Achille Zavatta
"J’en reviens à cette année 1953. Jean-Jacques Vital, notoire organisateur de spectacles, vint me trouver un matin à Ivry : « J’ai la possibilité d’avoir Tino Rossi et Jacques Hélian cet été. Est-ce que ça t’intéresse ? Viendrais-tu avec ton Zoo Circus ? ». N’ayant fait aucun projet de tournée, l’idée me séduisit. « Ca marche ! » dis-je à Jean-Jacques.

Le Zoo Circus quitta l’usine désaffectée d’Ivry sous le nom de « Super Circus », cela pour deux raisons : d’abord parce que la mode l’exigeait, on disait « super » à tout va, et puis parce que notre spectacle était exceptionnel par son ampleur. Le plus grand qu’on ait jamais vu en France. Il était double : la première partie valait, à elle seule, les programmes que proposaient les autres cirques de l’époque. Deux heures durant, une collection de numéros classiques et célèbres se succédaient, accompagnés par un orchestre traditionnel de douze musiciens.

Au terme d’un entracte de dix minutes pendant lequel un imposant podium hérissé de micros était dressé, débutait la partie variétés, animée par l’orchestre de Jacques Hélian et dont la vedette était Tino. Trente trois musiciens prenaient alors place sur le podium, en même temps que les chœurs : les Hélianes. Jacques était à l’apogée de son succès ; Quant à Tino, plus qu’un artiste, c’était un phénomène social. On ne peut guère imaginer ce qu'il déclenchait. Dès que Tino quittait la scène, l’orchestre de Jacques Hélian, augmenté de ses comiques Patoum et Pierre Brun, prenait le relais. Ce spectacle était vraiment une féérie d’abondance et de qualité.

Jacques touchait trois cent mille anciens francs par jour, Tino autant. A l’époque, c’était énorme. Avec eux deux, j’avais déjà six cent mille francs de plateau à sortir tous les jours. S’y ajoutaient les frais généraux et le paiement de tous les numéros de cirque, mais le Super-Circus prospérait. Nous connûmes, cette année-là, un exceptionnel succès ; des gens brandissaient des liasses de billets pour pouvoir entrer en surnombre, c’était délirant.

Jean Marco était aussi avec nous. C’était un beau garçon, doué d’une jolie voix, chantant de belles choses, un gars formidable, un chanteur très aimé. Il passait après Tino, accompagné par Jacques Hélian.

Il me dit, un matin : « Je vais loger en caravane, ce sera plus pratique pour moi, et surtout plus amusant. » Quelques jours plus tard, à Angers, il sautait de joie : « Ca y est, je l’ai ma caravane ! je l’ai payée, elle m’attend. Après le spectacle, je file la chercher avec la bagnole et demain je serai sur place, je vous attendrai. » Son enthousiasme faisait plaisir. Je le revois faisant l’inventaire de ses ustensiles de camping, pareil à un enfant qui démonte son jouet tout neuf. Un type adorable, Jean Marco !

Voulant faire partager son plaisir et inaugurer sa dernière acquisition avec des amis, il part dans la nuit avec le premier saxo de Jacques Hélian et Bamboula, le batteur. (Jackie Bamboo NDLR). Aux environs du Mans, en haut d’une côte, leur voiture heurte de plein fouet une camionnette conduite par un homme saoul. Le lendemain matin, la gendarmerie me téléphone : « Des gens de votre cirque ont eu un accident cette nuit --- C’est grave ?--- oui, il y a trois morts. » Je saute dans ma bagnole et fonce à l’hopital. deux corps m’attendent dans une chapelle ; Bamboula s’en est tiré. J’avoue que je me suis effondré, en pleurs.

La soirée du Super-Circus doit pourtant avoir lieu. Avant que ne retentissent les premiers coups de cymbale, l’animateur prend le micro : « Nous avons été frappés par un deuil cruel… » La radio, du reste, a parlé de l’accident plusieurs fois dans la journée. La première partie, la partie cirque, se déroule plus ou moins normalement ; mais lorque les musiciens de Jacques s’assoient devant leurs pupitres respectifs, ils se mettent tous à pleurer.

Négligeant le public, je m’approche d’eux :
« Vous voulez que l’on rembourse les gars ? --- Non . »
Tino Rossi intervient : « Non, il faut jouer quand même. »
Dans l’émotion générale, les musiciens finissent par jouer – mal mais le public est indulgent – et la soirée s’achève."

