Trois questions à Thierry Fééry
- 1) Thierry Fééry, la crise économique impacte manifestement les cirques ; elle semble s’arrêter par miracle à l’entrée du vôtre…Comment expliquez-vous ce phénomène ?



Thierry Fééry : "Attention à ne pas évoquer le problème à l’envers ! Si des cirques connaissent la crise, c’est principalement parce que, depuis une vingtaine d’années, la qualité des plateaux baisse en France. On diminue les engagements, on se replie sur les ressources familiales en se disant que ça ira bien comme ça…mais le spectacle s’appauvrit, et le cercle vicieux est amorcé.

J’ai pris la décision inverse : pour moi, nous vivons une époque où il ne faut surtout pas prendre le risque de décevoir. De plus, il faut pratiquer des prix en rapport avec la qualité qu’on propose et en rapport avec les moyens des familles. A la Grande Fête Lilloise du Cirque, 95% du public revient ; ce n’est pas un miracle ! Par une dynamique de qualité, j’ai créé un événement lillois incontournable, qui fait partie de la vie des gens. Crise ou pas, les familles se l’offrent parce que c’est financièrement accessible et artistiquement exceptionnel.

Je n’ai pas plus de chance qu’un autre, mais je ne me satisfais pas facilement. Tenez, cette année, j’ai au programme les trois ours des Berousek. Les Berousek ont aussi une cavalerie, or je voulais une cavalerie dans le programme ; le plus simple aurait été de leur demander faire aussi ce numéro. Mais je préférais la cavalerie d’Yvette Bellucci, plus savante, que j’ai donc engagée. Je ne transige pas sur la qualité. Jamais. Il m’en coûte un million d’euros pour un mois de représentations…."



- 2) Parmi les grands noms au programme cette année, David Larible. Vous êtes le premier à le produire longuement en France. Comment s’est passé son engagement ?

T.F. : "Je vais voir David travailler dans le monde entier depuis vingt ans. Nous sommes tombés d’accord sur le principe de sa venue à Lille il y a trois ans. Mais David a tenu à venir voir un spectacle ici avant de signer. Après la représentation, il m’a dit : « Il y a longtemps que je n’ai pas vu une telle qualité de spectacle et d’infrastructure ! ». Je crois qu’il a apprécié le soin qu’on met ici à bien travailler, qu’il s’agisse de l’artistique, de la lumière ou du son. Cela rentrait dans ses critères, et c’est finalement pour cela que David a accepté d’être là cette année."



-3) Vous prenez des responsabilités importantes au Festival International du Cirque de Massy. Pouvez-vous nous préciser lesquelles et nous parler de vos ambitions ?

T.F. : "Je tiens à dire que je n’ai fait aucune proposition à Massy. Je n’étais pas demandeur. Ce sont les organisateurs du Festival qui m’ont contacté, pour deux raisons. D’abord, on sait que je suis capable d’assurer une direction artistique sérieuse ; ensuite, j’ai un chapiteau assez extraordinaire. Quoiqu’il en soit, ce challenge me convient très bien.

Je veux recréer une véritable dynamique dans la programmation de Massy, avec des spectacles longs et fournis : 2h30, vingt numéros, c’est un objectif. Je peux déjà vous dire que je vais dès 2014 faire venir Jigalov, Totti, les Grechuskin (barre russe), la banquine des Rusbstov, un numéro russe absolument inédit…

Cette année, la présentation du festival sera confiée à Céline Moreno. Je lui souhaite bonne chance. Mon but est de faire de Massy LE festival français de référence mondiale en matière de cirque traditionnel. J’aimerais également parvenir à diminuer le prix des places..

Tout cela est assez nouveau, j’ai donc besoin de la confiance de l’organisation en place, de celle de Michel Bruneau en particulier. D’autant qu’un appel d’offres est lancé pour 2015."
Source : Julien Motte