Knie contre Knie
INNSBRUCK (Aut)Le cousin de Fredy rêvait de faire la nique à la dynastie Knie. Mais c'est lui qui se retrouve aujourd'hui dans la dèche après la faillite du Cirque national autrichien. Rancunière, sa famille suisse refuse de lui venir en aide

L'avalanche d'articles consacrés, tant en Suisse qu'en Autriche, à la déconfiture du cirque dirigé par Louis Knie senior, 54 ans, n'a pas réussi à émouvoir la dynastie suisse des Knie. Dans un communiqué assez sec publié sur la page Web du Cirque national suisse, il ressort que le chapiteau stationné actuellement à Genève et dirigé aujourd'hui par Fredy Knie junior et Franco Knie senior, respectivement cousin et frère de Louis Knie senior, n'a plus aucun lien depuis 1993 avec le mouton noir de la famille. Un rebelle qui s'est exilé et a tenté de faire cavalier seul après avoir vendu la totalité de ses actions pour s'offrir le Cirque national autrichien. Aujourd'hui, le chapiteau centenaire a cessé d'exister et se trouve en instance de liquidation près de Klagenfurt (Aut).

«Louis Knie senior a traîné la famille dans la boue», avait confié le peintre Rolf Knie, frère de Fredy, à l'occasion de la présentation de son spectacle de Noël, «Salto Natale», en 2002. Chez les Knie, les rancoeurs sont donc tenaces, et la raison du divorce entre Louis senior et le reste de la famille a des origines multiples.

L'autre Rolf, le père de Louis et de Franco, avait déjà fini sa vie au zoo des enfants de Rapperswil (SG), à l'écart de la destinée du Cirque Knie. Et quand la nouvelle direction du Cirque national suisse s'organise, Louis Knie senior doit se contenter d'un rôle subalterne. Trop pour le bouillant dompteur, qui décide alors de franchir le grand pas. Fier de sa gloire neuve, il va même faire passer la tournée du Cirque national autrichien par la Suisse alémanique, et envisage de stationner à Rapperswil (SG), la capitale familiale. Un crime de lèse-majesté que les Knie ne vont jamais lui pardonner.

Les pros du cirque sont pourtant unanimes: Louis Knie senior, 54 ans, est l'un des meilleurs dompteurs d'éléphants de sa génération. Sans parler des autres bêtes, et la liste est longue, qu'il a su apprivoiser. Mais, côté management, il a gagné la palme des paniers percés qui sévissent sous les chapiteaux. Ajoutez à cela un zeste de fierté mal placée, un tempérament de coureur de jupons et parfois une vraie malchance, et vous comprendrez pourquoi l'exilé volontaire se retrouve aujourd'hui dans la pire des déchéances.

Après l'euphorie des débuts en Autriche et un succès d'estime tant parmi les spectateurs que les critiques, une autre réalité, plus économique, se dessine au fil du temps. Le chapiteau se remplit avec peine; c'est que les Autrichiens comptent leurs sous après la vague de renchérissements due au passage à l'euro. Et le pays est envahi par une pléthore de cirques, petits et grands, qui se succèdent sur les places des villes et des villages.

Pour ne rien arranger, des tempêtes renversent le chapiteau et le cirque de Louis Knie senior devient la cible privilégiée d'organisations radicales de défense des animaux. Des slogans vengeurs fleurissent sur les affichettes. Pis, en juillet 2002, six bombes incendiaires avec minuterie sont placées aux endroits stratégiques du cirque alors stationné à Linz (Aut). Les dégâts sont considérables.

Avant la dernière tentative avortée de dresser le chapiteau à Innsbruck (Aut), la semaine passée, le Cirque national autrichien aura déjà collectionné le record de trois faillites. Quand Louis Knie senior abandonne son cirque, lundi dernier, le chapiteau est déjà aux mains d'un groupe d'investisseurs, dont une filiale de la Banque Raiffeisen. Mais, cette fois, il n'est plus question de laisser Louis Knie senior reprendre les rênes. Les animaux sont à vendre, et le Cirque suisse Gasser s'est déjà mis sur les rangs pour les acquérir.

Quant à Louis Knie senior, qui a vu Germaine, sa femme, partir avec Louis Knie junior, son fils, à cause de son goût immodéré pour les jeunes danseuses russes, il se retrouve entièrement seul face à l'adversité. Seule Tina, sa mère, âgée aujourd'hui de 85 ans, le soutient encore. Mais la maman de Louis et de Franco est malade et ne peut lui être d'un grand secours.
Source : lematin.ch