René Graux, le monsieur Loyal des maquettes de cirques


Il a grandi à Bruay, place Marmottan. À l’époque, tous les grands cirques s’y arrêtaient. Adulte, il s’est mis à fabriquer des modèles réduits de camions, roulottes, remorques… Il en a toute une ménagerie chez lui. De temps en temps, ce grand gamin de 60 ans joue même avec. Et c’est pas du cirque.

" Venez ! Je vous emmène dans mon univers ! " Il dit ça avec le ton et le regard du gosse qui s’apprête à montrer sa dernière trouvaille à son meilleur copain. Mais le trésor ne tiendrait pas dans une malle planquée sous le lit.



Pour le ranger, René Graux a dû construire une annexe à sa maison. Un garage qui sert aussi d’atelier à ce bricoleur hors pair. Et de salle d’exposition pour ses maquettes de cirque. Il en a deux : une d’un Pinder des années 1970 à l’échelle un cinquantième, l’autre, un peu plus petite, d’un Grüss des années 1980.

Autour des chapiteaux, qu’il a fait fabriquer par une amie couturière, des dizaines de camions, roulottes, remorques, cages… " En fait, les tentes, c’est plus pour avoir un but. "



Comme en vrai

Ce qui intéresse René Graux, ce sont ses "petites voitures" et ses" petits camions"." Il y a en partout", rigole-t-il avec malice. Il ouvre les placards, désigne des cartons au sol, heureux comme un gamin devant un sapin de Noël. Tout ça, ce sont ses réserves.



Elles débordent de camions de pompiers et autres classiques avec lesquels on a tous joué. De la matière première pour le retraité. Il jongle avec les châssis, parfois les cabines et remorques, pour créer des modèles réduits de vrais véhicules de cirque.



Les compagnies de cirque en commercialisent pour les collectionneurs et les amateurs. Le Lillérois en a quelques-uns. Mais « souvent l’échelle ne correspond pas ». Et puis « il y en a qui sont trop cher, d’autres qui ne se vendent pas, alors je les fabrique, c’est tout. » Puisqu’il sait « tout faire ».



Les cages, remorques et caravanes sont confectionnées dans des chutes de PVC. Les vitres, découpées dans le plastique qui tient les cols des chemises. Les rideaux ? Des compresses dédoublées. Les phares ? Des perles. Pour les poignées et charnières de portes, l’ingénieux a pensé aux trombones…



Ce n’est pas toujours facile de trouver… Il pourrait se contenter de coller et peindre. Sauf que pour ce grand enfant, tout doit être fonctionnel, comme dans les vrais cirques, c’est ça le plaisir ! De temps en temps, je viens jouer



Et alors là, c’est l’hallu : la cage d’exposition des lions, qui doit faire dans les deux centimètres cubes, se démonte ! On peut replier les grilles et les ranger sous la remorque. Les lions, eux, rentrent dans la remorque par une petite porte pile à la bonne taille. On ferme le volet. Et hop, le convoi peut prendre la route. En arrivant, les employés du cirque n’ont qu’à pousser les murs de leur roulotte. Un balcon en sort. Y a plus qu’à déplier l’escalier. Magique !



" C’est un grand jouet ! ", observe René Graux. Mais alors ? Oui, de temps en temps, il joue. Je fais rouler les convois, j’allume les lumières… C’est une passion , rigole-t-il devant notre mine ébahie et jalouse. Elle lui vient de cette enfance passée place Marmottan, à Bruay, où il a grandi. Tous les gros cirques s’y arrêtaient. On imagine le gosse dévaler les escaliers ou se coller à la fenêtre pour les regarder s’installer.



Pour lui, le montage est un véritable spectacle, " aussi beau " que les numéros des acrobates, jongleurs, dompteurs et magiciens. La mécanique le fascine. " Forain, ce n’était pas ma vie ", pas assez équilibre. Alors il est devenu électromécanicien chez Firestone. Et circophile. En résumé, il ne loupe aucun cirque du secteur. "Quand je croise un camion sur la route, je le suis ", raconte-t-il, amusé.




L’installation, le clou du spectacle pour ce grand enfant

Mais en général, il se débrouille pour arriver avant les ouvriers. Quitte à attendre des heures dans le froid ou sous la pluie. Au moins, il est sûr de ne pas perdre une miette de la parade. Les mirettes grandes ouvertes, il scrute les camions grandeur nature qui entrent en piste.

C’est là qu’il trouve ses modèles. Et dans les magazines spécialisés. Aujourd’hui, ils arrivent à faire de plus grands convois. Les camions sont plus puissants. Ça lui a donné une idée : fabriquer une maquette de cirque moderne. Le cirque Ren, pour René. Sur le logo, on suggère des étoiles. Comme celles qu’il a dans les yeux.

Source : La Voix du Nord