CirkAfrika revient à Lille
Le spectacle du Cirque Phénix, dont on avait vu la première saison en février 2013, est de retour. Le voyage continue, cette fois de Soweto à Harlem, en compagnie d'une troupe d'artistes africains à la bonne humeur communicative. Enetretien avec Alain Pacherie, concepteur et metteur en scène.



Un peu paradoxalement, vous avez eu l'idée de ce cirque africain à New York…

" Oui, mais il y a une grosse communauté afro-américaine à New York ! Lors d'un voyage aux États-Unis en 2002, ma famille, qui est multicolore, m'a emmené voir un cirque communautaire, des numéros faits par des Noirs pour des Noirs. J'étais le seul Blanc sous le chapiteau. J'ai ressenti vraiment des émotions particulières au cours de ce spectacle, et j'ai eu envie d'en faire quelque chose. Ça m'a pris six ans. "

Concrétisation compliquée ?

" Je suis parti plusieurs fois en Afrique pour voir si je pouvais rencontrer des artistes, jusqu'au moment où j'ai eu la chance de rencontrer Winston (Ruddle), qui a créé une des rares écoles de cirque d'Afrique, en Tanzanie. C'est avec lui que j'ai pu faire CirkAfrika et que j'ai découvert une culture africaine incroyable. Et à la fin du premier, on s'est dit qu'il fallait en faire un deuxième. "



Comment avait été accueilli le premier ?

" Franchement, j'ai sauvé mon année dans les trois dernières semaines. On l'a joué à Paris sous chapiteau de mi-novembre 2012 à mi-janvier 2013 et puis de mi-janvier à fin février en tournée. Une centaine de séances. "

Il a fallu s'imposer ?

" Les gens se demandaient à quoi ça allait ressembler, si ça allait être un truc folklorique... Une fois que le bouche à oreille a commencé, la presse a pris le relais pour en parler, avec beaucoup d'éloges, et ça a déclenché les ventes. "



Pour celui-ci, vous avez moins à convaincre…

" Celui-ci était même attendu. Comme tout le monde n'a pas eu le temps de voir CirkAfrika 1, ça a été un engouement tout de suite sur les locations du deuxième. On est à plus de 400 000 places vendues, c'est incroyable. "

Quels sont les atouts du spectacle, ce qui fait son succès ?

" La performance circassienne est là, et il y a un habillage de musique, de ballet, qui est au service des numéros et qui les met encore plus en valeur. Et puis la bonne humeur, la joie de vivre communicative des artistes. Tout le monde sort avec le sourire jusqu'aux oreilles. "



C'est un cirque sans animaux, un choix éthique ou esthétique ?

" Quand j'ai créé le Cirque Phénix, j'ai cherché à explorer des champs artistiques différents de ce qui existait, à ne pas faire la même chose que tout le monde. C'est plutôt ça, la motivation. Faire un cirque de mon époque. "

Adapter le spectacle pour la tournée en Zénith, c'est compliqué ?

" Non, on fait ça en 48 heures. Puisqu'on demande aux Zéniths de nous donner la même scène qu'ici, avec les mêmes dimensions. Bien sûr, on est en frontal au lieu d'être en central. Mais ça ne change pas les numéros. "



Pour le prochain, vous changerez de continent ?

" Oui, le prochain, c'est l'Asie, avec le Cirque de Pékin et les moines Shaolin. L'histoire d'un petit garçon qui a des pouvoirs surnaturels et que les méchants veulent kidnapper. Le spectacle est en cours de création, le casting est fait. Et pour 2016, je vais partir en mars voir ce qu'il se passe du côté de Cuba. "

Et CirkAfrika, vous y reviendrez ?

" Oui, en 2017, il y aura un CirkAfrika 3. En 2018, je vais revenir à un Cirque de Pékin encore différent. Et entre 2019 et 2020, mon rêve est de créer un cirque mixte, africain et chinois, parce que là c'est vraiment deux grandes forces à réunir. J'ai déjà commencé à en parler des deux côtés. Ce qui est important dans le spectacle, c'est de surprendre, toujours, de créer des choses inattenues et des émotions positives. "



- Mercredi 14 janvier, à 20 h, au Zénith, boulevard des Cités-Unies à Lille.

Un beau voyage

Nous avons vu à Paris ce CirkAfrika 2, et il est juste de dire, comme le fait Alain Pacherie, que le spectacle met de bonne humeur. Il faut imaginer l'ambiance, un mercredi après-midi, sous un chapiteau de 6 000 places, rempli d'une majorité d'enfants !

Destiné à toute la famille (une première partie sans doute un peu plus enfantine que la seconde), CirkAfrika mêle numéros circassiens (mention spéciale aux acrobates aux mâts et à la contorsionniste) et tableaux chorégraphiés et chantés, dans un tourbillon de couleurs. Un beau voyage.


Cirkafrika Lille spectacle par lavoixdunord


Faire tomber les clichés

Dédié à Mandela – " Je suis d'une génération où on manifestait dans les rues en criant Libérez Mandela ", dit Alain Pacherie –, CirkAfrika est, au-delà du divertissement, un spectacle qui combat les clichés.

" Des spectateurs blancs m'ont dit Je ne regarderai plus les Africains de la même façon ", rapporte le patron du Cirque Phénix. Oui, on part parfois de loin, y compris dans le métier. " Ça va être dur de monter un spectacle avec des Africains ", lui avait-on prédit. La réponse fuse : " Non, ce n'est pas dur du tout, ces artistes sont extrêmement courageux et sérieux. "
Source : La Voix du Nord