Salut, Colonel Joe !
Avec la disparition de Colonel Joe, éléphant vedette du cirque Krone, le cirque a perdu une de ses plus grandes figures...

Avec la disparition de Colonel Joe, éléphant vedette du cirque Krone, le cirque a perdu une de ses plus grandes figures.

Le North American Régional Studbook fixait sa date de naissance à 1963 avec une marge d’erreur de quelques années avant ou après. Ce qui est certain, c’est qu’il arriva aux Etats-Unis en 1964 au Jungle Land de Louis J. Goebel, un ancien dompteur qui travaillait pour le cinéma à Thousand Oaks près de Los Angeles. Son premier dresseur, Jack Badal, l’avait baptisé Dillinger à cause de son caractère affirmé. Des difficultés financières amenèrent Goebel a vendre le jeune Dillinger au zoo de Los Angeles (à l'époque le Griffith Park Zoo) le 8 mars 1965.

Il connut un nouveau dresseur, Scott Riddle, et, après un vote des visiteurs du zoo, on lui attribua un nouveau nom, Wise Guy ─ qui veut dire à peu près "petit malin". Le jeune éléphant va devenir une vedette du zoo où sa prestance et ses grandes défenses font l’admiration du public. En 1972, on va pratiquer sur lui une demi-castration. À cette époque, les cirques et les zoos américains achètent beaucoup d’éléphants mâles qui deviennent rapidement incontrôlables. La castration semble être la solution au problème mais les suites opératoires ont toujours échoué sauf pour Wise Guy qui deviendra un animal plus paisible et moins sensible aux effets du "musth".

En 1973, Clifford Vargas qui vient de racheter le cirque Miller et Johnson pour lancer son propre cirque achète Wise Guy. Son nouveau dresseur, Wallace Ross, commence par lui donner un nouveau nom : Colonel Joe, en référence à William Woodcock, un des plus grands dresseurs d’éléphants de tous les temps. Rex Williams qui arrive en octobre 1977, l’appellera simplement Joe, un nom d’une syllabe étant plus facile pour donner les ordres. Joe est la vedette du spectacle, il participe à la parade avec un tigre sur son dos, passe en solo sur la piste centrale avec Rex et son épouse Ava ou avec Ted Polk et Clara Arata avant d'emmener le grand groupe de 8 à 12 trompes que Rex présente à cheval. Le cirque en comptera jusqu’à16 avec plusieurs mâles indiens et africains. Le décès de Clifford Vargas en 1989, les harcèlements des activistes amèneront le cirque à se séparer de ses éléphants.

Colonel Joe au Cirque Krone

Le Colonel Joe, qui a désormais un nouveau dresseur, James Puydebois, va faire la saison d’hiver 1993/1994 au cirque mexicain Atayde. Le 6 janvier 1994, James et le Colonel débarquent sur le sol espagnol. Ils vont travailler chez Mundial et dans les meilleurs cirques européens : Scott (1995 et 1996), Alexandre Bouglione (fin 1995, début 1996, début 1999), le Kronebau de Munich (janvier 1996), Kino's (1997 et 1998), Benneweis (1999), Joseph Bouglione (fin 1999), Gerda Bouglione (1996), Merano (2000 et 2002) et Maximum (Suède) (2001). On applaudira le Colonel au Carré d’Amsterdam (hiver 1996/97), à Stuttgart (hiver 1999/2000) et au Weihnachtscircus de Louis Knie (hiver 2000/2001). Le Colonel obtiendra un Clown d’Argent à Monte-Carlo en 1996 et un Chapiteau de Cristal à Massy en 1999.

Le 1er octobre 2002, de retour de Norvège, le Colonel rejoint le cirque Krone à Hambourg, il y restera jusqu’à sa disparition. Chaque année, James, son épouse Clara et Jana Mandana vont imaginer pour lui de nouvelles présentations. En décembre 2011, il est au Bourget pour le spectacle de la Perle du Bengale au cirque Bouglione. Handicapé par son infection à la jambe il ne travaille que dans les premiers spectacles.

Le Colonel est mort le 2 mai à Platschow où il séjournait depuis le début avril à l’Elephanthof de Soni Frankello. Il a toujours bénéficié des meilleurs traitements par les meilleurs vétérinaires pour soigner l’infection qui lui rongeait la jambe depuis longtemps. Pour les éléphants, la jambe est un organe extrêmement sensible, c’est d’une infection semblable qu’était mort en 1968 Sahib, un autre éléphant célèbre.

Colonel Joe a rejoint Old Bet, Jumbo, Tusko, Siam, et quelques autres pachydermes légendaires de l’histoire du cirque.

"Old éléphants never die, they just fade away (les vieux éléphants ne meurent jamais, ils s’éclipsent doucement) (1)

(1) Paraphrase d’une balade que chantaient les soldats anglais pendant la guerre 1914-1918.

Christian Hamel
Source : Christian Hamel