question de rester à la représentation, avec une température qui devait avoisiner les quarante degrés.
Ma mère, raisonnablement, me prit dans les bras pour me ramener à la maison. Mais je ne voulais pas partir. Je me mis à pleurer à chaudes larmes, et je criais "Non, je ne veux pas décoller d'ici, avant d'avoir vu les clowns et les éléphants. J't'assure, Maman, j' vais bien. J'ai seulement un peu chaud". Un argument me fit pourtant céder : "Promis : on reviendra à une autre séance, quand tu iras mieux…"
Une autre fois, alors que j'étais un peu plus âgé, ayant intégré en octobre la classe de sixième au Lycée Descartes, j'avais fait le clown pour faire rire mes copains et le prof de français m'avait flanqué deux heures de colle. Je n'avais pas voulu prévenir mes parents que j'avais été puni. Si je me gardais bien de leur dire quoi que ce soit, c'est parce qu'Amar était à Tours, et je pensais bien qu'en avouant ma punition, j'aurais été privé de cirque…

Le cirque occupait ma pensée sans cesse. Les meilleurs moments vécus sous le chapiteau n'arrivaient pas à quitter la place énorme qu'ils occupaient dans mon cerveau. Et mes rêves les plus fous m'entraînaient dans la cage centrale où j'étais le célèbre dompteur Philip Douglas ( je trouvais qu'un nom anglais sonnait bien…), calmant les fauves excités d'un seul regard de braise, sans me servir de mon fouet. Je m'exposais courageusement au danger, terminant mon numéro "unique au monde" en mettant ma tête dans la gueule du lion Brutus, n'éprouvant aucune émotion particulière et trouvant seulement que l'animal avait mauvaise haleine.
Mon rêve se terminait de manière abracadabrante par une séquence carrément surréaliste. Je m'emparais d'une brosse à dents démesurée, et me servant d'un tube de dentifrice géant que m'amenait un garçon de piste, je frottais les dents du fauve en reprenant une réclame que j'entendais sur Radio Luxembourg : "Dents blanches, haleine fraîche, pâte dentifrice Colgate".
Je me réveillais alors en sursaut, car le Brutus en question, agacé par ce soin très particulier, venait de rugir d'une manière tellement effrayante que même moi, le courageux Philip Douglas, j'en étais tout chamboulé.
Un peu d'émotion aujourd'hui quand je retrouve les programmes des années cinquante, où mon père ajoutait de sa main, un petit commentaire bien personnel. "Chapiteau très bien chauffé, bon spectacle" ou bien "Pinder, c'est l'arrivée des premières hirondelles du printemps", car le chapiteau s'installait à Tours début mars. Quelle atmosphère de fête pendant tout le temps où le cirque Pinder était installé dans la ville. Tout me ravissait, et je parcourais les rues de Tours en levant sans cesse le nez sur des affiches gigantesques et grandiloquentes. Un affichage important s'étalait sur tous les murs. La cité connaissait encore d'énormes travaux de reconstruction après la guerre, et il ne manquait pas de palissades pour que Pinder puisse y coller sa "réclame", comme on disait à l'époque pour désigner la pub…
La réalité était évidemment amplifiée par la publicité… Sur ces affiches, je voyais avec émerveillement des tigres, des lions et des panthères jaillir d'un chapiteau géant ou chevaucher un surprenant globe terrestre. Les clowns, eux, semblaient ne me faire de l'oeil qu'à moi, pour mieux m'inciter à les rejoindre au cirque. Et les éléphants, assis sur des tabourets, participaient, entre eux, à une séance de rasage qui m'apparaissait comme un numéro véritablement fabuleux. Dans la Nouvelle République, le quotidien local, des pages entières de publicité annonçaient un spectacle mirobolant. Bref, de quoi me rendre impatient d'aller me plonger dans un univers fantastique et mystérieux, bien loin d'un quotidien beaucoup plus banal dont la famille et l'école constituaient les principaux pôles d'intérêt.




Eléphants farceurs


Avant la première séance, il y avait la très fameuse cavalcade Pinder avec des chars que je trouvais de toute beauté. Ils étaient précédés par une voiture sur le toit de laquelle était assis un gigantesque clown ( pas un vrai , non…) qui avait entre les mains un haut parleur diffusant musique martiale et annonces alléchantes "Mesdames et messieurs, le Cirque Pinder, le plus grand chapiteau itinérant d'Europe, se produit actuellement dans votre ville. Allez voir ce merveilleux spectacle qui vous enchantera…"
Derrière ce clown blanc magique, toute la troupe du cirque Pinder composait une cavalcade qui traversait la ville, à une époque où l'automobile n'avait pas encore envahi toutes les rues. Cette cavalcade très attendue partait de la place de la Gare, où était alors installé le chapiteau, passait sur les boulevards Heurteloup et Béranger et revenait à son point de départ par la rue de Bordeaux.
Faisaient entre autres partie du défilé, le char de la sirène, le char du dragon, celui des musiciens et celui de la Reine. Devant, se tenaient des cavaliers chevauchant fièrement les destriers de la superbe et célèbre cavalerie de Pinder. Charles Spiessert, directeur du cirque, eut même la jolie idée de reproduire le carrosse de la Reine d'Angleterre, tiré par huit chevaux. Les éléphants étaient eux aussi de la fête (une dizaine à cette époque-là), tout joyeux de pouvoir se dégourdir un peu les pattes… et la trompe, puisqu'il y avait toujours un pachyderme un peu plus malin (ou gourmand…) que les autres pour piquer des bananes à la devanture d'un épicier qui avait son commerce rue de Bordeaux. Comme ces pachydermes ont une excellente mémoire, d'année en année, l'épisode du vol de bananes (remboursées par la direction de Pinder qui savait que cet épisode amusant figurerait le lendemain en photo dans la NR), se renouvelait, permettant à quelque éléphant sans moralité de céder à la tentation d'un régime, non amaigrissant celui-là, qui lui permettait d'attendre patiemment son déjeuner.

