Londres craque pour le cirque québécois
Rigodons, guimbarde et chemises à carreaux: Timber! est assurément une production à saveur typiquement québécoise.

Présenter à Londres un tel spectacle, ponctué de chansons en français, était un pari risqué pour le Cirque Alfonse. "Après une discussion avec notre metteur en scène Alain Francoeur, on a décidé de ne pas ajouter de sous-titres, explique Antoine Carabinier, cofondateur de la troupe. On trouve que la barrière de la langue n'est pas si importante. Le thème central la famille est universel."

À la sortie du prestigieux Southbank Centre, où le spectacle est présenté jusqu'au 31 juillet, les Londoniens semblent ravis. "Je n'ai pas été dérangée par l'absence de sous-titres. Je me suis laissé bercer par cette langue que je ne comprends pas", a indiqué Sophia Kakembo.

"J'aimerais pouvoir parler français!" a lancé Hattie Davis, une autre spectatrice. Si elle avoue avoir été déçue par l'absence de sous-titres, son appréciation du spectacle n'en a pas souffert. "Les prouesses physiques sont impressionnantes et la musique demeure magnifique", a-t-elle assuré.

Quatre troupes au Royaume-Uni

Le succès de Timber! témoigne d'un appétit grandissant des Britanniques pour le cirque québécois. Cette saison, quatre troupes québécoises se seront produites au Royaume-Uni. En mai, le festival de Norfolk dans le nord-est de l'Angleterre a d'abord accueilli Les 7 doigts de la main.

Ce mois-ci, le Cirque de Soleil prend d'assaut deux importants stades de Londres avec Alegría. Le cirque Éloize, de passage au festival de Brighton, en mai, sera de retour au Royaume-Uni à l'automne, cette fois-ci dans le West End de Londres.

"Le cirque est de plus en plus populaire auprès de notre public, mais les circassiens québécois se démarquent grâce à leur créativité", explique Katy Arnander, programmatrice au Peacock Theatre, qui accueillera en octobre le Cirque Éloize. Elle évoque la "valeur ajoutée" des troupes québécoises: costumes et décors élaborés, musique originale et trame narrative captivante.


Jonathan Casaubon jongle avec des haches devant un Matias Salmenaho impassible.


Selon elle, le Cirque du Soleil venu à Londres pour la première fois en 1990 a ouvert la voie à ses compatriotes circassiens. "En Europe, on sait tous que le Québec dispose d'infrastructures formidables pour former les artistes, souligne la programmatrice. Et c'est grâce aux succès du Cirque du Soleil."

Londres, plaque tournante

"Jouer à Londres a un impact international beaucoup plus large qu'aller à Paris ou même à New York", estime Vincent Carabinier, promoteur du Cirque Alfonse pour l'Europe.

Ainsi, plusieurs diffuseurs européens se déplaceront pour voir le spectacle, notamment grâce au travail de la Délégation générale du Québec à Londres. "Dans le cas de Timber!, on en profite pour amener des diffuseurs venus du Danemark, de la Suède et de la République tchèque, par exemple", explique Stéphane Paquet, délégué général du Québec à Londres.

Le service culturel de la Délégation dispose d'un budget annuel de 67 500$ attribué par le ministère de la Culture pour faire la promotion de la culture québécoise sur l'ensemble de son territoire, qui inclut notamment le Royaume-Uni et les pays nordiques. Cela s'ajoute à un budget de fonctionnement de 36 000$.

En plus d'établir un contact avec les diffuseurs européens, le service culturel de la Délégation peut, par exemple, défrayer le billet d'avion pour qu'ils assistent au spectacle. Une dépense minime, selon Stéphane Paquet, compte tenu des retombées possibles. "Londres est l'une des capitales culturelles de l'Europe, dit-il. C'est une ville importante, parce qu'elle nous ouvre des marchés auxquels on ne penserait pas nécessairement, comme les pays nordiques."

"Et quand un spectacle fonctionne à Londres, il peut fonctionner partout, assure Katy Arnander, du Peacock Theater. Le public londonien est difficile et ne se laisse pas séduire facilement."

Raison de plus pour les Québécois de se réjouir de leur succès dans la City. "Jusqu'à maintenant, la réaction du public est super et on espère que ça continuera", lance Antoine Carabinier.

Source : La Presse.ca