Cinéma : Balada triste
On aura assez parlé du film de Francis Lawrence : "De l'eau pour les éléphants" sorti en mai dernier, mais beaucoup moins de "Balada triste" film espagnol d'Alex de la Iglesia sorti fin juin dans les salles françaises.
Actuellement au cinéma mais plus pour longtemps!



"Balada triste" : réminiscences de la guerre civile espagnole

Imaginez que les démons qui hantaient Goya se jettent sur Sam Raimi et vous aurez une idée de la grandeur grotesque et kitsch de Balada triste. Comme le réalisateur américain de Spider-Man (et surtout d'Evil Dead), Alex de la Iglesia est nourri de figures pop issues de la bande dessinée, du cinéma de genre. Comme le peintre du Dos de Mayo, il est obsédé par le sang. Celui qui crée un lien indissoluble, le même que l'on verse sur les champs de bataille des guerres civiles.

Balada triste (titre complet, Balada triste de trompeta) se déploie comme un rêve fébrile, dans lequel deux hommes imparfaits se déchirent pour obtenir l'amour d'une femme incapable d'aimer pleinement. Ces deux hommes sont clowns de métier, l'un blanc, l'autre auguste. La femme est acrobate, et descend des hauteurs du chapiteau en s'enroulant dans des étoffes qui ressemblent à des bannières.



C'est qu'il est aussi question d'histoire. La première séquence se situe vers la fin de la guerre civile, alors que les rebelles franquistes s'attaquent à Madrid. L'armée républicaine recrute de force une troupe de cirque, et le clown le plus drôle de la capitale espagnole se distingue en massacrant force nationalistes à coups de machette. Détenu, condamné aux travaux forcés, il ne laisse à son fils qu'une consigne : le venger.

Ce long prologue choquera probablement, montrant des républicains sanguinaires, des vaincus seulement préoccupés par la revanche. Cette peinture naïve et cruelle du péché originel de l'Espagne contemporaine ne prend son sens qu'au regard du reste de cette Balada, qui se joue pour l'essentiel en 1973, deux ans avant la mort de Francisco Franco Bahamonde. Javier (Carlos Areces), le fils du clown barbare, est engagé dans un cirque dominé par la figure d'un auguste cruel, Sergio (Antonio de la Torre). Sergio est aimé de Natacha (Carolina Bang), qu'il traite atrocement, ce qui ne fait qu'ajouter à la passion que la jeune femme nourrit pour lui. On peut sans doute voir dans ce triangle amoureux et violent l'allégorie d'une Espagne masochiste, que se disputent deux camps irréconciliables.

Mais Alex de la Iglesia n'est pas un tribun, c'est un clown inquiet, proche de ses deux antihéros. Balada triste ne cesse de bouger les lignes entre le bien et le mal, entre la beauté saisissante de certaines séquences (la fuite de Javier qui se réfugie dans la forêt) et le grotesque de longs passages délirants. Il fait se heurter l'imagerie quasi intemporelle d'un petit cirque à l'ancienne avec les figures en mutation de l'Espagne à la fin du franquisme, quand les shorts pour femmes coexistaient avec les mantilles. Le scénario invoque la figure d'El Lute, bandit et rebelle qui fut arrêté cette année-là, et fait se croiser le chemin de Javier et celui de l'amiral Carrero Blanco, en route vers le toit madrilène où sa voiture fut propulsée par les explosifs d'ETA. Ces vignettes qui s'entrechoquent, les apparitions non seulement de l'amiral mais du Caudillo lui-même font souvent pencher le film vers un grotesque un peu enfantin, dont il finit par se débarrasser.

Le finale de Balada triste doit un peu à Hitchcock (il se déroule sur une structure monumentale) et pas mal à Gaston Leroux (des hommes défigurés se disputent une beauté). Situé dans la Valle de los Caidos, le gigantesque mausolée dédié par le vainqueur aux morts de son camp, les dernières strophes de la Balada triste sont empreintes d'une profonde tristesse qui donne au film une gravité impressionnante.

Thomas Sotinel
Source : www.lemonde.fr




Sébastien BERNARD - Collections - [email protected]
François DEHURTEVENT - Photographe - [email protected]
Jean-Pierre JERVA - Photographe / Galeries - [email protected]
Fabien LACROIX - Webmaster / Communication - [email protected]
Julien MOTTE - Newser / Agenda - [email protected]
Jean PEPIN - Newser / Petites annonces - [email protected]
Patrick PREVOST - Newser - [email protected]