Pendant tout le temps où Pinder était installé à Tours, j'étais toujours fourré place de la gare et sur le boulevard Heurteloup où le cirque tourangeau s'étalait tout à son aise, se sentant chez lui dans ce centre ville où il apportait magiquement une ambiance merveilleuse de fête.
Bien sûr que nous allions aussi visiter le zoo, dont j'étais fier de payer moi même de ma poche l'entrée grâce à mon argent de poche… Bien sûr, je trouvais toujours le spectacle extraordinaire, Et j'avais acheté un petit carnet où je notais les numéros qui m'avaient le plus enthousiasmé.
En grosses lettres, j'y faisais aussi figurer l'annonce d'un spectacle du cirque Pinder dont j'étais - beau rêve d'enfant - l'un des principaux artistes. "Venez voir MARTY dans un numéro de clown époustouflant." Eh oui, j'avais déjà un vocabulaire étendu, raflant, dans le primaire, tous les prix d'Excellence. Je fis bien d'en profiter, car, une fois arrivé en secondaire, je me trouvais complètement paumé, avec un changement de classes et de profs qui me perturbait beaucoup.
Je regrettais alors mon unique et sympathique instituteur de 7ème. Il avait bien pourtant des petites manies bizarres qui m'étonnaient un peu. Quand nous bossions silencieusement sur des problèmes de trains, il occupait le temps d'une manière originale mais pas très ragoûtante. Il se curait le nez, abrité derrière une feuille de papier dont il croyait qu'elle constituait le meilleur des paravents. Il en extrayait avec délicatesse des "productions maison" qu'il tenait un moment au bout de son index, les regardait, avec l'air épaté de celui qui découvre soudain une merveille de la nature, et les essuyaient, sans respect excessif, sur les copies de nos dictées qu'il corrigeait tout en s'adonnant à cet exercice compliqué. Mais il se rattrapait en nous parlant, comme personne, des joies de la pêche au brochet dans la Loire qu'il pratiquait le dimanche en véritable expert.
Oui, quel homme charmant, ce monsieur Pensée qui, le dernier jour de l'année, avait demandé à toute sa classe de se déguiser pour faire la fête. Mais je ne sais trop pourquoi : nul n'avait répondu à son invitation, les parents ayant peut être trouvé que la location de déguisements coûterait trop cher.
J'étais donc le seul à être arrivé en gendarme, un habit que ma mère avait loué au "Carnaval de Venise", et j'avais chanté "La tactique du gendarme", une chanson de Bourvil, qui était, à l'époque, mon tube préféré.
Je me souviens que je passais sans cesse sur le tourne-disque familial, au grand dam de mes parents, ce soixante dix-huit tours usé tant il avait servi, qui craquait un peu plus copieusement à chaque nouvelle audition. Mais, malgré ses petits défauts, ce disque me plaisait toujours autant.
Un peu clown, le MARTY, pseudonyme qui me paraissait donc mieux sonner que mon nom de famille. Marty se produisit donc devant ses copains, un peu estomaqués, en imitant Bourvil et en accomplissant une série de grimaces épouvantables. Succès d'estime, dira-t-on…




