Denis Josselin : le funambule qui marche sur les nuages
Denis Josselin, aujourd'hui la cinquantaine, sait qu'il fait naître un frisson d'angoisse dans la foule lorsqu'il marche sur son fil à dix mètres du sol.

Sans la protection d'une longe, parce que cela limite les figures. Et puis, parce que le funambule ne peut compter que sur son câble, si jamais il trébuche. Mais Denis Josselin ne joue jamais sur la peur, il est loin, bien loin, du M. Muscle de foire qui fait semblant de chuter pour faire frémir la galerie.

Lui, il veut emmener le public dans ses pas de funambule, dans l'univers poétique et fantastique qu'il crée par ses évolutions aériennes.

"Le travail du fil, ce n'est pas une confrontation à la mort, c'est une confrontation à la vie", dit-il. Un lieu où l'on apprend à maîtriser sa peur par le contrôle des pensées négatives. Un moment de pleine conscience de soi.

Contrairement à ce que l'on croit, marcher sur un câble n'est pas une affaire d'équilibre. Mais "de travail sur le déséquilibre".

Il le sait intimement, lui qui est sourd d'une oreille et donc a appris avec cette faille à dompter ce câble qui bouge, qui vibre dans l'air. Pour cela, il faut tomber le masque de l'orgueil, "assumer ce que l'on est dans la plus grande sincérité, se rendre compte que l'on n'est pas un surhomme pour rester humblement dans les limites du possible." La première fois que Denis Josselin s'est élancé sur une distance de 80 mètres et à 10 mètres au-dessus d'un lac, ce fut à la demande d'un organisateur de spectacles, à Évry en 1988. L'homme cherchait quelqu'un. Il s'est dit "pourquoi pas ?".

Pourtant, il n'était jamais monté aussi haut. Il s'est préparé en trois jours. "J'ai vécu les jours les plus intenses de ma vie ", se souvient-il. Il découvre alors "une profondeur de sensation et d'émotions" qu'il n'avait jusque-là jamais pu approcher.



Depuis, il a marché dans le ciel au-dessus de la Seine, de la Marne, entre les buildings d'Abu Dhabi, s'est produit au Japon, en Australie... "Je ne compte pas le nombre de fois où j'ai pleuré de bonheur".

Cette sensation unique qu'éprouve le funambule, il la compare à ces rêves d'envol que l'on fait enfant. Sauf que le funambule touche presque à la réalité : "Sur son fil, il sent qu'il vole, il vit cette chose inaccessible." Artiste formé à l'école du cirque d'Annie Fratellini et du mime Marcel Marceau, Denis Josselin travaille aussi sur la théâtralité, comme ce sera le cas avec son spectacle Afiltaho. En incarnation éphémère de "l'enfant du feu et des airs ", il réunit dans ce spectacle le fil et la pyrotechnie.

"Le feu possède une vibration, il y a un rythme à trouver pour passer au-dessus de la flamme et être en harmonie".

Denis Josselin vit dans l'Eure et forme des élèves à Bruxelles, avec l'envie de rendre cette discipline accessible : "Même avec un fort gabarit, même à 60 ans, on peut apprendre à marcher sur un fil, si on sait abandonner toute arrogance."

Source : La voix du Nord