Au royaume des cirques
Fêtes obligent : des cirques, il y en a partout, dans et hors de Paris. Mais c'est sur la pelouse de Reuilly que les plus grands se retrouvent. Ceux de Pinder et de Phénix, gigantesques et rutilants de lumières, proposent, dans la grande tradition, des animaux sauvages et des étoiles du Cirque de Pékin. A côté d'eux, il y a Arlette Gruss et ses Rêves, et un chapiteau tout petit qui semble jouer les clandestins, avec sa guirlande de lampions. C'est là qu'il vous faut aller si vous cherchez autre chose que le grand frisson : au Cirque tzigane Romanès.
================ARTICLE=================

Ce cirque, c'est d'abord un homme : Alexandre Romanès, une sacrée nature. Fils déshérité des Bouglione, formé aux numéros d'équilibre et au domptage, il a longtemps vécu comme le vent claque contre la toile. Sur les routes, où il a été rempailleur de chaises, dans la rue, où il a croisé Genet et s'est pas mal empoigné, tout en aimant la poétesse Lydie Dattas, qui lui a donné le goût des mots.

Puis il a rencontré sur un campement gitan ceux qui allaient devenir sa vraie famille : des Tziganes venus de Transylvanie. Alors il a posé "la main sur tout ce qui est beau", comme le dit un poème de Paroles perdues, son recueil, publié en janvier chez Gallimard (96 p., 9,50 ¤). Et il a fondé le Cirque tzigane Romanès, en 1994.

Longtemps, ce cirque à nul autre pareil a trouvé refuge dans des quartiers interlopes de Paris, qui lui allaient comme un gant. Car ici, on est loin, très loin, de la tentation de la perfection. C'est la vie comme elle va au rythme du voyage dans un Est imaginaire, sur les routes de la musique et de la poésie, que l'on retrouve de spectacle en spectacle.

UN DUO D'AMOUR DANS LES AIRS

Le nouveau s'appelle, allez savoir pourquoi, La Reine des flaques. Et c'est merveille. Parce que, comme d'habitude, ils sont tous là, ceux de la tribu d'Alexandre, sous le chapiteau tendu de tissus rouges : femme (la chanteuse Delia) et filles assises sur des chaises, avec leurs jupes de Gitanes. La benjamine passe de bras en bras, Alexandre surveille son monde, les hommes se tiennent debout. Et chacun regarde celui qui s'avance sur la piste de graviers recouverte de tapis, acrobate, jongleur, trapéziste ou fildefériste.

Il y a des numéros de rubans et de cerceaux, des envolées à la Kusturica, un duo d'amour dans les airs, des déhanchements furieux et des épaules oscillantes, des chants repris en choeur et une musique à damner l'âme du Danube. Parfois, il y a des ratés, mais ce n'est pas grave : un souffle dévié dans l'air. "La neige, le vent, les étoiles : pour certains, ce n'est pas assez", écrit Alexandre Romanès. Son Cirque tzigane, c'est cela : ce qui est assez quand on regarde la vie sous le ciel d'un chapiteau bleu où une enfant qui ne veut pas s'endormir passe de bras en bras.

La Reine des flaques, Cirque tzigane Romanès, pelouse de Reuilly, Paris-12e. Mo Porte-Dorée. Tél. : 01-40-09-24-20 et 06-07-08-79-36. Vendredi et samedi, à 15 heures et 20 h 30 ; dimanche à 17 heures (supplémentaires le 22, à 20 h 30, les 26 et le 27 à 15 heures, les 28 et 29 à 15 heures et 20 h 30). Gratuit (— de 4 ans), 10 € (4 à 12 ans), 15 € (— de 26 ans), 20 € (adultes). Durée : 1 h 40. Jusqu'au 15 janvier.


Source : Brigitte Salino (Le Monde)