Eloize va faire des étincelles à Angoulême
Le Cirque Eloize débarque mercredi à Angoulême pour envahir la scène de la grande salle du théâtre, trois soirs de rang...

Le Cirque Eloize débarque mercredi à Angoulême pour envahir la scène de la grande salle du théâtre, trois soirs de rang. Le spectacle annoncé est décoiffant si l'on en juge par son dernier passage à La Rochelle en décembre dernier. Des sirènes, des klaxons, des moteurs et une foule qui avance à pas pressés. Où sommes-nous ? Dans une grande ville assurément avec ses buildings, ses hautes tours, lumières à toute heure et son rythme effréné. New York ? Tokyo ? Seattle ? Un condensé de tout cela, une mégapole imaginaire et plutôt éloignée de l'idée qu'on se fait de Montréal. Une ville plus distante encore de ce tranquille coin d'Acadie où se glissent encore de nos jours quelques vieux mots saintongeais dans les conversations.

Eloize veut dire "éclair de chaleur" dans ce patois des îles de la Madeleine, sur le golfe du Saint-Laurent. Sept copains doués pour les arts de la piste y ont créé leur compagnie en 1993, dans la mouvance du déjà célèbre Cirque du Soleil. Puis Eloize a grandi, prospéré, s'est à son tour fait connaître dans le monde entier avec des spectacles aux tableaux oniriques, des numéros liés entre eux à la façon de contes poétiques. Ceux qui ont déjà croisé la troupe désormais basée à Montréal ne manqueront pas d'être surpris par le changement de ton de ce nouveau spectacle, nommé "ID", comme Identité.

Place à l'extrême

Cette fois, le metteur en scène Jeannot Painchaud a choisi la ville pour décor et même davantage. "ID" célèbre le mariage du cirque et des cultures urbaines, celle des graffs et du hip-hop, des rollers (pardon ! des patins à roues alignées, comme on préfère dire au Québec) et de la break-danse. "J'ai voulu mettre la trame narrative de côté et j'ai laissé la place aux sports extrêmes et aux acrobaties surprenantes", déclare le directeur artistique.

Nous voici donc aux pieds des immeubles avec des as du VTT Trial et du roller (deux Français: Philippe Thibaut sur deux-roues et Xuan Le sur patins, glissent allégrement dans une distribution très cosmopolite) parmi des jongleurs, acrobates, contorsionnistes, athlètes circassiens qui se montrent aussi de sacrés danseurs. Une autre figure connue du vieux continent, le chorégraphe hip-hop Mourad Merzouki (de la compagnie Käfig et ancien complice de Kader Attou) a travaillé à réaliser cette osmose entre la break-danse et les numéros de cirque.


La merveilleuse trouvaille, c'est cet usage d'images numériques sur un décor rendu mouvant, une architecture de panneaux découpés sur laquelle défilent des pans de villes, de fabriques, de palissades, de rails et de toits accompagnant un défilé de performances orchestrées comme un ballet.

Avec Eloize, on rentre dans le film, on s'installe dans les cases de la BD, on adopte le rythme hip-hop qui fait le lien du début à la fin du spectacle. L'impression dominante, c'est ce sens du tempo, ce mélange sans heurt entre les danseurs et les artistes du cirque, on ne sait plus trop qui est qui, ça jongle, ça joue, ça jumpe en tous sens et c'est assez vertigineux. La contorsionniste subjugue, les acrobates impressionnent et on ne quitte jamais cette pénétrante ambiance urbaine qui suggère d'autres images.

Au détour d'un numéro de chaises, on pense à ces Indiens qui n'ont pas peur du vide et qu'on envoie nettoyer les vitres du 240e étage, dans la Grosse Pomme. "ID" évoque aussi les incroyables yamakasi dans un numéro final de trampomur vraiment jubilatoire. Difficile de rester sur son siège, pour un peu, on s'en irait sauter avec ces gens agiles, ces acrobates, ces danseurs désarticulés... Comme il faut raison garder, on se contentera d'applaudir... sans aucune modération !

Cirque Eloize au théâtre d'Angoulême les mercredi 22, jeudi 23 et vendredi 24 février à 20h30. Tarifs: 36€ et 25€. Tél.: 05.45.38.61.62.
Source : Charente Libre