Frédéric Edelstein, dresseur, signe du lion


Le directeur du cirque Pinder est en piste tous les jours avec ses seize fauves...
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Cette année, c'est l'année du Tigre. Lui est né en juillet, sous le signe du Lion, et il y voit un signe du destin.

À l'inverse, à tout juste quatorze ans, Frédéric Edelstein se moquait bien de l'horoscope. À cet âge-là, je n'avais qu'une seule idée en tête, prendre la place du dompteur dans la cage, dit-il.

Dans son loft roulant au total look américain, le dresseur de tigres et de lions, revit la scène. J'ai demandé qu'on dresse la cage et qu'on fasse entrer les tigres, se souvient-il en expliquant : Tout le monde redoutait la colère de mon père qui disait toujours : ne laissez jamais mon gamin traîner près des cages. Mais ce jour-là, il était absent et j'étais le fils du patron. Sur le moment, personne n'a osé me contrarier.



Les fauves se jettent sur lui

Trente ans ou presque se sont écoulés, et le rugissement de son père maintenant le met en joie. Il hurlait à son retour : je ne t'ai pas mis au monde pour que tu te fasses bouffer par un lion. C'est exclu. Tu retournes à tes études et chez ta mère à Lyon, raconte son fils.

Mais lorsqu'il ajoute : Tous mes rêves s'écroulaient, une lueur de désespoir traverse son regard comme si le cauchemar était encore réel.

Justement, cet été en Bretagne, sa passion pour les fauves a failli tourner au drame et lui coûter la vie. Je voulais séparer une lionne d'une tigresse qu'elle malmenait. Tout à coup, un mâle m'a donné un coup de patte. J'ai trébuché et je suis tombé. Alors, le groupe s'est jeté sur moi instinctivement.

Heureusement, il a eu de la chance. Dicky, un dompteur anglo-saxon chevronné, a bondi dans la cage et donné de la voix pour éparpiller les bêtes en furie. Dicky, c'est mes yeux dans mon dos, précise Frédéric qui en dit plus long sur son ange gardien : L'un de ses fils a été déchiqueté par un fauve. Un accident terrible qui l'a laissé handicapé. Frédéric Edelstein évoque les années d'apprentissage aux côtés de Dicky en Angleterre, et leur binôme qui dure : Moi, dans la cage avec les fauves et lui, dehors, près à intervenir à tout moment.



Une tigresse au pied Du lit

Les coups de patte, les cicatrices visibles sur ses bras et le trou dans la cuisse droite… Frédéric les montre comme des trophées qui récompensent un métier à risques. Quand j'étais jeune, j'étais inconscient du danger.

Aujourd'hui, je sais exactement ce que je fais. Je suis davantage un chef d'orchestre qu'un dompteur, et surtout je ne suis pas fou. Certains soirs, il a vingt fauves face à lui. En période de chaleur, les lionnes les plus agitées restent à l'écart du spectacle.

La peur, Frédéric continue de l'ignorer et de se rouler dans un tapis avec Clarence, son lion fétiche, plus de trois cents kilos sous sa crinière rousse. Avec Sandra, c'est autre chose. Le dresseur se love dans son cou, et la tigresse fait patte de velours avec lui.

Il faut dire que son félin au tempérament câlin, dormait autrefois dans sa caravane. Aujourd'hui, certains nous accusent d'exploiter les animaux. En réalité, sans complicité et sans respect, on n'obtient rien d'un tigre ou d'un lion et c'est pareil pour les éléphants, aime souligner le directeur du cirque Pinder.

En proie à des tracasseries administratives, il revient à la menace de saisie de ses éléphantes. Cette semaine, Alain Bernard, un retraité toulousain, est venu soutenir le dresseur de Pinder et prendre la défense de Saba, l'éléphant d'Asie. En 1973, j'étais électricien et le cirque m'avait embauché. J'ai connu Frédéric qui avait à peine quatre ans, et je donnais aussi le biberon à Saba, se remémore Alain.

Le dresseur pense aussi à Sandra et à Sophie. Ses deux tigresses portent le prénom des deux femmes de sa vie. Le dernier-né de la ménagerie, un tigre, s'appelle Bénabar, comme le chanteur, un bon copain de Frédéric, l'amoureux des fauves.

Source : La dépêche.fr - Andrée Brassens