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Le Cirque du Soleil, show devant !
Créée par un ancien cracheur de feu, la compagnie québécoise aux 5000 salariés a révolutionné le cirque traditionnel. Ses spectacles font le tour du monde...
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Guy Laliberté en a eu la certitude un beau matin : le prochain spectacle du Cirque du Soleil devait être dédié aux femmes. Personne n'a contesté : l'ancien équilibriste sur échasses, cracheur de feu et accordéoniste, devenu multimilliardaire, qui, de passage à Paris, donne ses interviews en jean rapiécé dans une suite surplombant le Meurice, est propriétaire à 80 % du Cirque du Soleil. De cet empire sur lequel le soleil ne se couche jamais, il reste, à 53 ans, depuis le départ de Franco Dragone, l'unique "guide artistique".

Amaluna, spectacle à 75 % féminin, est donc né le 3 mai après deux ans et demi de travail. Joué sous chapiteau sur la jetée Jacques-Cœur, il fait les beaux soirs de Montréal. Sur l'affiche, au-dessous de son titre, une seule signature : celle du Cirque du Soleil. Celui-ci peut bien s'offrir des metteurs en scène stars, de Robert Lepage à ici Diane Paulus, coqueluche de Broadway pour son Songe d'une nuit d'été disco et son récent Porgy and Bess, tous en venant au Soleil passent à l'ombre. "C'est une dépossession, mais il faut reconnaître qu'on a à disposition des moyens qu'on ne retrouve jamais", dit Philippe Decouflé, qui a signé Iris à Los Angeles en septembre 2011.

Pas question de créer une école


Selon un processus désormais bien rodé, le Cirque lance deux à trois nouveaux spectacles par an, une production du Cirque du Soleil est une page blanche qui s'écrit à plusieurs, mélangeant les maîtres à créer maison aux artistes invités. Pour Amaluna, le "directeur de création", Fernand Rainville, responsable du choix de Diane Paulus comme metteur en scène, est l'homme qui a dû permettre "à tous les acteurs assis autour de la table de réaliser leur fantasme créatif". À quatre mains avec Diane, il a passé trois mois à composer l'équipe des créateurs, musique, costumes, décor, danse, puis commencé à écrire l'histoire en fonction des numéros retenus sur la centaine proposée par le casting.

Car le Soleil a toujours refusé de se doter d'une école : ce serait le restreindre. Il se veut en prise avec le monde entier, ses artistes, ses sportifs, ses numéros singuliers, ses chercheurs, ses inventeurs. Des dépisteurs tiennent actualisée la liste de tous les talents du monde par secteur, des détecteurs de tendance sondent l'humeur du temps, des membres dévolus à la recherche et développement dialoguent avec les scientifiques dans les domaines du design, de la biomécanique, pour la robotique par exemple, et des nouvelles technologies. Le casting comme le contenu des numéros doivent proposer du jamais-vu. "On a fait 35 créations, et on a 22 spectacles à l'affiche. Se renouveler est un défi", dit Fabrice Becker, directeur du casting, du contenu pour les nouvelles créations, et détecteur de nouvelles tendances. "On investit dans la recherche et le développement avec les universités, mais c'est l'humain qui reste au cœur du cirque. L'authenticité est réclamée aujourd'hui. Pour Amaluna, on a inventé des barres asymétriques montées en triangle pour huit gymnastes, et fait venir de Suisse un prodigieux numéro de manipulation de branches", dit-il.

