Quand Reims fait son cirque…
On le sait, la Grande Guerre a transformé Reims en un gigantesque champ de ruines. Miraculeusement, le cirque municipal -un polygone à seize faces, de trois étages, et de 33 mètres de diamètre...

On le sait, la Grande Guerre a transformé Reims en un gigantesque champ de ruines. Miraculeusement, le cirque municipal -un polygone à seize faces, de trois étages, et de 33 mètres de diamètre, financé en partie grâce à une souscription publique- en est sorti presque indemne, à l'exception de son décor d'inspiration antique qui dût être remplacé.


L'idée de le détruire ne vient plus à quiconque désormais. Surtout lorsqu'on passe devant cet emblème presque naturel du parc de la Patte d'Oie, à deux pas du canal et du moderne centre des congrès. Son association avec le Manège voisin constitue un ensemble stylistique unique en France, en pierres de taille et briques rouges, même si le couloir de jonction entre les deux bâtiments n'a jamais été construit ainsi que le prévoyaient les plans de l'architecte Narcisse Brunette dessinés en 1865.

Pourtant, à l'instar de villes comme Rouen, Valenciennes et même Paris (pour le Médrano), Reims s'est bel et bien posé la question de l'éradication de ces bâtiments dans les années 70, mais n'a pas, elle, franchi le pas. Oui, le cirque de Reims est un survivant récent de l'urbanisation. Alors qu'il prenait l'eau et croupissait dans un triste état, il doit sa sauvegarde à la décision de le conserver prise par la municipalité Taittinger en 1975 qui opta pour une rénovation par tranches successives.

Tant et si bien qu'au début des années 80, il redevint l'une des principales et rares salles de spectacles de la ville et le support d'une nouvelle politique culturelle destinée à sa renommée. Cirque et manège sont inscrits à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. C'est une chance, car de tels bâtiments se comptent en France avec moins de dix doigts, et celui de Reims passe pour être l'un des plus beaux.

Une jauge de 1 000 places

Le visiteur d'aujourd'hui, s'agissant de l'intérieur du cirque, peut être surpris de sa décoration très sobre, presque épurée, et du bleu dominant des gradins. En fait, ce coloris pompéien, comme le reste, rappelle simplement les origines des lieux et le souci d'une restauration à l'identique de ce qui subsistait après guerre. Mais avant d'en arriver là, il franchit nécessairement l'immense double porte rouge d'entrée. A cet endroit, le sol présente un aspect particulièrement usagé comme une route ancienne, marqué des passages répétés des artistes et des animaux de tout poil et de tout poids qui se sont produits ici, et continuent de le faire.


La seconde surprise est aérienne. Il s'agit du gril technique qui occupe toute la surface du plafond sur 17 mètres de diamètre et qui pèse 8 700 kilos. C'est un système de cheminements métalliques qui permet aux techniciens de préparer les équipements des spectacles, tels que les trapèzes des acrobates ou les projecteurs et autres enceintes acoustiques. On n'accède au gril que par une nacelle électrique qui descend jusqu'à la piste.

Personne ne reste sur le gril pendant les spectacles : absolument tous les réglages sont préparés avant, puis commandés depuis la cabine régie, son et lumière, située en haut des gradins.


Ceux-ci peuvent accueillir potentiellement 1 300 personnes. "En réalité, la jauge est de 1 000 places" rectifie Guillaume Schmitt, responsable de la communication du Manège. Car les places les moins bonnes, comme sur la plus haute rangée de bancs, ou celles que masquent les seize piliers garnis chacun de lustres tulipes de sept lampes style art déco, ne sont pas vendues.

En revanche, que l'on soit assis sur un simple banc du haut sans dossier, ou sur les sièges nettement plus confortables de la partie basse qui entourent la piste de 13 mètres de diamètre, on paie le même prix. On ne peut réserver, il faut arriver à l'heure, et les premiers venus sont les mieux servis.

Jean-Michel François
Source : L'Ardenais