Un week-end chez Krone
LE SPECTACLE
Après une séance d'après midi comble, la représentation du soir se fait devant un chapiteau à trois quarts plein mais on remarque que le public est composé d'adultes et plus particulièrement de jeunes adultes (25-30 ans), preuve qu'en Allemagne le cirque n'est pas seulement réservé aux enfants.
Il est 20 heures précises lorsque le noir se fait sous le chapiteau (on commence à l'heure chez Krone !) et nous allons assister il faut bien le dire à l'un des plus prestigieux et des plus beaux spectacles de cirque actuel.
La parade d'ouverture réunit le corps de ballet et tous les artistes ; Inspirée du tableau final de la comédie musicale "Barnum" elle permet une débauche de costumes et l'ambiance est de suite plantée. Le sobre et élégant présentateur Nicolaï Tovaritch souhaite la bienvenue au nom de Cristelle Sembach-Krone pour ce spectacle du centenaire et la formule est internationale : "Place au Cirque !".
C'est le jongleur le plus rapide du monde qui ouvre le programme : Mario Berousek (lire son interview). Sa maîtrise de la jonglerie aux massues est tout simplement prodigieuse et l'on ose à peine imaginer les années d'entraînement nécessaires (Il nous l'expliquera d'ailleurs lors d'une entrevue dans sa loge). Entre la parade et Mario Berousek le ton est donné le rythme du spectacle sera soutenu.
Le chef indien Jimmy Folco entre alors sur sa carriole tirée par un âne. On appréciera tout au long du spectacle le talent de cet artiste qui ne verse jamais dans le vulgaire et à su moderniser la fonction de clown de reprise en évitant le piège de l'artiste "bouche trou".
Changement d'ambiance (et de décors aussi car il y a des décors différents sur la scène suivant les tableaux), nous sommes à Vienne au siècle dernier. Le corps de ballet entame un pot pourri de valses viennoises pour amener Mme Sylvia Schickler dans un numéro de haute école avec calèche, numéro de tradition puisqu'il était au programme en 1941 avec Mme Krone en personne. Le travail du cheval est irréprochable et la présentation on ne peut plus soignée, c'est la classe et l'élégance, bravo Madame.
Dans le même style, le Duo Kalatchev de Russie entre en piste à la corde lisse enfin pas tout à fait car un chien malicieux vient perturber le numéro. A chaque séance ce numéro déclenche l'hilarité chez les petits comme chez les grands.
Pour terminer ce tableau "classique", les Sergejev à la barre russe. Un beau travail se terminant par un triple salto parfaitement maîtrisé. On aimerait cependant une mise en scène moins conventionnelle et des costumes plus modernes.
Les Chickys (lire leur interview) sont composés depuis 2004 par Bruno Stutz et Jimmy Folco, ils présentent ici l'entrée du miroir. Un brin modernisée mais surtout très précise cette entrée est très réussie, bref la tradition au bon sens du terme.
Les éléphants du cirque sont présentés par Jana Mandana avec notamment une très belle figure ou elle se tient sur les trompes des pachydermes eux même sur leurs pattes arrières (C'est sûrement la plus réussie des trois prestations de la dresseuse). Entre le célèbre "Colonel Joe" le plus grand éléphant du monde c'est en effet impressionnant de voir cet animal aux défenses impressionnantes. Les exercices s'enchaînent avec facilité sous la direction de son dresseur James Puydebois.
Un ballet espagnol permet l'entrée du Trio Castilla, funambules à grande hauteur. Une présentation à risque avec notamment le saut au-dessus de deux partenaires et une double traversée, on regrette d'autant plus que le numéro soit si court.
Après l'Espagne place à l'Irlande avec un superbe ballet de claquettes digne de "Lord of the dance". La magnifique cavalerie maison a toujours été présentée par la maîtresse des lieux Cristelle SEMBACH-KRONE, depuis cette année c'est Jana MANDANA qui officie et sur un rythme de musique celtique c'est un ballet en noir et blanc avec frissons et andalous. Visuellement le fait que le ballet évolue sur la même musique dans les mêmes couleurs est très réussit.