ACHILLE ZAVATTA, in « VIVA ZAVATTA », 1976; Publié avec l'aimable autorisation des Editions ROBERT LAFFONT



ACHILLE ZAVATTA 1915-1993


Né en Tunisie 6 mai 1915 La Goulette Tunisie. Après des débuts, dès l'âge de trois ans, dans le cirque familial cirque de son père Federico Zavatta. Alfonso et plus connu sous le prénom d'Achille passe son enfance en Afrique du Nord. Pendant ce temps, le Cirque Zavatta, qui venait d'Italie, parcourait le Maghreb sous la direction de son père Demetrio-Frederico Zavatta, qui était lui-même lutteur et haltérophile.. Il promène son chapiteau sous lequel ses six enfants sont formés à toutes les disciplines du cirque grâce aux leçons et aux entraînements difficiles. L'un d'entre eux, Achille, dès son plus jeune âge s'occupe des chevaux et consacre le reste de son temps aux exercices de souplesse et contorsions. La famille Zavatta au complet commence ses premiers tours de piste.


Pendant qu'Achille et Tonino jouent dans la peau du clown Auguste, leurs frères Michel et Rodolphe interprètent les clowns " blancs. Puis les sœurs d'Achille, Isolina et Eléonore pratiquent le trapèze et la danse de corde. Bien qu'il soit en effet, déguisé à l'âge de trois ans en " auguste de soirée ", Achille ne fit véritablement ses débuts qu'en 1921 à Constantine, comme voltigeur dans le trio Fortunello avec ses frères Rodolphe et Michel. Ce dernier âgé de 19 ans lui enseigne tous les rudiments des métiers de la piste : Cavalier, acrobate sauteur et trapéziste.
Achille montre son talent très rapidement en assistant ses frères au Zoo-Circus, au French Circus, au cirque W.Hagenbeck. Il n'a que dix-huit ans lorsqu'il monte un numéro acrobatique avec sa première jeune épouse Julia Moore. Les années de guerre stoppent son activité pendant quelques années.

C'est à Limoges que le directeur du cirque du Rancy lui proposera de faire ses grands pas aux côtés du clown Despard-Plège. Tous les deux débuteront dans la fameuse parodie d'Hamlet. C'est un véritable succès et le nouveau tandem sera engagé au Cirque d'Hiver en 1936 par Sampion Bouglione. Son numéro d'Auguste et les pantomimes s'enchaînent avec un succès croissant. Après " La Perle du Bengale ", " Princesse Saltimbanque ", " Le Courrier du Texas ", " L'idole de Shanghai ", le comique Despard-Plège sera remplacé par le frère d'Achille, Michel Zavatta.
Achille excelle dans l'art d'improviser tout en s'appuyant sur les canevas classiques.

Mais c'est en 1955 qu'il prend la décision de se passer définitivement du clown pailleté. Il diversifia sa carrière alternant radio, télévision et cinéma.

La filmographie de Achille Zavatta:

Feu de Dieu
[1966] Un film de Georges Combret
avec Rene Dary, Achille Zavatta, Noelle Noblecourt
Rien Ne Va Plus
[1964] Un film de Jean Bacque
avec Achille Zavatta, Angelo Bardi, Maria Pacome, Geraldine Lynton
La jument verte
[1959] Un film de Claude Autant-Lara
avec Bourvil, Francis Blanche, Yves Robert, Achille Zavatta
Match Contre la Mort
[1959] Un film de Claude Bernard-Aubert
avec Antonella Lualdi, Gerard Blain, Francis Blanche, Achille Zavatta


Il quitte en effet les frères Bouglione et change à plusieurs reprises de partenaires : Vedette à Medrano, puis chez Amar et Jean Richard. Achille se fait applaudir à Moscou dans le programme du Cirque conçu par Margaritis. La tournée triomphale d'Achille en 1960 en URSS s'inscrit dans les pages du cirque.
C'est en 1961 qu'il rend visite aux lillois au Cirque de La Voix Du Nord (devenu la Grande Fête Lilloise du Cirque) dirigé par Monsieur Jean-Pierre Panir à l'époque.



En 1978, à l'âge de 63 ans, Achille créé avec sa dernière épouse Annick, son propre établissement : le cirque Achille Zavatta.

Voici quelques programmes de spectacle:


(Tous les programmes "Zavatta", cliquez ici)

Après les périodes fastes, viennent les périodes difficiles.
Le 16 novembre 1993, il se suicide à Ouzouer-des-Champs (Loiret) près de Montargis.
Le jour de ses obsèques au cimetière du Père Lachaise à Paris, selon sa volonté, le spectacle continue...



Achille en compagnie de l'auguste "Perno".

Achille et sa fille Lydia.

Achille et sa fille Lydia.

Cliquez ici pour voir l'abre généalogique des Zavatta.


Source : Sébastien Bernard




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