La Verità dévoile sa magie jusque dans les coulisses
Deux heures avant le spectacle, la salle Métropole est baignée de silence. Les sièges, vides, attendent encore le public. Sur scène et dans les étroites coulisses, pourtant, bat déjà le cœur du spectacle. Dans les loges, Moira Albertalli s'asseye face à un miroir.

Sous l'alignement d'ampoules, la jeune femme réalise d'une main assurée son maquillage et sa coiffure. En une dizaine de minutes, poudre, pinceaux, rouge à lèvre et faux cils transforment la souriante Tessinoise de 31 ans. «Lorsque Daniele Finzi Pasca m'a demandé de faire la tournée avec sa compagnie, j'ai eu la même réaction que Billy Elliott quand il est accepté à l'école du Royal Ballet à Londres, je sautais de joie et j'ai appelé ma mère», raconte-t-elle, les yeux encore pétillants.

Débuts à reculons, avant la révélation

Il y a près de neuf ans, c'est pourtant à contrecœur que la jeune femme se rend à un cours de clown donné à Lugano par le célèbre metteur en scène. "Après avoir fait de la gymnastique artistique depuis l'âge de six ans, je suivais une école de comédie musicale à Munich. J’avais l'impression que rien de bien passionnant ne pouvait se passer dans ma ville d'origine, Lugano. Mais ma mère m'a poussé à m'inscrire à ce cours, alors j'y suis allée, en trainant un peu les pieds."

La magie opère et c'est le coup de cœur pour l'univers circassien du metteur en scène de la prochaine Fête des vignerons. Depuis quatre ans, la Suissesse tourne ainsi avec la petite troupe, devenue une seconde famille. "On s'aime sincèrement. Parfois aussi, comme dans les familles, on ne se supporte plus et on s'engueule", sourit Moira.


Moira Albertalli, originaire de Lugano, a intégré la compagnie Daniele Finzi Pasca il y a quatre ans.


Artistes polyvalents

En coulisses comme sur scène, l'amitié entre les membres de la compagnie est palpable. A l'heure de l'échauffement, les artistes se coachent mutuellement sans rivalité ou animosité, bien loin des clichés animant souvent les métiers de la scène.

Sous l’œil aiguisé de David Menes, son partenaire à la Roue Cyr, Moira vrille avec légèreté dans le grand cerceau, défiant avec dextérité les lois de la gravité. "Au départ cela me donnait la nausée, j'ai dû tourner encore et encore, pousser mon corps à ses limites pour qu'il s'habitue" explique l'artiste.

Le fondateur de la compagnie, Daniele Finzi Pasca, encourage chacun à se placer en position de faiblesse, pour dépasser ses frontières. Dans le spectacle, Moira s'adonne à la Roue Cyr mais s'élance aussi sur l' "ADN" métallique ou sur la barre de pole dance. Chant, danse, théâtre, acrobatie, les membre de la compagnie Daniele Finzi Pasca doivent se montrer polyvalents.

Un rituel important

Vers 19h, après l'entrainement, commence d'ailleurs la répétition de chant, avec des «mimamimomuuuu» lancés en chœur. L’impressionnante toile de Salvador Dali, essence de La Verità, se déroule et les treize artistes de la compagnie font danser leurs voix au rythme des notes du piano. Toute la troupe se réunit ensuite dans le fond de la scène, pendant un bref instant, des murmures émanent du cercle ainsi formé, puis le silence se répand sous les projecteurs et des bâtons en bois jaillissent dans les airs.



"C'est un rituel initié par Daniele Finzi Pasca qui permet à toute la compagnie de se retrouver avant le spectacle, de se concentrer et de se mettre en symbiose. Nous nous plaçons en cercle et nous nous lançons des bâtons en bois. Lorsqu'un bâton touche le sol tout le monde doit également mettre la main au sol, car nous constituons un ensemble", explique Moira. Le rituel se termine par un chaleureux "hug" entre chaque membre de la troupe. Rideau et retour en coulisses.

Dans le menu espace derrière la scène, Moira contrôle une dernière fois l'agencement de ses costumes, pour éviter les incidents de parcours. En coulisses comme sur scène, la chorégraphie doit être parfaite. A 19h50, la jeune femme parée de sa coiffe de plumes est prête à entrer sur scène.

"Je suis toujours nerveuse avant le spectacle mais j'essaie de transformer cette nervosité en énergie positive", relève la Tessinoise. La tension est palpable, les battements s'accélèrent, dans dix minutes le public pourra lui aussi prendre le pouls du spectacle. Et le terminer par une standing ovation, comme chaque soir depuis l'arrivée de la troupe à Lausanne.

Source : 24 heures