Loft, des Sept doigts de la main
'Ça fuse, claque, pique et pète dans le Loft sans queue ni tête des Sept doigts de la main. Dès l'entrée, on approche le spectacle sur la pointe des pieds, comme on prélèverait par effraction un délice défendu ; et pour cause...


Ça fuse, claque, pique et pète dans le Loft sans queue ni tête des Sept doigts de la main. Dès l'entrée, on approche le spectacle sur la pointe des pieds, comme on prélèverait par effraction un délice défendu ; et pour cause... Les premiers pas du public se font sur scène et par la (petite) porte du réfrigérateur. À quelle sauce sera-t-on mangé dans ce capharnaüm intemporel où pendouillent soutien-gorge, hamac, et plante verte ? Les retardataires auront leur moment de gloire. Avis aux spectateurs...


En s'affranchissant du Cirque du Soleil où tous ont effectué une collaboration, la compagnie fondée en 2002 a réussi à imposer sur la piste du cirque moderne son empreinte fantaisiste et onirique dans l'univers intime du quotidien. Les sept membres originaires du Québec, de France et des États-Unis, ont également croisé sur leur parcours l'École nationale de cirque de Montréal, le Cirque Éloize, une expérience qui s'est étendue pour certains aux plus prestigieuses scènes internationales. Loft est leur premier spectacle, deux mois après la fondation officielle de la compagnie. Et ce laps de temps d'une dizaine d'années s'est révélé bienfaiteur.


En public consentant, on se laisse d'abord guider, réconforter, puis séduire par ces drôles d'oiseaux en petite tenue. Aucun filet narratif pour se raccrocher, seule l'originalité des tableaux - numéros, sketchs ou chorégraphies - fait autorité dans cette réinterprétation du genre. On y retrouve avec plaisir les incontournables classiques (acrobatie enrubannée, jonglage, numéro d'équilibre et de contorsion) pimentés d'une grande sensualité. Les musiques de Gotan Project et de Tom Waits y sont pour beaucoup.


Dans la cage de l'appartement partagé, les fauves colocataires sont lachés. Il y a les règlements de compte à coup de diabolos, les baisers volés, la danse des abat-jour, celle des didgeridoos, l'escalier mou. C'est bête et drôle à la fois mais si bien maîtrisé, surtout dans les pauses et leurs silences. Sans nez rouge ni gros sabots Samuel Tétrault, Sébastien Soldevila, Gypsy Snyder, Patrick Léonard Isabelle Chassé, Shana Carroll et Faon Shane font naître le rire des interstices de l'incongruité.


Tiré au cordeau, méticuleusement cocasse et enlevé à partir de trois fois rien et d'un public prompt à participer, le cirque des Sept propose des tableaux de toute beauté, au milieu des frigos, table à manger et baignoire à sabot. Ici, la fantaisie n'a rien de fantastique. Elle naît des étincelles que provoque la promiscuité des colocataires, tous un peu toqués dans cette vie rétrécie puis grossie à la loupe sous le voyeurisme d'une caméra baladeuse. Il y en un même un qui se prendrait à rêver de solitude, sur une île déserte... Drôle de vie que celle d'un clown.
Source : Cyberpresse