Ah, le cirque Bilboquet


Comme le cirque était, on l'aura compris, mon univers de prédilection, j'avais, dans mes autres disques préférés, un soixante dix huit tours de trente centimètres où il y avait, sur les deux faces, le spectacle du Cirque Bilboquet, dont je n'ai jamais su s'il existait vraiment dans la réalité.
Il y avait un passage qui me faisait, à chaque fois, tordre de rire : c'était un numéro de clowns avec des duettistes qui avaient, entre eux, un dialogue proprement surréaliste…Le premier, arrivant sur la piste : "Qu'est ce que c'est que ça que c'est… Regardez- moi toutes ces fioles sur les étagères. Que faisons-nous dans une pharmacie ?" Le second, un peu ahuri : "Mais qu'est ce que vous me racontez là ? Nous sommes au cirque et ce que vous prenez pour des fioles, c'est, mon pauvre ami, notre cher et bien-aimé public". Le premier, alors, ne savait comment s'excuser : "Oh la la, la la, vous me la baillez belle, mais que je suis donc sot…"
Bon, aujourd'hui, ce n'est que le souvenir de l'enfant que j'étais, prêt à m'extasier de tout, qui me fait sourire à l'évocation de cette scène pas très finaude. Mémoire, comme tu nous restitues les événements marquants de notre vie dans leurs couleurs originales, pas délavées le moins du monde…Et comme l'enfance a la faculté de s'émerveiller de petits riens anodins.
J'avais aussi, parmi mes jouets préférés, un chapiteau que m'avait construit mon frère aîné, très habile de ses mains. J'y faisais se dérouler tout un spectacle avec des figurines en plomb qui constituaient la troupe de mon cirque. La musique, je la faisais avec la bouche, en m'accompagnant de cymbales sonores qui n'étaient autres que deux couvercles de casseroles de ma mère que je frottais avec énergie l'un contre l'autre. Parmi mes artistes, figuraient quelques vedettes. En effet, après le succès du film de Cecil B De Mille "Sous le plus grand chapiteau du monde" que j'avais tenu à voir quatre fois au cinéma, des marques de jouets avaient réalisé des petites figurines qui ressemblaient aux personnages du film. Le couple de trapézistes, les clowns et le dompteur sortis tout droits de ce qui m'apparaissait alors comme le plus grand chef d'oeuvre du 7ème Art. Plus tard, quand j'ai eu seize ans, j'ai éprouvé une certaine tristesse à voir toute la troupe de mon cirque me quitter. Non pas que j'aie été un mauvais patron pour eux, mais mes artistes furent kidnappés par mes neveux qui, lors de visites chez mes parents, emplissaient leurs poches de ces petits personnages qui ont dû ainsi se retrouver sous d'autres cieux pour jouer sous d'autres chapiteaux. Destin, après tout, des gens du voyage.




Music-Hall et Cirque


Revenons, si vous le voulez bien, à nos tigres et à nos éléphants… Au fur et à mesure que je grandissais en âge (et en sagesse ?), je continuais chaque année à aller voir Pinder. Il faut dire que le spectacle était prestigieux. Charles Spiessert, toujours à la recherche d'attractions sensationnelles, en donnait au public pour son argent, et il avait engagé pour la partie musicale, un authentique jazzman, Fred Adison, qui dirigeait avec maestria ses musiciens-comédiens. Je me souviens d'une année où je vis le nom de Koringa sur les affiches annonçant le passage de Pinder. Un nom un peu mystérieux, qui avait un petit parfum d'exotisme. Lors du spectacle, je découvris donc qui se cachait sous cette identité à faire rêver : "la seule femme fakir au monde" annonçait le programme. Je souffrais pour elle en la voyant marcher sur des morceaux de verre ou sur des brandons encore rougeoyants. Mais ce qui m'impressionna le plus, c'est quand elle tomba en catalepsie (je me demandais à mon père le sens de ce mot inconnu de moi…) , raide comme un bout de bois, la tête et les pieds reposant sur des sabres eux mêmes installés à un mètre du sol sur je ne sais plus quel dispositif compliqué.
Après avoir vu cette impressionnante Koringa, je fis pendant des semaines des cauchemars horribles. Me regardant droit dans les yeux, l'inquiétante fakir arrivait à m'endormir en trente secondes, et je dormais debout tandis qu'elle me passait à travers le corps des sabres qui ne provoquaient aucune douleur. Pourtant, je m'éveillais en sueur, quand elle me transperçait les joues avec de longues aiguilles enduites de curare.
Pendant dix à quinze ans après la Libération, il y eut une merveilleuse époque pour les cirques et tous les chapiteaux. Quel que soit le programme qu'ils présentaient, ils affichaient "complet". Mais le public aime bien les nouveautés et il fallut que les directeurs fassent preuve d'imagination pour renouveler leurs programmes. Le PDG de Pinder allait imaginer, toujours inventif, des spectacles sortant des sentiers battus. Ce fut d'abord, durant trois ans de suite, une deuxième partie qui se passait entièrement sur glace. Avec une piste centrale surélevée, magiquement transformée, après l'entracte, en patinoire et deux pistes annexes qui servaient lors de la première partie. Trois pistes comme dans mon film préféré…
Fantastique Féerie de la glace, prémonitoire d'Holiday on ice avec des numéros de danseuses, d'acrobates et de patineuses, qui donnaient dans le strass et le spectaculaire. "Versailles : au château sous Louis XIV"… Sacha Guitry n'était pas loin… "Une fête à Mexico" avec les grandes vedettes de la glace…De quoi éblouir un public, pas encore inféodé à la télé… Le chapiteau de 10.000 places plein tous les soirs…
Est-ce que Mexico a été un détonateur pour Charles Spiessert ? Toujours est-il qu'après avoir de sang-froid, dérogé à la règle du "vrai cirque", ce directeur, à la recherche d'idées novatrices, pensera à Luis Mariano, le chanteur de Mexico, pour plaire à un public toujours friand d'attractions neuves. Mariano est alors une star de la chanson, et sa voix d'or fait succomber toutes les femmes. Sa venue sur la piste de Pinder est donc une bonne idée commerciale, même si elle fait froncer les sourcils des "circophiles", qui n'aiment pas beaucoup qu'on fasse ainsi des concessions au Music-hall sur la piste aux étoiles. Pour ma part, en ces années d'adolescence où j'aime tout ce qui est culture sans faire de distinction, ce cocktail cirque et chansons m'amuse plutôt, et je ne suis pas le dernier à aller traîner du côté de la splendide caravane dernier cri, de la star. L'idole du moment attire la grande foule des fans, au milieu desquels j'arrive à me glisser, mon Brownie Flash à la main pour essayer de prendre une photo de la vedette. Je guette des heures, paparazzi avant l'heure, mais ma patience ne sera pas récompensée. Je ne verrai Mariano que le soir de la première. Le voilà enfin le beau Luis. Il arrive en chantant, chevauchant un magnifique cheval blanc, mais, malheur de malheur, notre prestigieux cavalier aussi blanc que son destrier, fait une chute malencontreuse. Il ne se blesse pas, mais salit son bel habit, ce qui lui enlève un peu de son aura de séducteur à la voix de velours.




