Plus d'adultes que d'enfants au cirque
Il faudra que beaucoup de cerceaux ou plutôt de roues Cyr roulent encore sur la piste avant que le grand public ne fasse la différence entre le cirque traditionnel et le cirque contemporain. Le premier, il est vrai, est ancestral alors que le deuxième entre à peine en adolescence, passant du médiatique Cirque du Soleil au plus pointu mais aussi plus humain et plus fragile cirque contemporain. Toujours est-il que la différence est aussi grande qu'entre le ballet classique et la danse contemporaine, la principale caractéristique du cirque contemporain étant de mêler les arts.

Mais cela, le public le sait-il ? Qui est-il ? Quand, pourquoi, combien de fois et comment va-t-il au cirque ? Telles sont quelques-unes des questions qui ont été posées lors de l'enquête intitulée : "La diversité des regards portés sur les formes contemporaines de cirque : les spectateurs de cirque à l'échelle de quatre territoires européens".

Dirigée par Emilie Salaméro, maître de conférences à l'Université de Poitiers, cette enquête a été menée auprès de 2085 personnes aux Halles de Schaerbeek à Bruxelles, au festival Circa à Auch dans le Gers, au KIT (Kobenhavns internationale teater) à Copenhague et à Cirqueon à Prague. Et ce dans le cadre du projet européen (Circus) Work Ahead !

Quatre lieux donc et moments différents qui faussent parfois les données puisque à Auch, par exemple, l'enquête a été réalisée à l'heure de Circa, un des plus grands festivals de cirque contemporain. Le public présent était constitué de beaucoup de professionnels venus pour plusieurs jours. D'où leur moyenne impressionnante de plus de 400 kilomètres parcourus pour venir voir un spectacle !



Tendances générales

Premier enseignement à tirer de cette enquête, le cirque est une sortie collective entre adultes puisque 45,9 % des personnes interrogées y vont à 3 personnes au moins.

La sortie familiale n'arrive qu'en troisième position. Les enfants et adultes eux, ne réunissent que 12,1 % des spectateurs. Voilà qui nuance l'idée selon laquelle le spectacle de cirque s'adresserait de manière privilégiée aux enfants et qui confirme le passage de statut de l'enfant accompagné pour les spectacles de cirque classique à celui d'accompagnant pour les nouvelles formes de cirque.

L'enquête révèle également un très faible taux de "primo spectateurs", nettement inférieur à celui des enquêtes précédentes réalisées sur les publics de cirque en 1993, 2001 et 2011. Et parmi les 78,2 % qui se souviennent de leur première expérience, 64,2 % la situent dans l'enfance. Il s'agissait souvent alors de cirque classique tandis que le contemporain aura plutôt été découvert à l'adolescence ou à l'âge adulte.

Et c'est la créativité, bien plus que la performance, que 71,4 % des spectateurs interrogés apprécient avant tout. Ils sont d'ailleurs très souvent amateurs de théâtre. Le rock les emporte aussi tandis que le cirque classique arrive en dernière position !

Hétérogène

La moyenne d'âge, quant à elle, est de 41,5 ans contre 45 ans pour le festival d'Avignon et les plus représentés pendant l'enquête ont entre 20 et 40 ans même si l'on compte parmi les spectateurs interrogés une majorité de femmes diplômées du supérieur (59,1 %).

En conclusion, les résultats de l'enquête montrent que le public des nouvelles formes de cirque est loin d'être homogène. Différents groupes ont été identifiés : les connaisseurs et les fidèles dont l'univers culturel est proche de celui des nouvelles formes de cirque et de spectacles vivants.

Ils sont prêts à parcourir un grand nombre de kilomètres, parfois seul, pour voir un spectacle. Les familles avec enfants, les groupes accompagnés et les jeunes entre pairs ont, pour leur part, une représentation du cirque plus éloignée de sa forme contemporaine. Pour eux, le déclencheur de la sortie aura plutôt été le groupe. Il reste donc un gros effort de communication à réaliser auprès de ces publics-là.
Source : La Libre.Be