Saltimbanco, un voyage poétique
Le dernier article de presse paru dans l'Humanité avant le départ de "Saltimbanco" pour le Mexique...

Surfant avec brio sur un savant mélange des arts de la rue, de comédie, de théâtre ou de musique, le Cirque du Soleil offre un spectacle féerique qui réveille nos âmes d’enfant.

Plus qu’un florilège des arts de la piste, on retiendra surtout que c’est un véritable show. De ceux dont on dit qu’ils sont « à l’américaine ! ». Voilà l’habitué d’un spectacle - traditionnel prévenu. Avec le Cirque du Soleil, pas de place à l’improvisation ni à la spontanéité. Les numéros qui s’enchaînent sont parfaitement ficelés et orchestrés. Pas d’acrobaties équestres périlleuses, ni de dresseurs de fauves ou de défilés de pachydermes. La ménagerie est priée de rester aux écuries ou dans la jungle. Mais qu’on se rassure immédiatement, la scénographie, mi-baroque mi-futuriste, réveille à plein les âmes d’enfant qui n’hésiteront pas à se laisser guider vers un monde chimérique jubilatoire.

Parfaite incarnation de cette gaieté auréolant le spectacle, une troupe de - saltimbanques au langage étrange, enracinés dans une terre où régnerait une logorrhée faite d’onomatopées. Des trublions, tantôt clownesques tantôt habiles acrobates, aux visages peinturlurés ou masqués et aux costumes futuristes et colorés, qui, sous la coupe d’un Monsieur Loyal qui aurait remisé son habit blanc au placard pour s’afficher en jaune et vert, sont un fil conducteur original, tout le long du divertissement baptisé Saltimbanco.

Sous le grand chapiteau, les lumières kaléidoscopiques fusent à tout va. En même temps que les riffs des guitares et le roulement des batteries que viennent habiller, en live, la voix de soprano d’une simili marquise nimbée de rose et la mélopée caverneuse d’un chanteur déployant ses ailes de chauve-souris. Sur ce rythme ininterrompu de sons et de couleurs vient se caler une pléiade d’artistes internationaux. De ceux dont les talents ne sont plus à discuter.

Comme ce Pierrot lunaire, premier à passer l’épreuve du public, qui avec un bout de fil et deux morceaux de bois fait valser son diabolo à l’en rendre marteau. On retiendra son souffle tandis qu’une miniature asiatique funambule remontera le long d’un fil, tendu du sol au plafond, avec la seule aide d’une ombrelle et d’un équilibre tout entier dédié à défier le vide. Le ventre noué encore par deux danseuses de flamenco, beautés brunes des plus altières, jouant de leurs lassos lestés d’une boule métallique qui frappe le sol avec grâce et brutalité.

Mais la magie prend également source dans le rire. Chez ce clown moderne, le nez rouge n’est pas de mise. Il s’est transformé en casquette, couvre-chef d’un freluquet à l’allure juvénile. L’homme fait l’enfant. Le « petit » visite, avec une innocence confondante, un lieu imaginaire construit à coup de bruitages tout droit sortis de sa bouche. Le ventriloque s’emballe, l’hilarité devient générale. Savant mélange des arts de la rue, de comédie, de théâtre ou de musique, Saltimbanco décline un univers poétique et homérique dont le plus beau cadeau est un voyage au chevet de son enfance.


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