Avec le temps, le Soleil a peaufiné ses recettes : un "squelette acrobatique" comprend une juste combinaison entre le groupe et le solo, la vitesse et la lenteur, le sol et l'aérien, le numéro classique et l'effet "Waouh !". De même a-t-il formulé sa philosophie : Guy Laliberté veut qu'un spectacle traite de l'aventure humaine, travaille sur les émotions et permette au public de sortir "inspiré" du chapiteau, c'est-à-dire porté par la volonté de se dépasser. Celle-là même qui lui a dicté de lancer le Soleil, puis One Drop, association humanitaire contre la soif dans le monde et qui l'a poussé, voici quelques années, à être le premier Canadien à passer huit jours dans l'espace. Dont acte pour Amaluna qui évoque le triomphe de l'amour à travers la relation d'une mère magicienne et de sa fille, sur une île comme dans La Tempête de Shakespeare, avec une initiation comme dans La Flûte enchantée, et à grand renfort d'amazones et de valkyries, sans "W" pour rester vraiment libre.

Voir la vidéo :


Passé le stade de l'écriture, les ajustements ont eu lieu. "L'élaboration est très lente. Au théâtre, on demande de refaire 100 fois la même chose. Au cirque, pour des raisons physiques, deux fois par jour, c'est un maximum. Et puis il y a 54 artistes de 49 nationalités et équipés d'interprètes, ce qui n'accélère pas le processus", dit Diane Paulus. Karol Armitage, chorégraphe du spectacle, a aidé les artistes à raconter une histoire sans parole. Un professeur de haka est venu métamorphoser les huit gymnastes qui n'avaient jamais fait de scène en féroces amazones. Un "designer acrobatique" a réglé avec une "chorégraphe acrobatique" un numéro de sangle pour trois filles volant simultanément au-dessus du public en évitant de s'entrechoquer en vol. Au cirque, certains détails tuent.

Par-delà cette organisation, "l'œil de Guy Laliberté modèle le spectacle", dit-on au Soleil : il reçoit les maquettes costumes, décors, musique, observe les numéros, émet des mises en garde ou donne des conseils. La touche finale est posée six mois après la création : en septembre, aura lieu "la fixation d'Amaluna", ultimes inversions de séquences, coupes, raccourcissements avant que le spectacle débute sa tournée. Un spectacle créé au Soleil sous chapiteau est conçu pour être diffusé une douzaine d'années dans plus de trois cents villes. Il doit tenir dans dix camions et ne pas comporter plus de 100 personnes, 54 artistes et 46 accompagnants, des cuisiniers aux techniciens en passant par les interprètes et professeurs en charge de la scolarité des enfants des artistes. La tournée reste en Amérique du Nord deux à trois ans avant d'aborder l'Asie ou l'Europe. À côté, le Soleil présente d'autres spectacles dans des arènes et dans des théâtres dédiés. Ainsi celui dédié à Michael Jackson, qui sera créé la saison prochaine à Vegas où le Soleil donne une dizaine de shows.

Bientôt dans quarante nouvelles villes


"Toute l'organisation du Soleil est née au fur et à mesure pour servir le processus créatif", dit son président, Daniel Lamarre. Sur les 5000 salariés du cirque, la moitié est liée à la création : 1500 artistes, plus 1000 personnes impliquées dans les costumes, sans doute la dernière maison de spectacle au monde où les perruques, chaussures, costumes, motifs sur tissus sont réalisés dans les ateliers maison. Les effectifs restants se répartissent entre les tournées et le marketing. "On ne veut pas comme Disney être opérateurs : le béton et le mortier, c'est pas pour nous. Nos spectacles à Las Vegas ou ailleurs sont joués dans des lieux exploités par nos partenaires. On ne veut pas sortir de la force créative", dit Daniel Lamarre. Le leitmotiv, c'est de rayonner mieux et plus loin.

En 2013, le cirque ira pour la première fois dans quarante nouvelles villes du monde. Il devrait conclure un gros accord avec le marché chinois, qui lui échappe encore. Et se réjouit d'enchanter les villes et villages encore intouchés grâce au film en 3D Worlds Away, histoire d'une jeune fille poursuivant un trapéziste dans les grands spectacles de Vegas, produit par James Cameron, distribué par Paramount, et réalisé par Andrew Adamson, créateur de Shrek 1 et 2. Sortie le 21 décembre.
Source : Le Figaro