Un Musée du Cirque à Albi
Cet exploit, un homme l’a réalisé. Discret, humble, attachant, Bernard Albarède est né au pied de la cathédrale d’Albi, le 18 septembre 1938. A 5 ans, son père l’emmène Place Jean Jaurès voir les grands cirques de passage...

Le cirque ne supporte pas le figé. Il est mouvement. Il frétille, il ondule, il stridule, il feule, il rugit, il claque, il dépasse, il surpasse, il fouette, il transcende ; mais aussi parfois le cirque culbute, ribouldingue, ricoche, se plante, bouffe la grenouille ; il ne rit pas, il s’esclaffe ; il ne pleure pas, il chiale ; il n’est jamais tiède. Il est plus fort en géographie et en sport qu’en vocabulaire, ce jusqu’auboutiste en peau de léotard ou en soutien-gorge couleur chair de poule. Le cirque est un jeune audacieux né sous le pas d’un cheval il y a à peine deux siècles. Parvenir à résumer autant d’adrénaline en un seul cristal relève de l’exploit.

Cet exploit, un homme l’a réalisé. Discret, humble, attachant, Bernard Albarède est né au pied de la cathédrale d’Albi, le 18 septembre 1938. A 5 ans, son père l’emmène Place Jean Jaurès voir les grands cirques de passage. Effluves de paille mouillée, roulements de tambour, trognes enfarinées de l’auguste : le virus s’inocule. A 20 ans, devenu moniteur-éducateur, il entre au “Bon Sauveur”, où il prend en charge de jeunes sourds-muets. Durant un mois de colonie, un ami prêtre, Paul Teychené, qui joue de l’harmonica, lui remet la baguette de chef d’orchestre du cirque créé pour la circonstance ; à ce cirque il donnera le nom d’une puce savante, Zoé. Avec les déficients auditifs, il montera de nombreux spectacles.

Une pièce rare et unique que l'on pourra voir au musée : une très belle photo originale de la dompteuse Jeannette Mac Donald


Animé d’une foi et d’une ferveur inébranlable, Bernard Albarède peut aujourd’hui être légitimement fier du chemin parcouru. Il ne faut donc pas s’étonner si le musée qu’il ouvre aujourd’hui à tous est un lieu habité, fort de la fidélité, de la longévité à aimer les gens et les choses qui ont fait le cirque.

On en appréciera d’autant mieux les reflets : notre homme place l’humain avant toute chose. Répondant un jour à un journaliste, il a eu ces mots : “Le cirque relie les hommes entre eux”. Albi, la Ville rouge, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, a désormais son musée du cirque.

Bernard Albarède s'apprête à ouvrir le rideau sur son musée


Outre les affiches, les programmes, les photos, les ouvrages, les costumes, les objets divers, on y admirera une superbe maquette du cirque Chipperfields, et surtout les traces, nombreuses, uniques, d’une figure de la piste injustement oubliée, la dompteuse Jeannette Mac Donald, qui finit sa vie retirée dans la forêt de Buzet-sur-Tarn. Dans une mise en espace pertinente, elle ne pouvait trouver meilleure réhabilitation. Parmi les pièces rares, une affichette dessinée par un régional de l’étape, Ruddy, et imprimée par un autre toulousain, Chabrillac. Au pays d’Auriol, de Léotard, de Toulouse-Lautrec (qui a chanté et magnifié le cirque dans ses toiles), le musée de Bernard Albarède est aussi une source de documentation pour les chercheurs, les historiens et les simples curieux.

Joël Fauré

L'inauguration aura lieu le samedi 5 novembre, à 14 h 30, en présence de François Rozès, Président Régional du Club du Cirque Midi-Pyrénées.
Musée du cirque d’Albi
18, rue de Guillasse
81000 Albi


Visites guidées sur rendez-vous au 05.63.60.52.15
Source : Joël Fauré