Le cirque au cinéma (4/4)


Film peu connu, et on se demande bien pourquoi car il possédait tous les éléments pour en faire le film familial par excellence, pouvant plaire à toutes les tranches d'âge et aussi spectaculaire par exemple, pour en rester dans les films évoquant la vie d'un cirque, que le classique de Cecil B. DeMille, Sous le plus grand chapiteau du monde.

Que ceux qui se disent en lisant le titre ou en voyant l'affiche que Jumbo va être de toutes les scènes se rassurent ; il ne doit apparaitre en tout et pour tout qu'une dizaine de minutes.

Sinon, il s'agit de l'adaptation d'un énorme succès des années 30 mélangeant déjà numéros de cirque, comédie et chansons, narrant les déboires d'un cirque dont le directeur dilapide toutes les recettes en allant jouer au craps et qui, ne pouvant ainsi plus payer ni ses fournisseurs, ni verser le salaire de ses artistes, voit ses derniers le quitter un par un pour aller se faire embaucher par la concurrence.



Le spectacle original était écrit par non moins que le duo "wilderien" Hecht / Mcarthur, et le scénario de Sidney Sheldon n'a presqe pas à rougir devant ceux de ses illustres pairs, une mixture comédie / musique / romance / spectacle tout à fait gouteuse relevée par des acteurs tous plus sympathique les uns que les autres.

Le directeur offre à Jimmy Durante un rôle picaresque assez jubilatoire ; sa fille est interprétée par une Doris Day plutôt sobre et constamment convaincante. Stephen Boyd et Martha Raye complètent le revigorant quatuor.

Niveau musical, ça vole assez haut : Doris Day est en superbe forme (inoubliables interprétations de Little Girl Blue, My Romance et This Can't Be Love), les sept chansons de Richard Rogers & Lorenz Hart sont de très grande qualité et somptueusement orchestrées par Conrad Salinger, et la chorégraphie de Busby Berkeley (son dernier travail pour Hollywood) mémorable dans l'étonnant numéro de trapézistes Over and Over Again.

Les numéros de cirque sont tous de premier ordre et parmi les plus réussis que l'on ait pu voir sur grand écran, qu'ils soient acrobatiques, clownesques ou animaliers (Jumbo lui même est talentueux).



Et ce n'est pas fini car il faut aussi applaudir la photographie de William H. Daniels qui nous offre quelques plans nocturnes absolument magnifiques et surtout, on ne le répètera jamais assez, une mise en scène pleinement accomplie d'un cinéaste qui n'en était pas à une réussite près : Charles Walters qui mérite sans problème de figurer aux côtés de Minnelli, Donen et Sidney au panthéon des plus grands de la comédie musicale américaine.

Souvent inventive, toujours gracieuse et élégante, avec une caméra tour à tour caressante et virevoltante lors des séquences les plus spectaculaires, sa mise en scène est un délice de presque tous les instants. Car des fautes de gouts, il y en a plus d'une mais elles sont vite oubliées devant la qualité, l'ampleur et la générosité du spectacle qui se termine d'une façon plutôt originale par un long numéro d'à peu près 15 minutes oscillant entre kitsch et modernité. Une très belle réussite.



Source : DVD Classik-Music Man- Accessoiriste