Un fakir, des clowns mais plus de lion : c'est le cirque à Babylone
Un motard dans une boule de fer, des lames de couteaux qui rebondissent sur le ventre d'un fakir, les clowns, les jongleurs et le cracheur de feu... Le lion de la troupe, lui, n'a pas survécu à la canicule irakienne : c'est le cirque à Babylone...
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HILLA — Un motard dans une boule de fer, des lames de couteaux qui rebondissent sur le ventre d'un fakir, les clowns, les jongleurs et le cracheur de feu... Le lion de la troupe, lui, n'a pas survécu à la canicule irakienne : c'est le cirque à Babylone.

Depuis le 5 juillet, la compagnie iranienne Jahan ("Monde" en persan) se produit chaque soir dans un amphithéâtre à ciel ouvert, devant la Porte d'Ishtar qui ouvre sur la mythique cité, à 80 km au sud de Bagdad.

A l'exception de la région autonome du Kurdistan (nord), l'Irak n'avait plus accueilli de cirque depuis les années 1970, quand des troupes bulgare, roumaine ou russe venaient chaque automne en résidence dans la capitale.

"Le cirque revient en Irak par Babylone", se félicite Abou Ghaïth, directeur de Zifaf al-Fourat (Rives de l'Euphrate), la société irakienne qui a fait venir Jahan. "La compagnie était initialement réticente en raison de la sécurité mais son directeur est venu inspecter les lieux et a accepté", confie-t-il dans les gradins. Avant 2003, l'amphithéâtre de 5.000 places érigé par Saddam Hussein accueillait chaque année le plus grand festival du pays, à la gloire du dictateur et de sa prétendue filiation avec Nabuchodonosor II, l'illustre roi de Babylone.


Aujourd'hui, un des palais de l'ancien président domine toujours le site mais plus aucun de ses portraits n'orne les travées du théâtre.
En entrant, les spectateurs passent désormais sous une gigantesque affiche électorale avec le visage du Premier ministre Nouri al-Maliki et un slogan lapidaire: "Tu es l'espoir".

Ce vendredi soir, entre 300 et 400 spectateurs ont pris place aux premiers rangs. Parmi eux, la petite Houda, dont c'est le premier anniversaire. "Ma famille n'avait jamais vu de cirque", explique son père, Nabil Mohamed, 30 ans. Jahan est une compagnie à l'ancienne, qui s'est déjà produite en Turquie, en Russie et même en Italie. Une petite dizaine de saltimbanques polyvalents rodés à des numéros universels et vieux comme le cirque.

Le petit clown est aussi un as du fouet, le jongleur un spécialiste des monocycles de toutes tailles, le cracheur de feu un contorsionniste qui enchaîne les tours de force dignes du grand Zampano, le héros fellinien de la Strada.


L'air est chaud et les projecteurs embrasent la nuit babylonienne. Le succès est immédiat, dans un pays où les distractions sont rares. Au micro, une présentatrice coiffée d'un foulard chauffe le public qui en redemande, encourageant des mains les cercles infernaux du motard sur la reprise disco d'"Eye of the tiger", puis retenant son souffle quand le directeur de la troupe plante un clou dans le nez du fakir.

A l'entracte, certains spectateurs improvisent un moonwalk, quand résonne "Billie Jean", le tube de Michael Jackson. Mais Ahmad Salah, 14 ans, est amer. C'est la deuxième fois que sa bande de copains affrète plusieurs taxis du centre d'Hilla, à une dizaine de kilomètres, pour venir au cirque. "Ce soir, il manque des animaux", déplore-t-il.

En début d'après-midi, la ménagerie a en effet perdu un de ses serpents et surtout, son unique lion, laissés trop longtemps en plein soleil, quand le mercure, à l'ombre, dépassait les 50 degrés.

Pour éloigner le mauvais oeil, on a saigné trois heures plus tard un mouton devant les grilles de l'entrée, près de la buvette en contreplaqué. Mauvaise passe pour la troupe iranienne qui, trois jours avant de venir à Babylone, s'était fait voler son singe et ne doit plus compter que sur son ours, son chien savant et ses deux serpents.

Le spectacle coûte 6.000 dinars (environ 4 euros) pour les adultes et 3.000 pour les enfants et se poursuivra tant qu'il fera recette. Jahan a promis de faire venir un nouveau lion.
Source : A F P