A. Romanès : Un peuple de promeneurs
Aphorismes savoureux, anecdotes et souvenirs glanés çà et là au long d'une vie de "promeneur : " Le troisième livre d'Alexandre Romanès...

Aphorismes savoureux, anecdotes et souvenirs glanés çà et là au long d'une vie de "promeneur", d'une vie de Tzigane : "Un peuple de promeneurs" est le troisième livre d'Alexandre Romanès. Fils Bouglione, fils révolté qui s'est détourné d'une famille qui a, selon lui, perdu les valeurs gitanes, Alexandre a fondé son propre cirque après avoir été dompteur de fauves, rempailleur de chaises...

Vos anecdotes et pensées portent-elles un message plus général ?

Ce sont des choses vues, entendues, que les anciens m'ont répétées. Je n'aime pas les messages mais, si on en cherche un dans ce livre, c'est qu'une autre vie est possible. On sent bien qu'on est au bout de quelque chose, un peu comme l'URSS sur la fin. Nous aussi, nous avons un mur à abattre et nous allons le faire.

Le mode de vie gitan peut-il offrir un modèle alternatif ?

Pas un modèle mais je sais que les tribus gitanes et tziganes, qui sont encore dans le nomadisme, ont raison de résister. J'ai tendance à penser que l'humanité a perdu à se sédentariser : sont apparus le pouvoir, les frontières et donc les guerres et la domination. Avec les murs s'ouvre alors la logique de l'accumulation. Nous, nous sommes contre ce modèle de réussite sociale. On voit bien que les gens qui jouent des coudes et veulent être les premiers sont des horreurs.

Les Gitans de France sont-ils politisés ?

Oui mais on ne vote pas, car on s'est aperçu que le terrain préféré du diable, c'est la politique. Tant que des gens votent, ce système se maintiendra. Je pense qu'évidemment, on est plus proche de la gauche. Mais notre drame à nous les Tziganes, c'est qu'on a raté le XXe siècle. On en a bien conscience. Jusqu'à la Guerre de 14, on était à la tête de deux "industries" de pointe : les lames de couteaux et les chevaux. Grâce à notre savoir venu d'Asie, nous produisions les meilleurs couteaux et épées et nos chevaux étaient les meilleurs du monde. Tout ça a disparu après la Guerre de 14, les campagnes se sont vidées au profit des villes et malheureusement, nous avons suivi le mouvement. Aujourd'hui, nous nous retrouvons dans les banlieues des grandes villes et dans la misère. Et comme nous sommes contre l'école - ou du moins contre la manière dont elle est conçue en France -, que nous ne voulons être ni patrons, ni employés car nous sommes contre la réussite sociale, nous nous retrouvons marginalisés.

Vous écrivez : "Dans un pays, rien n'est plus visible qu'une minorité".

C'est vrai. Regardez ce qui se passe avec les Roms. Ils ont été stigmatisés, montrés du doigt, on a attisé les peurs alors qu'ils sont à peine plus de 10.000 sur le territoire. Et cela pourquoi ? Pour récupérer des voix du Front national...

Sous forme de fable, vous décrivez l'arrivée de Gitans dans un village où tous les commerçants font fortune, sauf le libraire. Drôle au premier abord, c'est un constat finalement assez triste...

Pourquoi ? Mon père ne savait ni lire ni écrire et pourtant, c'était une personne remarquablement intelligente. Tout le monde dit que ça ne sert à rien d'avoir beaucoup de diplômes pour être intelligent. Mais personne ne le pense. Dans "Sur l'épaule de l'ange", mon précédent livre, j'ai écrit que la plupart des romans sont moins utiles qu'un cure-dent. Ce n'est pas pour provoquer, c'est ce que je pense. Le reproche que je fais aux écrivains professionnels, qui écrivent tous les ans, c'est que, souvent, ils n'ont rien à dire. La littérature, comme la politique, ne devrait pas être un métier.

Vous voulez dire que pour avoir quelque chose à écrire, il faut avoir vécu ?

Des personnages comme Christian Bobin, qui n'ont jamais quitté leur village mais écrivent de grands livres, prouvent le contraire. Mais, il n'y a pas très longtemps, je me suis amusé à compter le nombre de fois où j'aurais dû mourir. Vraiment mourir. Je suis arrivé à une vingtaine de fois. J'ai connu une chose incroyable dans ma vie : une fois, je me suis battu au couteau avec un homme. Et dans tous les pays où je vais, je vais en prison pour des bêtises et parce que je suis gitan. Quand j'étais dompteur de fauves, comme tous les dompteurs, ma hantise était que mes animaux s'enfuient et s'attaquent aux gens, j'étais donc armé pour pouvoir les abattre en cas d'accident. Mais sous l'Espagne de Franco, c'était interdit, j'ai donc fini en prison. Là, j'ai eu un peu peur. En Italie, j'ai découvert la prison de Naples. C'est vraiment une prison du tiers-monde. Je la déconseille à tout le monde.

Propos recueillis par Glen Recourt

Un Peuple de promeneurs
Préface de Lydie Dattas
128 pages - 140 x 205
Paru le 17 novembre 2011 - 11 €
Source : Le Télégramme.com




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