"Gare au gorille". En piste avec le cirque Aïtal
Quand un occitan au physique de bûcheron rencontre un petit bout de fée, née au pays du Père Noël, ça donne ça : "Pour le meilleur et pour le pire"...

Quand un occitan au physique de bûcheron rencontre un petit bout de fée, née au pays du Père Noël, ça donne ça : "Pour le meilleur et pour le pire". Ou l'art de raconter sa vie de couple sur une piste de cirque, entre acrobatie, poésie et Simca 1000.

Là, au milieu de la piste, perchée au bout du tuyau d'échappement, c'est elle. Kati, 1,47m pour 46 kg. Un étage plus bas, au pied de la Simca 1000 rouge, tenant sa partenaire à bout d'épaule et de bras, c'est lui : Victor, 1,87m pour 105kg.

Finlande et voltige équestre

Eux, ce sont les duettistes franco-finnois du cirque Aïtal "C'est ainsi" en occitan". Des spécialistes du main à main, discipline empruntant autant à la gymnastique qu'à la voltige. "Notre spectacle, "Pour le meilleur et pour le pire", c'est un peu l'histoire de nos vies d'artistes. Une métaphore sur notre quotidien, souvent passé sur la route, avec ses joies, mais aussi ses difficultés", résume d'une pirouette Victor Cathala, montagne pyrénéenne de 32 ans, associée à la ville comme à la scène à lapetite Kati Pikkaraïnen. Nymphette élastique et poétique, la gamine d'Espoo, sud d'Helsinki, est tombée de la hotte du Père Noël il y a douze ans. Comme un cadeau. Avec en tête, l'idée de faire de sa vie un joyeux tour de piste. "À 16 ans, Kati a tout quitté pour le cirque. Son pays, sa famille... C'est à l'école de Rosny-sous-Bois, très réputée, qu'on s'est rencontrés", se souvient Victor qui, à l'époque, vient lui-même de lâcher son lycée agricole et la voltige équestre pour mieux murmurer à l'oreille des acrobates. On est à l'orée des années 2000 et le couple bientôt diplômé apprend d'un même pas les ficelles du métier avant d'intégrer le prestigieux Centre national des arts du cirque de Châlons-en-Champagne. La Sorbonne du genre, dont on sort souvent maître-ès-chapiteau. Ce qui va rapidement se vérifier : en février2005, les tourtereaux, tout juste diplômés,avec les félicitations du jury, décrochent au Cirque d'hiver une médaille d'argent au 26e Festival du cirque de demain. Une première distinction qui en appellera d'autres.


Rythme acrobatique

"On aurait alors pu intégrer le Cirque du soleil, souligne Victor Cathala, mais on a préféré continuer à apprendre dans une plus petite structure, le cirque Monti, avant de tenter de voler de nos propres ailes". Chose faite en 2007. Les apprentis décident de devenir leur propre patron et fondent leur troupe. Premier spectacle, premier succès : "La piste là" est salué par la critique. Un chouette bébé à qui le couple offre quatre ans plus tard un petit frère, mis sur pied à l'automne dernier, après dix-huit mois de cogitations et quatre mois d'intenses répétitions. "Un gros travail", sourit Victor qui avec sa famille de saltimbanques se produit sur scène un jour sur trois. Un rythme intense, proche de celui du sportif de haut niveau. Sauf qu'entre deux entraînements physiques, le champion ordinaire, lui, n'a pas à monter et démonter son chapiteau, gérer la paperasse et tout le saint-frusquin. "Mais bon, le plaisir donné au public vaut tous ces efforts". Drôle de viev? Un sacré cirque, oui !
Source : Le Télégramme.com