11ème Festival du Cirque des Mureaux

Portrait de Béatrice Esterle, Présidente du jury...

"Mon numéro est monté comme un ballet !"


Equilibres de nuques, suspension par les talons en position jambes tendues, trapèze en grand ballant, corde lisse… Béatrice Esterle est assurément une artiste aérienne des plus talentueuses mais aussi des plus impressionnantes en spectacle. Longtemps pour des raisons familiales son parcours artistique l’a conduite à se produire sous les cintres des salles de cabaret – on l’a applaudi à Paris à La Nouvelle Eve pendant une quinzaine d’années – mais le cirque et les voyages l’ont toujours chatouillé, peut-être par réminiscence à ses débuts professionnels, il y a plus de trente ans déjà, sous le chapiteau itinérant des Bouglione…

Mais pourquoi cet engouement pour l’univers des coupoles de cirque alors que l’on n’est pas issu d’une famille de cirque et que l’époque en est encore au balbutiement des écoles spécialisées ?

" D’abord parce qu’on aime ça ! Toute petite j’ai toujours adoré les spectacles de cirque, et surtout les numéros à risque comme le trapèze, le dompteur…" La jeune Béatrice enfant est en effet une sorte de garçon manqué, ce qui ne veut pas dire qu’elle n’est pas une fille réussie ! Elle monte aux arbres "sans filet, sans longe" précise-t-elle aujourd’hui en riant, analysant ce côté casse-cou comme la résultante "d’une simple question de caractère et de tempérament !" Ce qui ne va pas nuire, bien au contraire, à un parcours scolaire parfait "les études, le bac, une licence de droit et énormément de danse classique car je rêvais de devenir danseuse… Ensuite le hasard la fera rencontrer Pierre Bergam, qui donnait à l’époque des cours de trapèze rue Montorgueil à Paris. Elle s’y inscrit "A la fin du premier cours il m’a demandé si je voulais être trapéziste, j’ai dit oui sans vraiment réfléchir à la question… j’avais 22 ans !"


Elle n’y restera que trois mois, le temps d’y répéter un numéro de corde. Car le hasard allait de nouveau s’immiscer dans cette belle histoire : nous étions au début de l’année 1981 et les Bouglione avaient lancé sur les routes l’American Parade, avec en aérien l’intrépide Gérard Edon. Ce dernier devant s’absenter pour honorer un gala, Monsieur Sampion Bouglione avait souhaité le remplacer par un numéro de corde et Béatrice, contactée, avait rejoint le chapiteau pour faire le remplacement "Monsieur Bouglione m’a ensuite proposé de faire la saison complète, et j’ai accepté… "

Une année riche et bien remplie donc, qui s’acheva en une sorte de consécration par sa participation au 5ème Festival du Cirque de Demain et l’obtention d’un Prix, mais qui aurait pu aussi bien signer une sorte de clap de fin si l’on en croit les confidences de Béatrice aujourd’hui "J’étais étudiante en même temps que trapéziste, assez perfectionniste et sans doute un petit peu orgueilleuse, et je m’étais dit que si je ne gagnais pas un Prix je découpais le trapèze et ne ferais jamais plus de cirque…" Un break cabaret et une trentaine d’années plus tard elle est donc toujours là, conjuguant merveilleusement virtuosité et grâce au cours d’une succession de périlleuses figures qui forcent l’admiration "A l’heure actuelle je travaille beaucoup mieux techniquement et je suis beaucoup plus performante que lorsque j’avais vingt ans, ou même trente… Les talons jambes tendues je les fais depuis cinq années, je ne les faisais pas à trente-cinq ans… ".


Ces derniers temps on a pu l’applaudir dans plusieurs Festivals, elle signait peut-être par cette série de galas une sorte de retour vers le cirque qu’elle n’avait jamais vraiment quitté de coeur. Elle fut récompensée d’une Etoile d’argent en 2007 lors du 17ème Européan Circus Festival de Liège pour son numéro de corde, elle reçut le 4ème Prix trois ans après au cours du même Festival pour son numéro de trapèze en grand ballant qui reçut quelques mois plus tard le 1er Prix aux Mureaux. Comme le ballant, les récompenses dans les festivals peuvent donc osciller aussi du haut vers le moins haut, au gré de plus ou moins mystérieux critères dont l’un des plus probables se niche peut-être au niveau de la personnalité des autres concurrents, mais surtout sans doute dans celle des membres des jurys… Et c’est également au cours de ce 10ème Festival du Cirque des Mureaux qu’elle a fait ses adieux au trapèze en ballant… mais rassurons-nous, pas aux coupoles des chapiteaux !

Source : AZ Productions