Radio sous chapiteau


Pas de quoi en faire un drame, comme on aurait tort de faire un drame de cette utilisation d'un chanteur sur la piste d'un cirque. Après tout, dès 1954, j'avais vu, de mes yeux vu, le Super-Circus, qui a, depuis complètement disparu de la circulation, faire un tabac avec, en deuxième partie, l'orchestre du sympathique Jacques Hélian, faisant le pitre en dirigeant d'une baguette facétieuse, ses chanteurs comiques dans des tubes de l'époque qui donnaient dans le comique à plein.
Le même Jacques Hélian accompagnait ensuite (pas trop fort car le corse chantait doucement pour ne pas se casser la voix…) le beau et très célèbre Tino Rossi qui y allait de tous ses succès, avec en prime "Petit Papa Noël". Pas gênant, puisque le Super Circus s'était arrêté à Tours un beau jour de décembre…
En première partie, figurait un clown qui commençait à faire parler de lui : Achille Zavatta. Ce même artiste incomparable, après avoir été la vedette de bien des chapiteaux, eut plus tard l'idée de créer son propre cirque. Il avait alors 63 ans et 60 ans de piste derrière lui ! (un enfant de la balle). Et il exprima son désir de faire "un cirque où artistes et public seraient intimement mêlés afin de communier à ce rêve et à cette magie de tous les instants qu'est le spectacle".
Il ne se doutait pas alors qu'après sa mort, il y aurait quatre ou cinq chapiteaux qui porteraient son nom, chacun voulant donner à penser qu'il est le vrai descendant du clown star. L'un d'eux, sur ses affiches, fait figurer le A, lettre initiale d'Achille, prénom de Zavatta, pour égarer les esprits. Mais on découvre qu'en réalité, le directeur s'appelle Arthur. Est-ce un lointain cousin, un petit-neveu ? Mystère. Le même A. Zavatta repique tranquillement les affiches de Pinder pour sa publicité. Qui a parlé de la grande famille du cirque ? D'autres cirques, dans les années cinquante, mélangent le cirque, le music-hall et la radio. Avec la complicité de gens du métier puisque Alexis Gruss fait partie de l'aventure. C'est la belle époque de la TSF, où Zappy Max remporte un succès phénoménal avec une émission à suspense, "Quitte ou Double", que suivent sur Radio Luxembourg des millions de français. L'animateur accepte de faire, plusieurs années de suite, la tournée du Radio-Circus, cirque "sponsorisé" par cette radio qui se veut proche de la famille et, qui, grâce à ce spectacle itinérant, gagne encore en popularité.
Le jeu du Quitte ou Double avait vite attaché son nom à celui du Radio Circus. Et il avait fait un triomphe de plus en plus phénoménal auprès des auditeurs de Radio-Luxembourg, très écoutée alors même que la télé n'en était qu'à ses balbutiements. Certains candidats de cette émission populaire, présentée par un shampooing célèbre (Dop, dop, dop, tout le monde adopte Dop ), étaient des vedettes de l'actualité. Ainsi, l'abbé Pierre, à Chantilly, le jour de l'inauguration du "Radio-Circus 52", remporta-t-il une somme de 256 000 francs qui lui permit de faire bénéficier de quelques abris à des sans-logis de la banlieue parisienne.
Le Zappy à moustaches et aux yeux riboulants enregistre aussi sous chapiteau "Le radio-crochet", émission qui permet à des amateurs de venir pousser la chansonnette. Le procédé un peu cruel navrait l'enfant émotif que j'étais. Le crochet interrompt en effet sans ménagement les chanteurs ayant des voix de faussets.
Le côté cirque n'est tout de même pas oublié sous ce chapiteau hors normes. En première partie d'un des programmes on trouve les frères Fratellini, les clowns les plus célèbres de l'époque. Pas mal, non ?
