Hirisinn, ce cirque ne manque pas d'air
Quatre gymnastes comédiens et deux musiciens jouent ce spectacle familial joyeux et étourdissant sous chapiteau au Théâtre Montfort, jusqu'au 10 janvier. Avant une tournée en France.



Le lieu est si enthousiasmant qu'on a l'impression qu'il est situé tout près. Se rendre au Théâtre Montfort, porte Brancion dans le XVe arrondissement de Paris, nécessite pourtant de traverser la ville. De souffrir toute la ligne de métro ou de tramway. Ou de braver le périphérique, qui n'est pas fluide.

Dans les bouchons, qui ne pétillent pas mais qui polluent, on fait passer le temps en devinant l'origine des plaques d'immatriculation: le monde entier semble s'être donné rendez-vous dans la capitale en venant par la route, peut-être pour réveillonner sur les Champs-Élysées.

Nous, nous allons au P'tit Cirk, qui a posé son chapiteau, bleu à l'intérieur, à l'entrée du Montfort jusqu'au 10 janvier. Plusieurs semaines déjà qu'on entend dire que ce spectacle, créé en 2013 et désormais dans le Parcours enfance et jeunesse, avec le Théâtre de la ville, enthousiasme tous les publics. Il faut aller voir.

En une poignée de minutes, la petite structure est pleine comme un œuf: 350 personnes aux postérieurs débordant des petits gradins de bois, se serrent, jambes en épis, doudounes sur les genoux. En haut des deux mâts au centre de la piste en bois, deux musiciens se font face: Philippe Ollivier, bandonéoniste et Yannick Jory, saxophoniste.

Ils jouent comme pour une musique de film: leur invisible partition fait partie du scénario. On pressent qu'il va être drôle: œillades et sourires en coin fusent au-dessus de nos têtes. Leurs cascades de notes, ou leur silence, vont nourrir ce cirque cocasse. Et "poétique", comme l'annonce le programme.


De gauche à droite: Louison Lelarge, Christope Lelarge, Danielle Le Pierrès et Dimitri Lemaire.


Ils entrent, en file indienne, les quatre acteurs de cirque de la compagnie. Les aînés ont la cinquantaine, les cadets la vingtaine. Ils appartiennent à la même "nouvelle génération" d'artistes "circassiens", qui joue comme au théâtre. Émeut et fait trembler par ses talents de comédiens autant que ses acrobaties. Ils courent en rond, se courent après. Qui poursuit l'autre? Première salve de rires.

En tête: un clown sans nez rouge, porteur au sol et aérien chevronné, Christophe Lelarge, physique de "Géant vert" en justaucorps noir encapé de bleu, codirecteur artistique au crâne lisse bientôt saupoudré de magnésie. Derrière, en petites foulées, la trapéziste Danielle Le Pierrès, codirectrice artistique au visage heureux, l'esprit taquin.



Tout à l'heure, elle se balancera au ras du sol, en faisant le cochon pendu, balayant le plancher du bout de ses longues boucles. En troisième position: Louison Lelarge, l'enfant de la balle, hirsute, grandi au sein du Cirque Plume et des Arts Sauts avec ses parents, le Pan dans le Peter Pan d'Irina Brook en 2011. Et enfin Dimitri Lemaire, l'un des "enfants perdus" dans Pan, gueule d'ange, gymnaste comique, qui fait soudain volte-face, se jette d'un bond dans les bras du Géant vert, puis recommence en prenant de plus en plus loin son élan. Le spectacle s'intitule Hirisinn, qui signifie "chair de poule", en breton.

À tour de rôle, tels des gamins (C'est à moi! C'est à moi!), ils passent à travers d'étroits cerceaux chinois. "C'est un jeu pour eux!", s'exclame Samuel, 8 ans, "On pourra le faire à la fin?" À la fin, le public évoque une bande de copains qui se seraient rapprochés tout près de ces étoiles, un cercle spontané entourant ces autres "quatre fantastiques".

Les plus jeunes se jettent au sol, avancent à petits bonds tels des poissons sur la grève puis grimpent aux mâts, se balancent dans les airs, tourbillonnant de mains en mains. La confiance leur donne des ailes. Ils placent l'année 2015 sous le signe de l'humour du risque. Après Paris, le spectacle part en tournée.

Source : Le Figaro.fr