Cirque - Une main, c'est bien. Mais deux, c'est mieux.
Le collectif de cirque Les 7 Doigts de la main poursuit cette semaine au Théâtre Corona, à Montréal, une série de représentations de sa création éponyme, avec la grande apothéose du 31, souper et réveillon compris. Le Devoir a appris que la merveilleuse compagnie enchaîne aussitôt avec une toute nouvelle proposition spectaculaire offerte au même endroit, les 12, 13 et 14 janvier.
================ARTICLE=================



L’équipe des comédiens-acrobates de Traces, le nouveau spectacle des 7 Doigts de la main, qui prendra l’affiche au Corona de Montréal le 12 janvier. Héloïse Bourgeois, la seule fille du groupe, est entourée de Will Underwood, Francisco Cruz, Brad Henderson et Raphael Cruz.


Il s'agira en fait d'un work in progress, un dévoilement devant public du travail de recherche et de création accompli depuis quelques mois par la troupe. Enfin, par la nouvelle troupe, puisque cette deuxième production, intitulée Traces, met en scène et à l'épreuve cinq Doigts inconnus, un quintette de jeunes acrobates multidoués tout frais sortis de l'École nationale de cirque (ENC) de Montréal.

«Nous avons créé cette compagnie pour produire nos spectacles et jouer dans des créations qui nous ressemblent, confie Shana Carroll, une fondatrice des 7 Doigts avec Isabelle Chassé, Patrick Léonard, Faon Shane, Gypsie Snyder, Sébastien Soldevila et Samuel Tétreault. Le premier spectacle, organisé autour d'un "loft" en folie, nous correspondait tout à fait. Quand est venu le temps de se mettre au travail pour un nouveau spectacle, nous avons décidé d'injecter du sang neuf pour stimuler la structure.»

La neuve main est formée par quatre garçons américains et une fille française, tous diplômés de l'École nationale de cirque de Montréal, tous dans la très jeune vingtaine. Shana et Gypsie sont aux commandes de la troupe en tant que metteures en scènes. Cinq plus deux, finalement, ça fait encore sept...

«Nous sommes sept plus cinq à travailler sur ce spectacle, corrige Mme Carroll. Tout le monde est impliqué. La création se fait même plus facilement parce qu'à la première expérience nous n'avions pas d'oeil extérieur pour juger de nos propositions au fur et à mesure. C'est très long de créer en collectivité en se laissant inspirer au jour le jour par ce qui sort de l'interaction dans le local de répétition.»

Un loft devenu abri

La troupe répète à l'École de cirque de Verdun depuis plusieurs semaines. Au moment de la visite du Devoir, à la mi-décembre, la bande fignolait un numéro musical, mixant les acrobaties, les apartés et la projection de dessins. «Nous somme partis d'une question simple et profonde, explique la metteure en scène. Si une catastrophe apocalyptique survenait, que devrions-nous conserver pour reconstruire le monde ? Nous avons donc imaginé qu'une bande de jeunes se retrouvent dans un abri. Ils rassemblent les éléments essentiels de leurs vies, de la vie. Un second thème central de Traces vient justement de l'idée de laisser des traces , d'offrir un autre chemin, de documenter son passage.»

Les gars viennent de Californie. Ils ont fait beaucoup de sport, de la musique puis du cirque à San Francisco, où ils ont croisé Shana et Gypsie qui leur ont parlé de l'ENC, une des meilleures du monde. «Nous nous sommes inscrits tous les quatre et nous avons conclu un pacte : soit nous réussissions les auditions tous ensemble, soit nous retournions tous ensemble en Californie, explique Francisco Cruz, membre de la menotte avec son frère Raphael. Pour moi le spectacle donne une chance de briser les codes de notre discipline, même ce qui nous lie encore au cirque contemporain. Il y aura de tout sur scène, tout ce qui nous ressemble, de la musique hip-hop, du "skate", mais aussi un regard sur le monde actuel.»

La Française Héloïse Bourgeois, le pivot féminin du groupe, n'en pense pas moins. «Ce que nous préparons est en accord avec nous-mêmes, nos valeurs et nos vies, résume-t-elle. Ses cheveux courts accentuent son je-ne-sais-quoi de garçon manqué. Grande sportive mais toute menue, elle maîtrise plusieurs disciplines dont l'équitation et la gymnastique. Surtout, elle dégage elle aussi cette joie de vivre et cette soif de liberté si courantes chez les gens de piste. «Nous avons passé l'été dernier en Europe tous les cinq, raconte-t-elle. Nous avons présenté des spectacles de rue un peu partout, en Angleterre, en France, en Italie, en Autriche et en Allemagne. Nous sommes bien les uns avec les autres. Nous sommes en harmonie et je crois que le spectacle va le refléter.»

Une main de maîtres

Le travail en gestation s'avère d'autant plus prometteur que, depuis sa formation il y a environ trois ans, la première patte s'est imposée comme une des plus merveilleuses aventures «circaciennes» québécoises. Une main de maîtres, quoi, une poigne aussi forte que belle. Une drôle de main aussi, collective et égalitariste à souhait.

Les Sept, pour la plupart enfants de la balle, ont oeuvré chacun de leur côté au sein des plus grandes compagnies du monde avant de souder leur destinée. À elle seule, à 29 ans, Faon Shane cumule déjà un quart de siècle d'expérience sur les pistes. Elle a participé à six créations du Cirque du Soleil, dont pas moins de 2500 représentations au total pour le seul Quidam.

Un jour, au tournant du millénaire, ces bêtes de piste en ont eu assez des spectacles et des grosses machines des autres. Elles ont donc créé leur propre structure collective, où tout se partage en groupe, des décisions capitales jusqu'aux profits, quand il s'en trouve. Cinq membres du septuor vivent même ensemble dans un ancien couvent de l'ancien quartier Saint-Henri, à Montréal. La compagnie compte également deux couples et deux enfants.

Au cirque, les vieilles productions meurent rarement. Le Cirque du Soleil promène ses plus âgées depuis une quinzaine d'années. Le premier bébé des Sept va continuer sa propre vie scénique malgré les quelque 200 représentations déjà engrangées, dont celle de l'inauguration de la Tohu, la Cité des arts du cirque de Montréal, des tournées au Québec, en Europe, au Mexique, jusqu'en Nouvelle-Zélande. «Nous avons adoré ce pays, raconte encore Shana. L'accueil a été formidable. À la dernière représentation en pays maori, la salle a chanté pour nous en choeur.»

Une version modifiée du spectacle, baptisée Loft, tient l'affiche depuis août dernier au cabaret berlinois Chamäleon avec une nouvelle équipe dirigée notamment par Faon, une habituée de la capitale allemande. La presse européenne a sorti le plumeau, Die Welt écrivant qu'il s'agissait d'«une des meilleures offres de divertissement de la ville en ce moment». Un autre critique, Français de France celui-là, a parlé tout simplement d'«un des meilleurs spectacles de cirque des dix dernières années». Le contrat de Berlin de cette autre dextre se prolonge au moins jusqu'à la fin mars.

Les chemins et les futurs arrêts de Traces ne sont pas encore déterminés. La mouture expérimentale ouvre au Corona. Après, même les vieux Doigts refusent de confier où la nouvelle main mettra le pied...


Source : www.ledevoir.com