A lire dans 'L'Humanité"
« J’aime le monde du cirque. Contrairement au théâtre où l’auteur et le metteur en scène dominent le spectacle et commandent aux acteurs, le cirque est un espace de liberté où chacun amène son numéro, son univers. Et c’est l’assemblage de ces instants de poésie, d’audace, de prise de risque ou de rire qui créé le charme unique d’une représentation de cirque ».

Ce propos de Jérôme Savary, fondateur du Grand Magic Circus et aujourd’hui directeur du théâtre de l’Opéra-comique ne sera pas démenti par Arlette Gruss. Elle-même, directrice d’un cirque qui fête, cette année, ses vingt ans d’existence, a eu une vie artistique bien remplie.

« J’ai fait à peu près tout ce qu’on peut effectuer dans un cirque. Dès l’âge de quatre ans j’ai exécuté un numéro de poids et haltères en carton. C’était pour rire. Acrobate à la corde lisse, trapéziste, dresseuse de chevaux, et enfin dompteuse de panthères, telles sont les disciplines auxquelles je me suis confrontée. » Sa pratique, son expérience de l’univers circassien l’ont incitée à créer, en 1985, un chapiteau itinérant qui porte un nom célèbre. Elle s’est fait un prénom. Son cirque rouge et blanc a fort belle allure et peut accueillir, selon les cas, entre 1 400 et 2 000 places.

Arlette Gruss a de qui tenir. Son papa, comme elle l’a toujours appelé, n’était autre que le maître écuyer Alexis Gruss senior. « Si tu te lances dans l’aventure du cirque promets-moi de ne jamais baisser les bras », avait-il prévenu. Arlette a toujours tenu bon en dépit des aléas d’un métier qui alterne avec des moments, heureusement, joyeux. Elle était la fille aînée, « la grande », selon son père, qui précédait huit autres enfants.

Je me souviens avoir rencontré Alexis Gruss senior, au cirque Jean Richard où il présentait une superbe cavalerie. « Les chevaux sont les animaux les plus difficiles à dresser. Il faut avant tout qu’ils sentent qu’on les aime », m’avait-il confié, ajoutant aussitôt : « Après le dressage des chevaux on peut fort bien présenter d’autres animaux. » Arlette Gruss regrette de ne pas avoir enregistré les souvenirs de ses parents (sa maman était contorsionniste) qui avaient pourtant énormément à dire sur leurs vocations.

« Nous, les gens du cirque, vivons toujours au présent. Nous n’avons pas le temps de stocker nos archives », précise-t-elle. Elle a voulu combler cette lacune en parlant de sa vie avec le journaliste Jacques Godot (1).

LE DIRECT EMPÊCHE TOUTE TRICHERIE
Il n’échappera à personne que le spectacle, au cirque, se déroule en direct. Il n’y a donc aucune tricherie. On peut assister à quelques chutes, notamment lors de numéros aériens. Les dompteurs de fauves sont toujours à la merci d’un accident plus ou moins grave. Il convient, en pareil lieu, d’adopter des mesures de sécurité, lesquelles n’altèrent en rien la beauté d’un numéro. On imagine mal ce qu’il faut de répétitions quotidiennes. Les artistes ont pour habitude de revoir ce qui a plu ou bien fonctionné devant le public. Depuis toujours Arlette Gruss a opté pour que les évolutions artistiques se déroulent dans une piste ronde, c’est-à-dire de 13,50 m de diamètre. Elle veille à ce que les numéros variés bénéficient d’une « mise en piste » attrayante avec des moyens techniques modernes sous la houlette de Gilbert Gruss. Pouvoir fidéliser vingt-sept villes (2), tel est le pari que s’est fixé Arlette Gruss. Cela correspond à onze mois de tournée, soit 250 jours de spectacle et 350 000 spectateurs par an. Il faut savoir que les frais journaliers d’un tel cirque s’élèvent à 15 000 euros. On y compte trente-cinq artistes, onze musiciens composent l’orchestre. Plus de cent salariés de huit nationalités différentes : italienne, allemande, française, moldave, ukrainienne, géorgienne, brésilienne, polonaise. Le zoo regroupe soixante animaux parmi lesquels éléphants, chameaux, dromadaires, watusi, taureau d’Écosse, yack, buffle d’Asie, perroquet d’Amazonie, et une belle collection de fauves avec des léopards, des panthères noires, des lions et des lionnes, des tigresses, et bien sûr la cavalerie toujours privilégiée. Chaque jour, ces animaux mangent 200 kg de granules, 50 kg de fruits, 150 kg de viande. Ajoutez 300 kg de foin et 500 kg de paille, sans oublier quelques bidons d’eau !

Certains contestent la présence des animaux au cirque. C’est un vieux débat. L’essentiel est qu’ils soient bien logés, bien nourris, donc en bonne santé, sinon personne ne pourrait les présenter sur une piste. Que les sceptiques aillent visiter les dépendances du cirque Arlette Gruss.

UNE VOLONTÉ
ET UN MORAL D’ACIER
Autre question : êtes-vous pour le cirque « traditionnel » ou le « nouveau » cirque ? la réponse laconique d’Arlette fuse : « Chacun fait ce qu’il veut. » Autrement dit, ce qui se pratique en d’autres lieux ne la dérange pas outre mesure. Elle a une ligne de conduite et d’action. Elle s’y tient, contre vents et tempêtes. En 1999, tous les cirques, du plus petit ou plus grand, se sont écroulés. Seuls les animaux n’ont heureusement pas quitté leurs caravanes. Cette année-là, alors que les gens du cirque étaient découragés, Arlette Gruss a dit : « On repart ! », galvanisant toute son équipe.

En guise de conclusion, j’ai envie de donner la parole à l’écrivaine Colette.

Adepte du music-hall, critique de cinéma, Colette, on le sait moins, avait une véritable passion pour le cirque. Dans son introduction à la Merveilleuse Histoire du cirque, publiée chez Julliard, Henry Thétard relate une conversation qu’il eut avec Colette. On y apprend qu’elle fréquentait les grands cirques de son époque, Sarrasini, par exemple, où elle a failli reprendre un numéro de treize lévriers, la dresseuse étant tombée malade, Colette lui confiait : « On peut bien parler du cirque de toutes les manières. L’essentiel est qu’on en parle. On n’en parlera jamais trop, jamais assez !... »

Guy Silva

(1) Arlette Gruss, le cirque, Éditions Pierron.

(2) La tournée 2005

a commencé à Bordeaux, jusqu’au 13 février,
Rouen, du 16 au 27 février,
Arras, du 1 au 6 mars,
Lille, du 8 au 23 mars,
Dunkerque, du 25 mars au 5 avril,
Valenciennes, du 8 au 11 avril,
la suite c'est sur : https://aucirque.com dans l'actualité "tournées des cirques en France".

http://www.cirque-gruss.com
Source : www.humanite.presse.fr