Et puis le music-hall y a aussi ses droits puisque Yvette Giraud, grande vedette de la chanson de l'époque, y présente son récital. D'autres animateurs se promènent eux aussi sous chapiteau avec, par exemple, le Radio-Théâtre, également sous licence "Radio-Luxembourg". Une scène au lieu d'une piste et la présentation de chansonniers, de jongleurs et d'acrobates. Les animaux ne sont pourtant pas absents du Radio-Théâtre. Le programme de 1955 annonce Sydney, le kangourou boxeur, et Donkey, l'âne danseur. A l'entracte, on peut aller voir la baleine géante Goliath, 22 mètres, 62 tonnes, mais vous ne serez pas trop étonnés d'apprendre que la grosse bête est empaillée.
Les clowns ont eux aussi leur place au Radio Théâtre et on peut y applaudir les prestigieux Rudi Llata, qui font rire aussi bien les adultes que les enfants. En seconde partie, place à la radio, avec un animateur vedette, nommé Marcel Fort, qui accompagne le cirque six années de suite. Il est annoncé dans le programme de 1957 comme "le plus populaire des animateurs de Radio Luxembourg". Il a beaucoup de cordes à son arc puisqu'il fait aussi un numéro où il est présenté comme "le Roi du Rire" : "Marcel Fort dans son "tour de joie". Comme il passait du Radio-Théâtre au Radio Circus, c'est sous ce chapiteau que je le vis cette année-là. Mais j'avoue que ce tour soit disant joyeux ne m'a pas laissé un souvenir impérissable. Je pense que ce bon Marcel devait commenter l'actualité avec humour…
D'autres hommes de radio sont, eux, tombés dans l'oubli complet comme un certain Jean Granier, que le programme de 1956 présente comme "l'animateur N°1". Il s'agit en réalité d'un chansonnier qui s'est reconverti dans l'animation de radio. De quoi connaître une gloire passagère… Sous chapiteau blanc, le grand cirque de France prend la suite du Radio-Circus et du Radio Théâtre et, cette fois, en 1959, ce sont Radio Luxembourg et Radio Monte-Carlo qui, dans la plus parfaite unité, présentent "La Grande Parade".
La famille Gruss est en l'occurrence très concernée. Alexis dirige la cavalerie en proposant, entre autres, une très difficile "cabriole" qu'il fait exécuter de loin, avec des longues rênes, à Mahomet, son cheval vedette. Rodolphe Gruss, lui, apparaît dans le programme comme dresseur d'éléphants, tandis que les panthères ont été confiées à Philippe Gruss.
En seconde partie, la radio prend tous ses droits. Roger Bourgeon anime "avec courtoisie et émotion" "Le rêve de votre vie", une émission qu'il a créée en 1956. Le programme précise que "sur 450 rêves exprimés sur les antennes à la fin de 1958, 327 ont été réalisés jusqu'à ce jour".
Beaucoup de ces rêves permettent à des auditeurs de rencontrer des personnalités et des artistes. La liste va de Sa sainteté Pie XII au Général de Gaulle, en passant par Louison Bobet, Brigitte Bardot ou Line Renaud. Quelle liste prestigieuse…
Co-animateur de cette émission vedette, Lucien Jeunesse a fait ses débuts dans l'orchestre de Ray Ventura en créant "Sans vous" ou "la Mi-Août". Il fut ensuite le jeune premier des spectacles des Folies-Bergères, créa "C'est si bon" au Casino de Paris, et fut, pendant deux ans, la vedette masculine d'Exciting Paris. Et comme le programme du Cirque de France dit bien qu'il a "la simplicité, l'amabilité, l'honnêteté de ceux qui croient en leur métier, et veulent avant tout le faire bien", on comprendra que Lucien Jeunesse plaise tant à un public conquis d'avance par ses prestations à la radio. Le cirque lui plait et il plait au cirque qui l'adopte. On le retrouvera plus tard chez Pinder.
Un autre jeune animateur fait ses premières armes avec des émissions célèbres comme la reprise du Crochet radiophonique et d'autres qui n'ont laissé qu'un nom, comme "Les Risque-Tout" (Quitte ou Double de la Musique). On reparlera beaucoup, quelques années plus tard, du grand sympathique Roger Lanzac. Il se fera un nom à la RTF et sera engagé par le cirque Pinder pour en être le Monsieur Loyal et l'animateur du Jeu des 1000 francs. Mais ceci est une autre histoire que nous allons vous raconter maintenant.

