Des podiums à la piste aux étoiles
Le rituel n’a pas changé. Il bande ses poignets avec soin, enfile ses maniques, les saupoudre de poudre blanche et saute d’un petit bond léger pour attraper la barre fixe...

Le rituel n’a pas changé. Il bande ses poignets avec soin, enfile ses maniques, les saupoudre de poudre blanche et saute d’un petit bond léger pour attraper la barre fixe et s’élancer. Si le geste se répète jour après jour, l’histoire n’est plus la même pour Yohann Renne. Depuis sept ans, le champion de France 1999 à la barre fixe a troqué sa tenue de gymnaste contre celle, plus délurée, de circassien. Désormais, il ne tournoie plus seul mais s’agite avec sept autres compères sur un ensemble de six barres agencées en forme de cube. Le numéro s’appelle "Tournik" et clôt chaque soir Corteo, le spectacle fellinien du Cirque du Soleil, installé jusqu’au 8 janvier à Boulogne- Billancourt (Hauts-de-Seine). "Ils m’ont appelé parce qu’ils cherchaient des spécialistes à la barre fixe. Au départ, j’étais réticent. J’ai accepté en me disant que cela pouvait être une bonne expérience", raconte Renne, 34 ans.

Il n’est pas le premier champion à avoir intégré la célèbre troupe québécoise. Rien que pour Corteo, ils sont treize anciens athlètes de haut niveau. Sur les 1.400 artistes employés sur les 22 spectacles qui tournent actuellement dans le monde entier, 45% sont issus directement du sport : gymnastique, trampoline, tumbling, plongeon ou natation synchronisée. Plus de la moitié a participé à un championnat du monde et une grosse vingtaine à des Jeux olympiques.


  • Le public remplace les juges

    "Avec ces sportifs, nous pouvons monter des spectacles de très haut niveau en termes de performance. Les gymnastes, en particulier, ont un profil très riche qui leur permet d’évoluer aussi bien sur des numéros aériens que sur des passages acrobatiques au sol", décrypte Philippe Agogué, l’un des sept recruteurs du Cirque du Soleil qui sillonnent les compétitions internationales à la recherche de nouveaux talents. "Nous faisons très attention de respecter leurs échéances sportives. L’idée n’est pas de les détourner de leur discipline mais de leur proposer une possibilité de reconversion", insiste-t-il.

    Néanmoins, si le sportif n’a pas de sensibilité artistique, qu’il ne dégage aucune présence ou émotion, il a peu de chances d’être retenu. "En plus d’avoir un bon niveau technique, ils doivent prendre la lumière, être motivés et savoir travailler en équipe, poursuit Philippe Agogué. Yohann Renne était, par exemple, déjà réputé pour sa prestance sur les agrès, tout comme Marine Debauve, championne d’Europe 2005, qui a intégré cette année notre spectacle Zaia en Chine."

    Une fois sélectionnés, les apprentis suivent une formation de plusieurs mois à Montréal, le QG du Cirque. "Passer d’une carrière d’athlète à celle d’artiste demande beaucoup de changements, artistiques, techniques, mais aussi psychologiques", dit Madeleine Hallé, la conseillère en performance, qui accompagne chaque sportif pendant cette transition. Pour Yohann Renne, le plus dur n’a finalement pas été d’adapter sa technique, mais plutôt "de ne plus avoir peur de ce que pensaient les gens". "Il m’a fallu beaucoup de temps pour comprendre que montrer mes émotions sur scène avait plus d’impact que de réussir un triple salto. On performe pour un public, non plus pour des juges. Si l’on rate quelque chose, ce n’est pas dix ans de travail qui se terminent par un échec mais l’occasion d’approfondir son personnage et d’improviser."

  • Cent dollars le show

    Pour certains, l’expérience circassienne n’est qu’une parenthèse. Ainsi Isabelle Severino, revenue à la compétition (championne d’Europe au sol en 2005) après un an avec le Cirque en Floride. Mais pour la plupart, c’est une nouvelle vie qui commence. D’autant que la troupe du Soleil paye et assure correctement ses artistes : autour de 100 dollars le show (pour neuf représentations par semaine) pour les débutants, beaucoup plus pour ceux qui ont leur propre numéro. Ils sont aussi logés et nourris.

    Certains deviendront ainsi entraîneurs ou chorégraphes, d’autres intégreront le pôle casting ou partiront monter leur propre troupe, comme Ludivine Furnon. Ou comme Les 7 Doigts de la main, compagnie créée en 2002 par sept anciens du Soleil, dont Sébastien Soldevila, quatre fois champion de France d’acrosport. "Il ne faut pas croire que le Cirque du Soleil soit une voie de garage pour anciens sportifs, dit celui-ci. C’est au contraire un nouveau départ."
Source : Le JDD




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