Après quinze minutes de pause on regagne son fauteuil déjà émerveillé par qualité du spectacle et bien chers amis la seconde partie est encore plus forte que la première !
Rugissements, cris d'oiseaux, percussions, danseuses dénudées et sorciers menaçants pas de doute nous sommes en Afrique, et la paix va régner dans cette jungle avec le plus jeune et le plus talentueux des dresseurs de sa génération : Martin Lacey Junior. En voyant le numéro, on comprend aisément sa victoire à Massy, Grenoble et bien sur Monte Carlo. Tout est là : la rapidité des exercices, la complicité avec les lionnes voir même des clins d'œil comiques mais surtout une maîtrise de la cage et une sûreté des gestes qui font de ce jeune homme de 28 ans un des maîtres du dressage au plan mondial.

Puis c'est "le" moment magique de ce spectacle, un moment de grâce, vraiment le public retient son souffle, le silence se fait sous l'immense chapiteau, Martin Lacey apparaît en haut des escaliers avec King Tonga le lion blanc. Tous deux vont s'élever dans une nacelle pour survoler la piste puis ensemble ils vont repartir jusqu'en haut de cet escalier comme montant vers le ciel. Que dire ? Un pur instant de rêve qui fait de chaque spectateur un petit enfant, l'animal est superbe et à ce point ce n'est plus de la complicité entre Martin Lacey et King Tonga c'est tout simplement de l'amour.
On redescend sur terre avec sûrement le ballet le plus abouti et le plus réussit : l'hommage à Fred Astaire et Ginger Rodgers, trois solistes excellents claquettistes et bien sûr une ligne de girls levant parfaitement la jambe sous une pluie de plumes et de paillettes, c'est Broadway.

Parfois on a l'impression de connaître parfaitement un numéro pour l'avoir vu et revu. Le Duo Manducas avec le numéro "pastiche" des acrobates 1900 fait un véritable triomphe à chaque représentation et force est de constater que le numéro est toujours au top (même avec un nouveau porteur), c'est drôle, la performance technique est toujours la, un numéro indémodable.

Chacun sait que le cirque est une véritable invitation au voyage, la preuve ? Nous voici maintenant dans un décor des mille et une nuits, pour la présentation des exotiques par Jana Mandana à savoir quatre superbes chameaux de Sibérie et quatre zèbres.

Un numéro de Djigites est toujours spectaculaire et Les Iristons ne font pas mentir la tradition. Lancés au grand galop, les jeunes cosaques sont téméraires. Le public ne s'y trompe pas en réservant de chaleureux applaudissements à la troupe, on peut dire qu'ils ont mis le feu" au chapiteau.
C'est un ballet aérien qui enchaîne avec La Troupe Borzovi. Contrairement à beaucoup de numéros de la nouvelle école russe ou la chorégraphie masque le manque cruel de performances techniques, on est bluffé par les figures nouvelles et leurs difficultés. La troupe fait des figures de barre russe à 20 mètres du sol puis enchaînent une série de triple sauts rattrapés par les deux porteurs fixes.
Et comme surtout les meilleures choses ont une fin, voici le final. Il ne s'agit pas ici un bref pas de danse sur une chanson du top 50, la chorégraphie est réelle et dans de magnifiques costumes on voit descendre chaque artistes du grand escalier, le public ne boude pas son plaisir et le triomphe est complet.

Après cette soirée que vous dire ? Du vrai et du grand spectacle comme il devrait toujours être. Des animaux, des attractions haut de gamme, un vrai régal et un show à la hauteur de l'enseigne ce qui devient rare en Europe. Merci Mme Krone de produire ce genre de spectacle, vous honorez le cirque et chers amis si un jour vous le pouvez rendez vous chez Krone c'est du rêve à l'état pur.


Source : Frédéric Taillandier pour Aucirque




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