Pinder en effet, cherchant une formule magique pour amener des spectateurs, copie la formule du Radio-Circus. Charles Spiessert demande à la RTF d'enregistrer certaines de ses émissions sous chapiteau avec Roger Lanzac, qui est désormais une grosse vedette.
C'est sans doute une période un peu tristounette pour ce grand cirque, car ce n'est vraiment pas exaltant d'assister à l'enregistrement d'émissions avec des concurrents tellement pris par leur volonté de gagner qu'ils en oublient d'avoir un peu d'humour. Heureusement que le présentateur fait ce qu'il peut pour faire rire le public…
Pas suffisant pour faire "du spectacle". Heureusement qu'en seconde partie des spectacles de Pinder figure aussi Roger Nicolas, comique célèbre pour ses sketchs désopilants. Il parvient, avec sa bobine rigolote de camelot et ses histoires drôles, à réveiller le public en commençant chacune de ses blagues par un "Ecoute, écoute…", qui a contribué à asseoir sa renommée.
L'engagement avec la RTF (qui deviendra l'ORTF) constituait une bouée de sauvetage pour le grand cirque français qui avait épuisé toutes les possibilités côté chanson… Après Luis Mariano, c'est Gloria Lasso ("Bon voyage" fut un de ses succès à l'eau de rose…) qui succède au Chanteur de Mexico, mais elle n'a pas la notoriété du Beau Luis et, surtout, elle n'est pas très à l'aise sur une piste de cirque, plus dans son élément dans de vraies salles de music-hall.
Malgré son nom qui fait penser à des cow-boys pleins d'énergie, Miss Lasso est plutôt une diva affreusement lascive. Elle se pose derrière son micro et n'en bouge plus, ne faisant pas plus de gestes (c'est tout dire…) que le pétulant Tino Rossi. Pour un "numéro de cirque", c'est un peu court…
Problème pour Pinder : le chapiteau ne fait pas recette avec Gloria, si bien qu'en cours de tournée, Charles Spiessert tente de rompre le contrat de la chanteuse. Mais celle-ci fait l'oeil noir et n'accepte pas de quitter le cirque où elle est bien payée. D'où une ambiance assez morose dans les coulisses du chapiteau pour les dernières semaines de cette année maudite.
"Bon voyage et ne reviens jamais", pourrait lui dire le PDG de Pinder à la fin de la tournée, en parodiant ce qui est resté le plus grand tube de cette vedette de la chanson.
D'autres cirques tenteront aussi de produire des spectacles originaux pour sortir des sentiers battus. C'est ainsi que le cirque des frères Bouglione présente en seconde partie "La Perle du Bengale", une "opérette à grand spectacle féerique en 6 tableaux", sur "un livret et une mise en scène de Bouglione", avec des séquences qui intègrent astucieusement des numéros de cirque. Comme "le marché de Bengalore" avec "le cortège triomphal du Nabab, sa Suite et ses Eléphants sacrés. Cette opérette fait aussi la part belle à la cavalerie de Bouglione avec "le camp des lanciers du Bengale" ou "le cheval blessé", présenté comme "une attraction équestre sensationnelle".
Un tigre fait aussi partie de la distribution, ainsi que des serpents, animaux qui font facilement passer des frissons dans le public. Petite moustache à la Clark Gable, cheveux ondulés copieusement gominés, Jean Deny joue le rôle du Nabab de Bengalore et interprète quelques-uns des grands airs de cette oeuvre lyrique de sa belle voix de ténor.
En première partie du spectacle, les fauves ont la part belle avec un numéro intitulé "La paix dans la jungle" présenté par Firmin Bouglione. Lions, tigres, panthères et pumas occupent la cage centrale en se lançant les uns aux autres de terribles rugissements. J'en tremble encore…




Les trois frères Amar


Quels autres grands cirques tournent en France dans les années cinquante et soixante ? Bien sûr, Amar qui présente un très bon spectacle de cirque traditionnel imaginé par les trois frères Amar, que le programme nous présente en première page, sans qu'on en sache plus sur ce trio fraternel. Moins de strass que Pinder, moins de soins apportés à la peinture des véhicules que son concurrent, mais toujours des artistes sensationnels…
Pour Amar aussi viennent les années noires et le temps des vaches maigres. Il faut trouver des nouveautés qui fassent venir le public. Alors, pas d'hésitation : en seconde partie, le chapiteau se transforme, une année, en vaste piscine avec reproduction (en miniature) du pont des soupirs de Venise. Pinder s'était déjà essayé à ce genre de spectacle dans les années 33 et 34 avec une production intitulée "Le cirque sous l'eau". La publicité parlait de "250 000 litres d'eau sur la piste", et de "grande pantomime nautique".
Amar sous l'eau à son tour donc, dans les années soixante. Et vogue la galère… Quelques naïades appétissantes, une ou deux gondoles, de charmants gondoliers pour les faire tourner en rond pendant dix bonnes minutes, et on obtient une "piste enchantée". Que d'eau, que d'eau, mais pas franchement de quoi crier au génie.
Pinder, lui, dans les années soixante-dix, prend l'eau un an après la mort de Charles Spiessert.
Allez hop, on vend… Les trois fils Spiessert, la mort dans l'âme, offrent leur chapiteau à Jean Richard. Le célèbre comédien avait créé le parc d'Ermenonville, avec pas mal d'animaux sauvages et avait fait une première expérience avec un cirque portant son nom qu'il avait créé en y investissant beaucoup d'argent. Pour y arriver, il tournait dans des films dont le mieux à faire était de les oublier très vite si on avait eu le malheur d'aller les voir.
On disait méchamment que Jean Richard était le seul propriétaire de parc animal qui arrivait à nourrir ses fauves avec des navets. Pourtant, on ne peut pas lui enlever qu'il était passionné de cirque. Et quand il propose un spectacle sous son propre chapiteau, le comédien n'hésite pas à faire un numéro comique dans la cage, entouré de lions pas spécialement affectueux.
Il a engagé aussi, pour un programme très varié, le comédien Albert Préjean, qui fut, après la guerre, une vedette du 7ème Art. Gentil de sa part de le promener en tournée à un moment où cet acteur est un peu oublié et ne tourne plus beaucoup au cinéma.
Grand tournant dans la vie du cirque français : Pinder est donc racheté par Jean Richard, qui se paye le luxe de tourner avec deux chapiteaux : l'un sous son propre nom, le second sous le double nom de Pinder - Jean Richard.
Tradition du cirque bien respectée. Pendant quelques années, tout marche bien. Puis vient le jour de la faillite. Comédien et directeur artistique, cela convient à Jean Richard, mais gestionnaire, ce n'est pas son fort…Pas besoin de confier l'enquête à Maigret, qui colle désormais à la peau de ce comédien, pour se rendre compte que "le coupable", dans cette histoire est le fils Richard qui n'est pas un cador dans l'art de la gestion, secteur que lui a confié papa pour essayer de sauver ses chapiteaux.




