Viens chez moi, j’habite dans un cirque
Comment vivent-ils ? Comment occupent-ils leurs journées ? Comment leurs enfants sont-ils scolarisés ? William, sa nièce Niedziela et leurs collègues nous ont ouvert les portes du monde du cirque Raluy.

Si vous leur posez la question, les gens du cirque vous répondront qu’ils mènent une existence normale.

Pourtant, quand on passe les portes de cirque Raluy, on a le sentiment d’entrer dans un autre monde. Tout autour du chapiteau, les roulottes occupées par les artistes, essentiellement les membres de la famille Raluy.

"Les autres sont logés dans des appartements à Sainte-Marie ou encore dans le centre de Saint-Denis. Ici, on n’a pas assez de place pour tout le monde", explique William, le gendre de Carlos Raluy.

Ce qui explique en partie le calme qui règne ici le matin. Nous qui nous attendions à trouver un endroit très animé, sommes effectivement surpris par le silence. Les portes des caravanes sont fermées, personne n’est dans la cour. "On se réveille vers 8h30 ou 9 heures", précise Niedziela, 18 ans. Après le petit-déjeuner, place aux répétitions.

C’est d’ailleurs sur la piste que nous retrouvons Niedziela et sa soeur Emily (16 ans). Pendant qu’elles revoient les mouvements de leur numéro de monocycle sous l’œil très attentif de leur papa, leurs cousines, Gilian (12 ans) et Kimberley (14 ans) répètent également.

Sous la lumière tamisée, l’ambiance est à la fois studieuse et détendue. "Ça se passe tous les jours comme ça", reprend Niedziela. "Quand on a fini, on va déjeuner. A La Réunion, ça me fait toujours bizarre. On doit manger vers midi parce que les représentations commencent tôt, mais on n’a pas faim. Chez nous, en Espagne, on déjeune vers 14 heures !"

Le reste de la journée, chacun vaque à ses occupations. Vente de billets, cuisine, courses, lessive, sieste, nettoyage... "Non, vraiment, on vit comme tout le monde.

Chaque roulotte est équipée de douches et de sanitaires alimentées par des arrivées d’eau, assure William. Tout le monde pense qu’on vit en communauté. En fait, pas du tout. Hormis les membres de la famille Raluy, on ne se connaît pas tous.

On a, par exemple, des Polonais qui se sont rencontrés pour la première fois en venant à la Réunion". En somme, habiter dans un cirque, c’est un peu comme habiter dans une résidence où vos voisins seraient très, très proches.


Après le petit-déjeuner, place aux répétitions.


Jusqu’à 500 euros par jour Cependant, l’ambiance est tout même particulière chez les Raluy. Les conversations se font en espagnol, en italien, en polonais... Celui qui ne maîtrise aucune de ces langues y perdrait facilement son latin. Sympathiques, les gens du cirque s’adaptent aux visiteurs, parlent anglais ou français. Ou mélangent le tout.

Cela donne des situations cocasses. Les questions posées dans la langue de Shakespeare sont traduites dans celle de Cervantes. La réponse est donnée en italien avant d’être retraduite en anglais.

A les voir mener cette existence un brin bohème, on ne peut s’empêcher de se demander si, financièrement, c’est viable. "Ça rapporte pas mal", confie William.

"Raluy est comme toutes les entreprises, les revenus varient selon les saisons. Parfois, quand on vient ici, on fait du bon business. D’autre fois, ça marche un peu moins bien. Cela dépend des spectacles et de la situation économique".

Et de reprendre : "Un artiste de cirque n’a pas de salaire fixe. C’est lui qui détermine la valeur de son spectacle. Quand on l’embauche, c’est à nous de décider si ça nous convient. Il peut toucher jusqu’à 500 euros par jour".

Beaucoup plus même ! En 2007 par exemple, en pleine crise du chikungunya, le cirque Raluy cherchait des danseurs sur glace. Au dernier moment, la troupe qu’ils avaient recrutée s’était désistée. Il a bien fallu les remplacer. "On a pris des Polonais qui ont accepté de venir à condition d’être payés 1 000 euros par jour !", se souvient William.

Afin de réduire les frais, l’équipe Raluy laisse tout son matériel à La Réunion dans des conteneurs. "On ne fait venir par bateau que ce qui est nécessaire pour les spectacles. Quand on se déplace en Espagne, c’est plus simple : on met tout dans des camions", explique William.

Même chose pour les animaux. Au-delà des règles vétérinaires toujours plus strictes, cela coûte trop cher pour les faire venir. "Tenez, par exemple, pour que ma fille puisse emmener son furet, j’ai dû débourser 550 euros seulement pour l’aller !", reprend-t-il.

Tout le monde met la main à la pâte

L’heure tourne, William va rejoindre le reste de l’équipe. Vers 16 heures, l’effervescence gagne le cirque. Les artistes arrivent petit à petit, prennent place sur la piste pour répéter, se maquillent.

Dans la cour, pendant que les uns discutent tranquillement, les autres s’activent. Dans ce milieu, tout le monde met la main à la pâte. Après s’être maquillée, Rosa Raluy nettoie les vitrines où elles entreposera les friandises.

Juste après, l’endroit est occupé par Jean-Christophe, acrobate aérien. Lui prépare la machine à crêpe. À mesure que la file de spectateurs s’allonge, la tension monte.

On s’active de partout : sous le chapiteau, sur la piste, en dehors... On revêt son costume, vérifie son matériel... À l’intérieur, l’équipe technique vérifie les lumières, cale les derniers détails. A 18 heures, place au spectacle, à la magie qui caractérise ceux des Raluy et qui fait son succès.

Source : Ciclanoo.re