Le sauveur de Pinder


C'est Gilbert Edelstein qui va racheter le cirque Pinder à l'agonie. S'il fut son sauveteur, rien ne le prédestinait à occuper le poste de PDG de la plus grosse entreprise circassienne de France. Il raconte lui-même dans le livre de sa vie qu'il est "parti de rien".
Tout jeune, il habite Lyon avec sa famille. L'histoire familiale est originale : son grand-père, originaire d'une province russe, était médecin des armées du tsar. La famille a ensuite émigré en Amérique, en Suisse et en France. Avec des principes moraux très stricts : morale, travail bien fait, rigueur…
La rencontre avec Jean Richard va transformer la vie de Gilbert Edelstein, jusque là pas du tout bercé dans le monde du cirque.
"J'étais dans les "yéyé" raconte-t-il. Je m'occupais d'un artiste nommé Hector qu'on avait baptisé "le Chopin du twist". C'est alors que j'ai travaillé avec Jean Richard, et puis, au bout de quelques années, nous nous sommes séparés. J'ai pris la concession de vente des bonbons, esquimaux et toute la confiserie et le bar pour Bouglione, Amar, et le Cirque d'Hiver".
Gilbert Edelstein rachète Pinder en 1983. L'aventure commence avec ses joies et ses difficultés. Le nouveau patron a bien l'intention de faire de ce cirque "le plus beau du monde". L'homme a le sens des affaires. Prudemment, il redresse la situation financière. En présentant un programme correct, mais qui ne lui coûte pas trop cher, il arrive à redonner au cirque toute sa grandeur.
Sa politique consiste à consacrer beaucoup d'énergie à un "avant". Lors d'une période qui précède de plusieurs mois l'arrivée du chapiteau, il fait prendre des contacts avec les comités d'entreprises par des commerciaux, et remplit le chapiteau avant son arrivée dans une ville.
La publicité pour ses spectacles se fait aussi très tôt. Et ainsi, il fait toujours le plein là où il passe. Fort de ce remplissage bien organisé, il peut, au fur et à mesure que les années passent, penser à donner des spectacles plus fournis avec des numéros sensationnels.
La mauvaise passe est terminée. Pinder peut se targuer aujourd'hui de présenter un cirque de grande qualité. Et Gilbert Edelstein sait que son cirque continuera avec des membres de sa famille. Ses enfants se sont investis à fond dans l'univers circassien dans lequel ils ont débarqué sans rien y connaître. Aujourd'hui, Frédéric est un dresseur de fauves célèbre, et Sophie, après avoir de longues années dressé et présenté des éléphants, s'est reconverti dans la magie, et présente aujourd'hui un numéro d'illusion époustouflant. Relève assurée car les deux enfants de Frédéric, Alexandre et Amaya, ont eux aussi la passion du cirque.




Et les autres ?


Il est d'autres cirques en France qui tentent de donner du rêve et de la féerie dans une approche plus artisanale et plus familiale de l'art de la piste. C'est le cas des frères Rech, qui travaillaient autrefois chez Amar et ont créé leur propre cirque : les Kino's. Du beau spectacle, jamais de tape à l'oeil, de luxe inutile, mais des numéros de qualité, dans un programme présenté par un des frères Rech qui joue les Monsieur Loyal, déguisé en clown blanc.
Kino's a eu le mérite de rétablir l'orchestre qui a hélas disparu de la plupart des cirques, remplacé comme chez Pinder par une sono étourdissante, avec un seul musicien qui, sur sa batterie, effectue les roulements de tambour nécessaires pour faire passer l'émotion sous le chapiteau lors de quadruples sauts périlleux au trapèze volant.




Le rêve passe ...


Côté rêve et tradition familiale, il faut dire le formidable amour de la piste de la famille Gruss. Philippe Gruss présentera longtemps la cavalerie chez Pinder, avec une élégance et une maestria qui lui ont donné une aura de talentueux dresseur de chevaux. Il est passé ensuite dans un autre cirque de la famille. Chez Christiane Gruss, où on aime peaufiner la décoration joliment baroque à l'intérieur du chapiteau, et où on présente des numéros de cirque à l'ancienne. L'esthétique et la poésie y ont autant de place que la prouesse accomplie. Bascule, trapèze circulaire, homme fort, jonglage rythmique, illusions endiablées, bulles romantiques, reprises humoristiques : le programme dit assez bien la place faite à la féerie et au romantisme.
Et un grand "plus" : là aussi, il y a un orchestre bien présent pour rythmer agréablement le spectacle.
Même volonté de mettre à l'honneur, chez Alexis Gruss, une évocation des grands moments du cirque. Il a choisi l'époque qui va de 1870 à nos jours, comme référence essentielle. On retrouve, sous son chapiteau, des numéros équestres bien sûr, avec des écuyers, des écuyères, et des amazones, puisque le cheval est le principe même du "cirque moderne", mais aussi un bel environnement de jongleurs, d'acrobates, et d'équilibristes en tous genres.
Et la parade refait son apparition dans, ce cirque, pour attirer le public et le décider à prendre ses places. Toujours dans le même esprit, conforme au cirque de toujours, la famille Morallès est une troupe familiale où, il y a encore quelques années, l'on arrivait au monde directement sur la piste, entre deux numéros, sous le chapiteau. De vrais enfants de la balle.
Trapézistes, jongleurs, montreurs d'animaux, équilibristes, clowns, une seule piste, une atmosphère familiale, un chapiteau où jaillissent poésie et vent de la liberté… C'est cette rencontre en direct avec le monde du cirque que nous offrent les Morallès.
Autant de numéros traditionnels avec une présence chaleureuse des artistes, tout proches du public, dans une communion sympathique. Le souffle du rêve est en prime, histoire de donner des ailes à l'imaginaire. Des pigeons savants, des chiens dressés, des magiciens, des soeurs acrobates, des frères musiciens malicieux… Du plaisir au rire… Le rêve, il s'attarde aussi tout du long du merveilleux spectacle du cirque italien Il Florilegio. Chapiteau surprenant, très original, roulottes comme autrefois, décorées façon baroque, luminaires début du 20ème siècle et plein de numéros enchanteurs qui amènent là aussi la poésie et la grâce sur la piste. Le spectacle se termine par un repas de pâtes servi aux artistes par la Mamma en présence du public.
Tout est féerique, magique, hors du réel, et l'on ne voudrait pas quitter ce chapiteau où l'on se sent dans un univers mirifique, si loin d'un quotidien trop souvent terne et ennuyeux.
Il faudrait parler aussi du cirque Georget qui accomplit un excellent travail pour présenter aux jeunes générations toutes les merveilles du vrai cirque. Il faudrait également évoquer de nombreux petits cirques qui apportent, dans les petits villages, l'été, un peu de leur passion, en présentant des numéros simples mais souvent exécutés avec talent. Une soirée de détente sous le signe d'un divertissement sympa, ça ne se refuse pas…
On n'oubliera pas, dans cet inventaire, d'avoir une pensée pour Raymond Devos. C'était un homme fait cirque à lui tout seul. A la fois clown, musicien, jongleur (avec des mots et des balles), il était un formidable artiste qui savait nous charmer, en ne nous laissant pas une minute de répit pendant son spectacle.
On souriait et on riait sans cesse. Avec lui on entrait dans un ailleurs féerique et poétique. Oui pas de doute : Un cirque humain dont il semblait qu'on n'avait jamais fini de faire le tour…Une larme amère quand il nous a quittés…




Un merveilleux cadeau


La passion du cirque ne s'arrête jamais. Grâce à cette bienfaisante drogue dont on peut user et abuser, on conserve au coeur le goût de l'enfance. C'est bien le plus merveilleux cadeau que peuvent faire tous ces chapiteaux à des adultes qui se croient revenus de tout.
Soudain, sous cet abri de toile qui les coupe du monde, ils redeviennent de grands gosses qui oublient tous les petits problèmes et les tracas de la vie. Pour quelques heures, la piste est un no man's land où l'on peut toucher de la main les étoiles, s'envoler pour un monde de fête…
Merci, le Cirque…Tu m'as offert tant de joies. Emotion, rire, superbes frissons, émerveillement…Du vrai spectacle vivant… Alors, vive le cirque !!


Source : Philippe Martinet




Sébastien BERNARD - Collections - collections@aucirque.com
François DEHURTEVENT - Photographe - francois@aucirque.com
Jean-Pierre JERVA - Photographe / Galeries - jean-pierre@aucirque.com
Fabien LACROIX - Webmaster / Communication - web@aucirque.com
Julien MOTTE - Newser / Agenda - julien@aucirque.com
Jean PEPIN - Newser / Petites annonces - jean@aucirque.com
Patrick PREVOST - Newser - patrick@aucirque.com